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Les Sept dernières Paroles du Christ de Haydn par Savall

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Joseph Haydn (1732-1809) : Les Sept dernières Paroles du Christ, Hob. XX. 1, version pour orchestre, Le Concert des Nations, direction : Jordi Savall ; 1 CD Alia Vox AVSA9834. Code barre : 7 619986 398549. Enregistré à Cadix du 2 au 4 octobre 2006. DSD. Notice : français, anglais, portugais, castillan, allemand, catalan, italien. Durée : 60’07’’

 

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dirige ici dans la version initiale pour orchestre seul des Sept dernières Paroles du Christ, de Haydn. L’enregistrement a eu lieu à l’endroit même de la création, donc dans l’église Santa Cueva de Cadix. retrouve ainsi cette œuvre qu’il avait déjà superbement interprétée, en 1991 pour Auvidis-Astré. Sa vision musicale a évolué, avec des tempi globalement plus rapides, et toujours une intensité dramatique très prégnante. L’œuvre l’interpelle en effet, comme il l’explique lui-même dans le texte de présentation : « Le fait que cette musique devait servir de contrepoint spirituel à un commentaire parlé sur les dernières paroles du Christ, explique la décision de la réaliser de façon purement instrumentale. Pour notre enregistrement qui doit pouvoir s’écouter indépendamment de son contexte liturgique, cette situation nous posa un dilemme fondamental : pouvons-nous aujourd’hui jouir pleinement du message que Haydn a voulu nous transmettre par sa musique, en ignorant le contexte de sa gestation et de sa fonction originelle ? En d’autres termes : comment actualiser au XXIe siècle un rituel si particulier, sans déformer son sens profond et sans tomber dans une réduction esthétique d’une œuvre éminemment spirituelle ? »

Pour comprendre les préoccupations et les choix de Jordi Savall, ou en d’autres termes, pour comprendre comment le chef répond à ses questions, revenons un instant à la genèse de l’œuvre. Connu de toute l’Europe, Haydn reçoit en 1785 une commande d’Espagne pour une célébration particulière du Vendredi Saint. Le discours musical doit suivre précisément le déroulement de la cérémonie, qui alterne les discours pieux de l’évêque et la musique, purement instrumentale. Une introduction ainsi qu’un mouvement rapide évoquant le tremblement de terre qui suivit la mort du Christ, encadrent les sept adagios qui succèdent aux sept brèves homélies sur chacune des sept paroles. L’œuvre est créée en 1787. Une version pour quatuor à cordes de Haydn ainsi qu’une autre pour piano, approuvée par le compositeur, voient également le jour. Une dizaine d’années plus tard, Haydn entend un arrangement en oratorio réalisé par le maître de chapelle Joseph Friberth. A partir de cette pièce, il réalise en 1796, aidé par le futur librettiste de la Création et des Saisons, le baron von Swieten, sa propre version oratorio des Sept Paroles du Christ, tant d’un point de vue textuel que musical. Pour cette version, nous conseillons les enregistrements inspirés de J. Ferencsik.

Donc, comme son titre et ses circonstances initiales de composition l’indiquent éloquemment, Les Sept Paroles est une œuvre religieuse qui invite à suivre et ressentir les souffrances du Christ sur la Croix. D’ailleurs, pour répondre aux préoccupations spirituelles et historiques évoquées plus haut, Jordi Savall fait déclamer les textes latins du Christ par Francisco Rojas avant chaque pièce qui compose l’ensemble. Il complète le tout par des commentaires dans le livret accompagnateur du philosophe et théologien Raimon Panikkar ainsi que ceux de José Saramago, prix Nobel de littérature 1998, auteur de L’Evangile selon Jésus-Christ (Paris, Seuil, 1993). L’objectif est clairement de donner des pistes esthétiques et spirituelles visant à ouvrir des perspectives d’écoute plus profondes. D’autant que l’interprétation musicale va également dans ce sens, grâce à un Concert des Nations extrêmement inspiré.

En effet, les mélodies plaintives ou plus extériorisées, sur fond de modulations parfois osées, sont toujours exposées de manière dosée, sans excès. L’équilibre, entre les différents pupitres, est irréprochable, avec une précision indéniable dans le phrasé, l’accentuation. Des cuivres présents et ronds, des cordes et des bois aux sonorités équilibrées, douces, expressives et fluides. A noter, la qualité des solos de violon de Manfredo Kraemer et le raffinement des passages en pizzicati. Les timbales interviennent également sans effet outrancier. L’écriture de Haydn, parfois polyphonique et complexe, n’est pas une entrave à la compréhension immédiate de l’auditeur, tant l’équilibre instrumental est soigné, rendant aisée la lisibilité du texte musical. Le dramatisme atteint son point culminant, avec, évidemment, le tremblement de terre (Il terremoto) qui termine triomphalement l’œuvre Presto con tutta la forza, réunissant l’ensemble de l’effectif. Là encore, point d’excès.

Pour couronner le tout, la pochette offre une très belle reproduction de La Crucifixion (ca. 1620) de José de Ribera, dit lo Spagnoletto (« l’Espagnolet »), l’un des représentants du ténébrisme espagnol baroque. Cela aide encore à la compréhension du message spirituel et esthétique dont est indéniablement empreint ce très beau CD.

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Joseph Haydn (1732-1809) : Les Sept dernières Paroles du Christ, Hob. XX. 1, version pour orchestre, Le Concert des Nations, direction : Jordi Savall ; 1 CD Alia Vox AVSA9834. Code barre : 7 619986 398549. Enregistré à Cadix du 2 au 4 octobre 2006. DSD. Notice : français, anglais, portugais, castillan, allemand, catalan, italien. Durée : 60’07’’

 
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