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Sarah Chang, poupée de cire ou poupée de son ?

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Paris, Salle Pleyel. 09-X-2007. Béla Bartók (1881-1945) : Divertimento Sz 113. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto grosso en sol mineur RV 155 ; Les Quatre Saisons op. 8. Sarah Chang, violon ; English Chamber Orchestra, 1er violon et direction : Stephanie Gonley.

Les producteurs privés se lamentent depuis la rentrée de la « concurrence déloyale » de la future Philharmonie de Paris, associée à la réfection de l’Auditorium Olivier-Messiaen de Radio-France. Mais des têtes d’affiches non invitées par les programmateurs publics, ce n’est pas ce qui manque. n’est venue dernièrement à Paris que par l’entremise de l’Orchestre Symphonique de Melbourne en tournée et ce soir grâce à Albert Sarfati Productions. Quant à l’, on ne peut pas dire que les parisiens l’ait souvent vu ces dernières années. Il faut aussi un programme « accrocheur », avec les Quatre Saisons, pas de soucis. En revanche, le Divertimento de Bartók n’est pas si souvent joué que ça.

Le bref Concerto grosso en sol mineur de Vivaldi qui ouvre le concert donne le ton : point de lecture baroque ce soir. Certes, nous sommes loin de tout vibrato larmoyant, le jeu de l’, guidé plus que dirigé par , reste sec et alerte, dans la lignée de ce que la recherche sur l’interprétation de la musique de cette période nous a légué depuis quarante ans. Mais on reste dans une sonorité plus proche des Solisti Veneti des années 60 que du Giardino Armonico actuel. Pourquoi pas ? Vivaldi n’est après tout pas la chasse gardée de quelques ensembles spécialisés. Les qualités de l’English Chamber Orchestra sont évidentes : homogénéité des pupitres, perfection de la justesse et de la mise en place, engagement réel sur le jeu d’ensemble.

Le Divertimento de Bartók est en revanche à coté de la plaque. Cette œuvre a été composée en 1938, quand le IIIe Reich phagocytait l’Autriche et que la Hongrie, alors jeune république démocratique, décidait de revêtir des atours putassiers pour séduire Berlin. L’English Chamber Orchestra n’a retenu que l’aspect néoclassique de ce Divertimento, sans dimension dramatique. Le jeu sans chef d’orchestre, s’il convient à Vivaldi, passe mal dans Bartók, puisque personne ne peut imposer une vision à cette pièce au contenu émotionnel complexe. A l’honneur des musiciens, revient tout de même une mise en place exemplaire d’une musique pourtant complexe.

Retour au baroque de grand-papa pour les Quatre Saisons. La qualité sonore, tant de que de l’orchestre, reste évidente. Chaque mesure transpire le travail de qualité et le souci de perfection. passe progressivement du physique de jolie poupée automate dans le Printemps à l’image de la furie violoniste dans l’Hiver. Les superlatifs manquent pour qualifier son jeu. Mais ce Vivaldi bien propre, lustré à la perfection, relève de la pièce de musée bien entretenue de Madame Tussaud ou du Musée Grévin.

Crédit photographique : © Cliff Watts / EMI Classics

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Paris, Salle Pleyel. 09-X-2007. Béla Bartók (1881-1945) : Divertimento Sz 113. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto grosso en sol mineur RV 155 ; Les Quatre Saisons op. 8. Sarah Chang, violon ; English Chamber Orchestra, 1er violon et direction : Stephanie Gonley.

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