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L’Adieu de Chostakovitch : Intégrale des quinze quatuors

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Bobigny. Maison de la Culture MC 93.3-XII-2007. Grande salle Oleg Efremov. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuors à cordes n°13, 14 et 15. Le Quatuor Chostakovitch de Moscou : Andrei Shishlov, premier violon ; Serguei Pishuingin, deuxième violon ; Feodor Belungen, alto ; Alexandre Korchagin, violoncelle.

Le Quatuor Chostakovitch

Après une première intégrale des quatuors de Chostakovitch donnée il y a quelques mois à la Salle Cortot par le Quatuor Danel, c’est le Quatuor Chostakovitch de Moscou qui venait à la Maison de la Culture de Bobigny jouer les quinze quatuors du maître russe en cinq concerts respectant la stricte chronologie de leur composition. Cinquième de la série, le concert du 3 décembre affichait donc les trois derniers numéros écrits de 1970 à 1974, dans les dernières années de la vie de  ; épuisé par la maladie, il livre, dans ces pages ultimes, la vision tragique d’un homme miné par le désespoir.

Il est frappant d’ailleurs de noter à quel point il transgresse toutes les conventions d’écriture pour laisser libre cours à ses pensées happées par une irrémédiable trajectoire de chute.

Qui mieux que le quatuor Chostakovitch, avec ses quarante ans d’existence, pouvait pénétrer les arcanes de cette pensée dont on ressentait ce soir, à l’écoute de ces trois quatuors, les sinuosités douloureuses et le vide abyssal.

Composé pendant l’été 1970 dans l’intervalle séparant deux longues hospitalisations, le Quatuor n°13 écrit d’un seul tenant relève de cette nouvelle dramaturgie de la forme, enchaînant des séquences très contrastées qui culminent sur une danse macabre aux rythmes terrifiants. Dédiée à l’altiste du quatuor Beethoven – dédicataire de tous les quatuors de Chostakovitch -, l’œuvre mettait en valeur l’étonnante sonorité de Feodor Belungen mêlant chaleur et plénitude.

Le Quatuor n°14, en trois mouvements, laisse sourdre de nouvelles forces vitales suggérant ici un jeu moins tendu, presque serein de la part du quatuor Chostakovitch. Au fur et à mesure de l’œuvre, l’écriture des quatre parties se démantèle et nous laisse apprécier les qualités expressives de chaque pupitre comme dans cet Adagio central, sombre et introspectif, où les timbres hantent l’espace vide telles des présences fantomatiques.

Avec ses six mouvements lents, le dernier quatuor est conçu comme un cérémonial funèbre d’une noirceur extrême. On se souvient de la recommandation de Chostakovitch au jeune Quatuor Taneïev qui avait en 1974 le privilège de la création : « Jouez de façon à ce que les mouches tombent mortes en plein vol et que le public commence à quitter la salle par pur ennui ». Nul départ ne vint troubler l’interprétation très sentie du Quatuor Chostakovitch abordant ce rituel mortuaire avec une concentration absolue. On ressentait au contraire dans la salle une écoute presque recueillie de la part d’un public très réceptif à ce pathos tendu dont l’univers sonore ascétique préfigurant le néant de la mort reste toujours, au terme d’une intégrale, d’un effet saisissant.

Crédit photographique : © DR

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Bobigny. Maison de la Culture MC 93.3-XII-2007. Grande salle Oleg Efremov. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuors à cordes n°13, 14 et 15. Le Quatuor Chostakovitch de Moscou : Andrei Shishlov, premier violon ; Serguei Pishuingin, deuxième violon ; Feodor Belungen, alto ; Alexandre Korchagin, violoncelle.

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