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De l’acteur au clarinettiste… tendre et touchant

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Luxembourg. Philharmonie. Le 22-XII-2007. Eddy Davis, directeur musical, banjo ; Woody Allen, clarinette ; Conal Fowkes, piano ; Simon Wettenhall, trompette ; Jerry Zigmont, trombone ; John Gill, percusions ; Greg Cohen, contrebasse.

Woody Allen and his New Orleans Jazz Band

C’était l’événement de la fin de l’année. Luxembourg l’attendait avec impatience et la Philharmonie était pleine pour accueillir Woody Allen ce soir. Le public était-il venu voir l’acteur, le metteur en scène ou le clarinettiste amateur ?

Woody Allen lui-même se présente simplement avec une certaine objectivité : «Je ne suis qu’un clarinettiste amateur, si je n’étais pas célèbre, les gens ne viendraient pas à mes concerts. Ils viennent plus pour me voir que pour m’écouter. (… ) Je ne sais pas lire la musique…»

Woody Allen entre en scène, l’allure égarée, le dos courbé, vêtu d’un pull-over intemporel, d’un pantalon jaunâtre remonté très haut, le regard perdu, n’osant pas lever les yeux vers la salle, craignant de déranger. Il fait penser à Droopy ce personnage créé par Tex Avery. Il ne réagit pas aux applaudissements accueillants du public, comme s’il y était imperméable.

Puis, comme s’il avait oublié quelque chose, il court vers le micro à la façon d’un enfant, et se met à parler en français avec un adorable accent américain : «Pour nous, il est un grand plaisir de venir jouer ici…», et il ajoute avec humour : «Si vous détestez ma musique, vous pouvez voir mes films. Si vous détestez mes films, je suis perdu !» Il présente son orchestre avec qui il se produit tous les lundis soirs au Café Carlyle, à New York. Ce sont tous des professionnels. Avec l’air de ne pas y toucher, il a chauffé la salle ! Bien joué l’acteur ! Le spectacle peut commencer !

Avec son Jazz Band Orchestra, il nous emmène à la Nouvelle-Orléans, en nous jouant des standards autour de Sydney Bechet qu’il admire. Certains musiciens vont venir chanter avec chacun une voix intéressante. C’est entraînant, joyeux et plein de rythme. Woody Allen qui a rapidement enlevé son pull et retroussé ses manches, scande tous les airs uniquement avec son pied gauche battant fortement sur le sol. Il se penche en avant, se lève un peu de son siège, se rassied, croise les jambes… Une sorte de rituel qu’il va répéter tout au long de la soirée. Quand il laisse les autres jouer, il semble endormi, la tête un peu penchée en avant tenant son instrument comme un bâton dressé au milieu de son corps… Attitude assez symbolique …

On ne peut pas dire qu’il joue comme un professionnel. Quand on l’écoute, on se rend compte que ce n’est pas facile la clarinette surtout dans les aigus et que parfois c’est tout un art de produire un son et non un simple souffle. Et finalement, il se défend bien, étant capable de sortir aussi de son instrument des amusants couinements tout à fait cocasses et étonnants. Il accroche son public avec cette musique simple, gaie et entraînante. On voit qu’il aime jouer et c’est vraiment touchant. Le clown n’est jamais loin. C’est tendre. C’est joyeux. Il envoûte. Il amuse. Il séduit. La salle est enchantée et le manifeste chaleureusement.

Comme embarrassé d’être applaudi, il passe sa main sous le nez, regardant chaque fois le sol dans une sorte de grande timidité, mais qui est peut-être finalement tout à fait contrôlée. L’air de rien, il entraînera sa bande à revenir jouer avec lui, et ils donneront une série de bis pendant plus d’une demi-heure, visiblement heureux d’être là, heureux de jouer. Il saluera encore de façon gênée, retournant maladroitement en courant sur la pointe des pieds vers les coulisses tout en perdant la moitié de sa clarinette.

L’ambiance était excellente et particulièrement enthousiaste. Qu’il soit venu pour le voir ou pour l’écouter, le public était amusé, ravi, comblé par le joyeux spectacle musical donné par l’acteur fétiche et son orchestre qui ont offert finalement un programme assez complet.

Woody Allen sur scène est exactement comme dans ses films avec cette impression clownesque, naturelle et tendre de ne pas vouloir déranger. Même s’il nous a sans doute fait son show, on l’aime comme il est. La soirée fut excellente et restera dans les mémoires.

La sortie des artistes était bondée de fans attendant un autographe, chose évidemment très rare à la Philharmonie de Luxembourg…

Crédit photographique : © DR

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Luxembourg. Philharmonie. Le 22-XII-2007. Eddy Davis, directeur musical, banjo ; Woody Allen, clarinette ; Conal Fowkes, piano ; Simon Wettenhall, trompette ; Jerry Zigmont, trombone ; John Gill, percusions ; Greg Cohen, contrebasse.

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