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Siete il benvenuto Maestro Daniele Gatti !

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 18-X-2007. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour violon n°2 Sz112 ; Pierre Boulez : Notation VII ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Laurent Korcia, violon. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

Certains collègues critiques musicaux ont cru bon de se lamenter sur les difficultés de se rendre au concert en temps de grève. Mais pourquoi écrit-on une chronique ? pour causer du concert entendu ou des conditions de transport ? Mouvement social ou non, le TCE était pourtant comble ce soir. Comme quoi, avec un peu de bonne volonté, se rendre au concert n’est pas impossible, même dans des temps sociaux troublés.

Et il y avait de quoi remuer les montagnes ce soir là pour accéder avenue Montaigne : , futur directeur musical de l’ONF, donnait son premier concert parisien de la saison. Une chose est sure, le National a bel et bien trouvé son nouveau maître. En 2002 Kurt Masur avait jugé urgent de faire travailler cet orchestre sur la qualité sonore, le jeu d’ensemble et le legato. Mission accomplie. Ce soir, Gatti nous a prouvé qu’il allait mettre en avant, après les acquis dus à son prédécesseur, les notions d’énergie et de couleur, dans un programme XXe siècle.

Ouverture périlleuse avec le Concerto pour violon n°2 de Bartók. Si le National semble de suite à l’aise, ne l’est pas. Ses attaques sont hésitantes, l’intonation franchement fausse, la sonorité trop appuyée. Cela manque de charme, de séduction dès les premières mesures. Il prend de l’aisance progressivement, mais ne sort pas d’une lecture prosaïque d’une œuvre fort complexe. Ne doutons pas de ses capacités, il a les atouts pour transcender ce concerto. Cela viendra avec le temps. En bis accordé à un public acquis d’avance, un extrait de la Sonate n°3 d’Ysaÿe (pourtant pas moins virtuose que Bartók) dans lequel il montrait bien plus d’assurance.

Quand on demande à Boulez quel est le point commun entre Rameau, Berlioz, Debussy, Ravel, Messiaen et lui (intégrons y Dutilleux pour faire bonne mesure), donc les grands compositeurs français, il répondait sans hésiter : « la couleur ». C’est bien la couleur, le timbre, qui domine la délicate Notation VII, cinquième extrait orchestré de son œuvre de jeunesse (12 Notations) pour piano. De courtes phrases musicales circulent d’un pupitre à l’autre (les cordes sont divisées au maximum), phrases répercutées par un imposant pupitre de neuf percussionnistes qui ont eux aussi un rôle de couleur plus que de rythmiciens. domine la partition, tout aussi imposante que l’effectif orchestral demandé. Faut-il préciser qu’une partie du public est partie après le concerto, et qu’une autre s’est octroyé une pause prolongée avant que l’œuvre de Boulez ne commence ? Oui, il faut le préciser : une trop grande part du public parisien est mufle !

Finale en technicolor avec un Sacre du Printemps survolté, pris dans des tempos délirants. L’, qui pourtant a beaucoup donné en première partie, ne défaille pas un instant. Rien n’est pris en force, tout est énergique. Gatti réussit à faire ressortir les divers solos de vents de la partition, manie avec maestria les alliances de timbre pour n’en faire plus qu’un (exemple : flûte alto doublée à l’octave par la petite clarinette, une gageure en matière de justesse). Son Sacre est nerveux jusque dans les moments soi-disant calmes (début de la seconde partie). Le triomphe est sans appel : le National s’est trouvé son futur mentor, et le public parisien, toujours autant atteint de phtisie dans les passages les moins sonores, s’est trouvé son nouveau chef « chouchou ».

Crédit photographique : © Festival de Merano

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 18-X-2007. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour violon n°2 Sz112 ; Pierre Boulez : Notation VII ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Laurent Korcia, violon. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

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