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Le National guidé par Kurt Masur réussit l’ascension des Alpes

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 29-XI-2007. Johannes Brahms (1833-1897) : Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur op. 102. Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie op. 64. Sarah Nemtanu, violon ; Raphaël Perraud, violoncelle ; Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Voilà un programme de concert digne d’un orchestre allemand ou autrichien, puisqu’avec le Double Concerto de Brahms joué, comme souvent là bas, par le premier violon et violoncelle de l’orchestre, venait le redoutable exercice de virtuosité orchestrale que constitue la Symphonie Alpestre de . On l’aura compris, c’est typiquement le genre de programme conçu pour mettre en valeur les solistes de l’orchestre, et pas seulement ceux qui seront les vedettes du concerto, mais aussi pour montrer la cohésion, la précision, la capacité dynamique et expressive de tout l’orchestre, et accessoirement pour mettre à l’épreuve la solidité des murs de la salle face à la puissance dévastatrice de l’orchestre straussien.

Brahms a dirigé lui-même la création de son Double Concerto à Cologne le 18 octobre 1897, clôturant ainsi son opus orchestral. Encore plus proche du concerto symphonique que ne le sont les deux concertos pour piano et celui pour violon, l’intervention de deux solistes au lieu du traditionnel instrument solo en renforce même l’aspect « concerto grosso », cette œuvre reste néanmoins du pur Brahms. On ne prétendra pas que le National sonne comme un orchestre allemand jouant Brahms, il n’en a pas l’assise sonore donnée par les contrebasses (encore bien discrètes), pas plus que la couleur des bois ou des cuivres, mais a su lui donner le phrasé et le rythme qui conviennent à cette musique. Côté solistes, il ne fallait pas s’attendre à une prestation de type « star internationale » qui de toute façon n’est pas de mise ici, mais un peu plus de vigueur et d’étendue dynamique aurait été bienvenues. L’entente des deux solistes était néanmoins excellente, tout comme l’équilibre entre les solistes et l’orchestre (au détriment de la puissance sonore des ff). De son côté a dirigé très sobrement un orchestre en belle forme, mais qui n’était pas poussé dans ces derniers retranchements (ça c’était pour l’après entracte !). Au final, cela a donné un concerto qui nous inspirait plus de sympathie que d’enthousiasme. En bis, et nous ont donné une des rarement jouées Danses Transylvaniennes de Bartok fort bien faite.

Dernier des grands poèmes symphoniques de Strauss (si on met à part les Métarmorphoses), la Symphonie Alpestre a été composée entre 1911 et 1915 alors que le compositeur résidait justement dans les Alpes bavaroises face au Zugspitze, dont elle nous raconte, par le menu, l’ascension depuis le départ au lever du jour, jusqu’au retour à la nuit tombée. C’est une œuvre très descriptive, quasiment visuelle, qui fait appel à toutes les ressources du grand orchestre symphonique, auquel s’ajoute orgue, cloches de vaches et machine à vent ! Pour une œuvre qui n’est sans doute pas son œuvre fétiche, le National s’y est manifestement donné à fond, sans dépasser ses limites, bien contrôlé qu’il était par un Kurt Masur à l’évidence heureux de la prestation de ses troupes. Toutefois l’aspect « sous contrôle » de cette interprétation avait comme contrepartie de parfois limiter les contrastes expressifs comme de tempo, sans doute pour sagement éviter les dérapages qu’une telle partition facilite. Ainsi certains passages auraient pu être plus spectaculaires ou puissants (les murs de la salle n’ont pas trop tremblé) comme Sur le glacier ou Orage et tempête, d’autres auraient pu être plus sensuels tels La promenade près du torrent ou Dans les alpages. Et si la pulsation des contrebasses et, a un degré moindre, le soyeux des cordes nous manquent toujours, on a regretté la quasi absence sonore des cloches de vaches et une machine à vent qui sifflait plus qu’elle ne soufflait. Néanmoins cela n’a pas gâché une prestation orchestrale globalement de haut niveau, à la couleur orchestrale plus française que bavaroise (on y a reconnu des accents berlioziens !), avec des cuivres impeccables, des bois brillants, et des cordes qui ont su résister au déferlement des cuivres et percussions. A la fin de la soirée, Kurt Masur, qui pour une fois, a laissé durer les applaudissements du public, a pris la parole pour exprimer, en anglais, sa fierté d’être là, et a ajouté que l’orchestre pouvait être fier de lui ce soir.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 29-XI-2007. Johannes Brahms (1833-1897) : Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur op. 102. Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie op. 64. Sarah Nemtanu, violon ; Raphaël Perraud, violoncelle ; Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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