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L’orgue historique Allemand à l’aube du baroque

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Michael Praetorius (1572-1621) : Intégrale de l’œuvre d’orgue. Jean-Charles Ablitzer à l’orgue Hans Scherer de Tangermunde (1624). 1 CD Alpha 114. Code barre 3760014191145. Enregistré en juin 2005. Livret trilingue français, anglais, allemand. Durée totale : 58’59’’.

 

Contemporain de Samuel Scheidt et de Heinrich Schütz, , auteur colossal pour l’orgue dans cette Allemagne du nord pré-baroque, à qui l’on doit « mille et une œuvres » d’importance, dont la rédaction du fameux Syntagma Musicum (gros ouvrage d’organologie écrit en trois volumes avec le facteur d’orgue Esais Compenius), reste encore de nos jours assez méconnu, même des organistes qui pratiquent la musique ancienne. Seules les danses du ballet Terpsichore se sont hissées au rang de la célébrité.

Notre auteur appartient à une famille de divers musiciens organistes (Jakob, Hieronymus), dont le nom latinisé était à l’origine « Schulz ».

Michael compositeur génial et innovant, sera notamment conseillé municipal de la maison de Saxe à Dresde, et dirigea la chapelle de cette institution.

Déjà visité au disque par quelques rares organistes, pas toujours de manière heureuse, ce disque comble un immense vide, car il présente pour la première fois, l’intégrale d’orgue, accompagné d’une superbe iconographie, habituelle avec ce label, et d’un texte historique passionnant.

On sait l’organiste spécialiste du répertoire ancien germanique (intégrales Böhm et Buxtehude parues chez Harmonic records), c’est dire l’excitation de l’entendre dans cette musique quasiment inédite, d’une rare intensité, sur un orgue historique, proche de celui que connu Praetorius lui-même. Celui de Tangermünde, construit au début du XVIIe siècle, miraculeusement sauvé et restauré, se présente comme un grand seize pieds à trois claviers avec tempérament mésotonique. Son plan suit l’esthétique hambourgeoise magnifiée par Schnitger : tourelles de pédale, positif de dos, grand orgue et oberwerk (récit).

L’œuvre comporte dix pièces : des hymnes catholiques, des chorals-fantaisie, ce qui constituait alors l’épine dorsale de la musique d’orgue liturgique. Les fantaisies sur les chorals luthériens atteignent parfois des proportions impressionnantes, comme chez Reincken, Scheidemann, ou Weckman, en particulier la pièce sur le choral du baptême « Christ unser Herr zum Jordan kam » qui s’étire sur 411 mesures, et reste ainsi l’une des plus développées de la littérature pour orgue… Et l’une des plus belles aussi, sans doute le chef d’œuvre de Praetorius. Il faut entendre la calme exposition du choral, sur les fonds, puis le plein-jeu et ensuite, l’arrivée des jeux d’anche en taille à la pédale dans leur rôle de cantus firmus : un grand moment !

Une musique savante, mais humaine, chaleureuse, servie par un jeu inspiré de l’interprète, et aux couleurs contrastées. Tout baigne dans la lumière, avec une prise de son rapprochée, la meilleure jusqu’ici réalisée pour cet orgue, où rien n’échappe à l’auditeur, une véritable fête des sons.

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Michael Praetorius (1572-1621) : Intégrale de l’œuvre d’orgue. Jean-Charles Ablitzer à l’orgue Hans Scherer de Tangermunde (1624). 1 CD Alpha 114. Code barre 3760014191145. Enregistré en juin 2005. Livret trilingue français, anglais, allemand. Durée totale : 58’59’’.

 
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