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Grâce à un renard, il réalise son rêve d’enfant …

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David Reyes, Alice Lewis, Evgueni Galperine : Le Renard et l’Enfant. Maxime Delpierre, guitare ; Sylvain Daniel, basse ; Vincent Taeger, batterie ; Cécile Abrel, harpe ; Youli Galperine, piano ; Alexandre Galperine, sifflet ; Nicolas Villebrun, guitare ; Cécile Daroux et Renaux Pion, flûte ; David Reyes, flûte péruvienne, xylophone d’enfant, samples. The Bulgarian Symphony Orchestra dirigé par Deyan Pavlov et Ivan Kojouharov. 1 CD V2 réf. 477 6603. Enregistré en 2007 au Studio Juno et au Studio N1 de la Bulgarian National Radio. Durée : 48’31’’

 

Après le succès international et inattendu de La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet revient avec un nouveau film, Le Renard et l’Enfant, récit de l’amitié profonde et chaotique qu’entretiennent une petite fille et un renard sauvage. Le réalisateur est un excellent documentariste animalier, le film le démontre à chaque plan : les images sont magnifiques, Luc Jacquet sait capter les instants les plus palpitants ou les plus émouvants de la vie sauvage, chaque créature sembler jouer son rôle de façon naturelle, le film est une immersion totale dans la vie animale, et l’on en oublierait presque que le renard n’est qu’une bête… C’est bien le seul intérêt du film de Luc Jacquet. Car afin de justifier ces belles images, il a fallu trouver un fil d’Ariane. A partir d’une anecdote qu’il a lui même vécu, le réalisateur a échafaudé une histoire réchauffée et simpliste, un simple prétexte pour filmer le renard, cet animal injustement oublié par le cinéma, et la nature luxuriante qui l’environne. Découpé en petites séquences individualisées qui ont de quoi disperser l’attention et susciter l’ennui chez le cinéphile averti, Le Renard et l’Enfant est avant tout un film calibré pour des enfants que la nature fascine.

Personne ne s’y trompera : dans Le Renard et l’Enfant la musique est majoritairement de  : la contribution d’Alice Lewis et d’Evgueni Galperine reste très minoritaire, quand bien même le disque sorti chez V2 laisse entendre le contraire.

Comment chroniquer objectivement ce disque ? Un critique n’est pas toujours le mieux placé pour juger d’une sortie et se trouve parfois dans une situation bien embarrassante. A force de fréquenter des artistes, le journaliste découvre des jeunes talents qu’il est d’abord le seul à mettre en avant et dont il essaie d’accompagner la carrière naissante afin de le révéler au grand public. Le problème c’est que ces artistes finissent par devenir des amis… Si Le Renard et l’Enfant représente une étape décisive dans la carrière de comme de ses deux acolytes, la sortie de ce film massivement « marketé » par Disney est également un aboutissement pour nous. A 25 ans seulement, le jeune compositeur en qui nous croyions le plus accomplit enfin son rêve d’enfant… Difficile d’être totalement impartial, de voir cette musique avec la neutralité du spectateur lambda.

Le film commence donc, le générique se fait entendre, et nous frissonnons déjà. Si nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est bien que David Reyes a fait un excellent travail, surtout pour le temps qui lui était imparti. La musique est généreuse… et certes fonctionnelle. Parfois un peu cliché : notamment cette pédale de basse insistante exprimant l’attente, qui est en réalité la seule chose que Luc Jacquet a laissée d’un mixage plus complexe. La narration est très séquentielle : en conséquence de quoi, les très belles atmosphères composées par David semblent trop courtes et n’ont pas le temps d’être développées, nous laissant un peu sur notre faim. On sent souvent les influences revendiquées du compositeur : Maurice Ravel (Daphnis et Chloé sur les séquences où l’on voit le soleil se lever), le minimalisme de Steve Reich (transcendé souvent), et même Thomas Newman (un solo de hautbois caractéristique), télescopées avec son propre style, forcément naissant.

Mais qu’importe. La musique est rafraîchissante. David Reyes fait surtout montre d’une vraie connaissance de l’orchestre, et d’une grande maîtrise d’écriture, ce qui est rare à l’âge qu’il a, ainsi que d’une grande spontanéité : pas d’artifices inutiles. Le thème à la Newman est très beau (Parade amoureuse), certaines séquences légères, vivifiantes et lumineuses bien qu’on puisse regretter les quelques pains de l’orchestre.

Le disque offre un brillant panorama de la contribution des trois musiciens, même s’il ne reflète absolument pas la réalité du film. La musique subtile et plus intellectuelle d’Evgueani Galperine offre un beau contrepoint comme un remarquable prélude à la musique généreuse et grandiose de David Reyes. Quant à la jolie Alice Lewis, elle nous gratifie de deux versions d’un tube en puissance, Windy Whistle, une chanson envoûtante et lumineuse qui reste longtemps dans la tête…

Un beau coup d’essai pour ce trio qu’il faudra sans aucun doute suivre à la trace désormais …

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David Reyes, Alice Lewis, Evgueni Galperine : Le Renard et l’Enfant. Maxime Delpierre, guitare ; Sylvain Daniel, basse ; Vincent Taeger, batterie ; Cécile Abrel, harpe ; Youli Galperine, piano ; Alexandre Galperine, sifflet ; Nicolas Villebrun, guitare ; Cécile Daroux et Renaux Pion, flûte ; David Reyes, flûte péruvienne, xylophone d’enfant, samples. The Bulgarian Symphony Orchestra dirigé par Deyan Pavlov et Ivan Kojouharov. 1 CD V2 réf. 477 6603. Enregistré en 2007 au Studio Juno et au Studio N1 de la Bulgarian National Radio. Durée : 48’31’’

 
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