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L’opéra en France : place des opéras de province dans le paysage culturel

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Leurs disparités en France en font leur force : si aucune maison d’opéra ne se ressemble, leurs saisons sont en tout logique fortement individualisées. Organisation, montage de spectacles, répartition territoriale, modèle économique… Tous les sujets sont abordés dans ce dossier sur le monde lyrique dans l’hexagone. Pour accéder au dossier complet : L’opéra en France

 

Leurs disparités en font leurs forces

Leurs disparités en font leurs forces : si aucune maison d’opéra ne se ressemble, leurs saisons sont par conséquent fortement individualisées.

Contingences et exigences

Certains opéras à vastes effectifs ne sont pas jouables dans les plus petits théâtres. Turandot de Puccini demande un orchestre et un chœur conséquents, en plus d’un plateau de solistes de haute volée. Au-delà du coût financier du plateau (cachet des solistes, décors, costumes, …) les scènes de Tours ou Rennes pour des raisons physiques et matérielles ne peuvent monter ce genre d’opéra. Les maisons qui ont les moyens financiers et artistiques, mais logées dans les théâtres à l’italienne, ont une fosse d’orchestre trop étroite. A Marseille, pour la Femme sans ombre ou Lady Macbeth de Mzensk, l’orchestre déborde dans les loges latérales.

Distribution : où sont les stars ? Où sont les jeunes talents ?

Les plus grandes voix du moment passent par la France, et pas toujours dans le prestigieux Opéra National de Paris. A quelle scène Sumi Jo confie-t-elle sa première Traviata hexagonale ? A Toulon. Giulio Cesare de Haendel avec Stéphanie d’Oustrac et Marie-Ange Todorovitch, c’est à Marseille. Franck Ferrari est Scarpia (dans Tosca) à Nice, Vladimir Galouzine, Barbara Haveman et Raina Kabaivanskaya sont à l’affiche de la Dame de Pique à Toulouse, Jeanne-Michèle Charbonnet est Judith (Château de Barbe-Bleue) à Angers-Nantes, Victor Torres est Rigoletto à Rouen, etc.

Les scènes plus modestes recrutent essentiellement de jeunes chanteurs, leur permettant ainsi d’aborder les grands rôles du répertoire. Isabelle Philippe, dont chaque prestation suscite un concert de louanges, sera cette saison dans La Traviata à Clermont-Ferrand et Thaïs à Metz. L’emploi du temps de Florian Laconi se passera entre Metz et Avignon, celui de Nathalie Manfrino entre Toulon et Nice. Paul Gay accumule les premiers rôles à Toulouse, Nice, Toulon ou Bordeaux mais n’aura qu’une « silhouette » (rôle très secondaire) à Paris. Jean-Luc Ballestra, primé aux Victoires de la musique classique 2007, sera à Caen, Lille et Nice. Etc.

On le voit clairement : les petites scènes de province sont la rampe de lancement de tout jeune artiste lyrique. Si Avignon, Metz et Tours (les opéras les premiers visés par la politique générale culturelle actuelle) ne pourront jamais accueillir une production intégrale du Ring des Nibelungen ou un plateau réunissant Roberto Alagna, Waltraud Meier, Leo Nucci et Renée Fleming, elles ne se privent pourtant pas de programmer les opéras du répertoire (Manon, Tosca, Traviata, …) sans sacrifier l’exigence artistique. N’oublions pas que c’est à Avignon que Roberto Alagna a débuté, dans Roméo et Juliette de Gounod.

Quel répertoire ?

L’opéra français est largement représenté en province. Alors que l’Opéra National de Paris ne se préoccupe du répertoire hexagonal que depuis peu (La Juive, Louise, Ariane et Barbe-Bleue, Iphigénie en Tauride, …), chaque saison les autres maisons lyriques présentent au moins une rareté du XIXe ou début XXe : Dolorès d’André Jolivet à Rouen, Le Roi d’Ys de Lalo à Rouen et Toulouse, le Pays de Ropartz à Tours, le Caïd de Thomas à Metz, Don Quichotte de Massenet à Limoges, etc. L’opérette est en bonne place : les raretés d’Offenbach (le Roi carotte à Dijon par exemple) apparaissent, et les œuvres d’André Messager sont de plus en plus données. D’autres titres plus rares sur les scènes prouvent aussi un certain dynamisme : The Rake’s progress de Stravinsky, A Midsummer night’s dream de Britten, la Vedova scaltra de Wolf-Ferrari ou Der Jasager de Weill.

La création contemporaine est un cas à part. Une production d’une création mondiale est fort coûteuse pour un théâtre. Et plus que n’importe quelle autre scène, un opéra doit avoir un taux élevé de remplissage (en faisant une moyenne sur l’année). Pour amortir les coûts une création reste donc exceptionnelle, et souvent en co-production. Les opéras créés dernièrement sont plus sous forme de structures légères (absence de chœur, effectif orchestral réduit, …) dans l’esprit du théâtre musical des années 60/70, quand la création lyrique était en panne. Mais 40 ans plus tard les raisons sont d’ordre économique et non artistique. Sumidagawa de Susumu Yoshida (créé le 8 novembre dernier à Quimper) en est l’exemple parfait : deux chanteurs accompagnés d’un ensemble de percussions, qui permet ainsi des représentations dans un théâtre « traditionnel » (sans fosse d’orchestre). La production tourne ainsi sur la scène bipolaire d’Angers-Nantes, après le Théâtre de Cornouaille de Quimper et avant l’Opéra de Rennes. Les créations sont toujours soutenues financièrement, soit par le Ministère de la Culture (Commande d’Etat) soit par des organismes privés (Fonds d’action de la SACD ou de la SACEM, Musique Nouvelle en Liberté, …). La création d’opéras « traditionnels » toutefois ne faiblit pas : Marius et Fanny (Vladimir Cosma) à Marseille, Genitrix (Laslo Tihanyi) à Bordeaux, Au bois lacté (François Narboni) à Metz ou Scènes de chasse (René Kœring) à Montpellier montrent que l’opéra contemporain est loin d’être moribond, sans préférence de style ni d’école.

Crédit photographique : Opéra de Tours © DR et Production du Roi d’Ys à Toulouse © Patrice Nin.

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