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Voilà un Beethoven haute qualité « standard » 2007

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61 ; Sonate pour piano et violon n°9 en la majeur Op. 47 « A Kreutzer ». Vadim Repin, violon ; Martha Argerich, piano ; Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Riccardo Muti. 2 CD Deutsche Grammophon DG 477 6596, code barre 0 2894776596 7. Enregistré en février 2007 à Vienne (concerto) et en juin 2007 à Lugano (sonate). Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 84’07’’

 

Cet album au couplage original qui s’étend sur deux CD, chaque œuvre occupant entièrement une galette, a pour centre de gravité le violoniste , soliste du Concerto pour violon et partenaire de pour la Sonate « A Kreutzer ». Si on ajoute le Philharmonique de Vienne et , on se dit que ce bien beau programme est ici servi par des interprètes de tout premier choix, certains diront « de luxe », en tout cas parmi ce qui se fait, a priori, de mieux aujourd’hui sur la scène internationale. Alors le ramage, digne de la légendaire étiquette jaune, en vaut il le plumage ? Car avec de tels interprètes, on place la barre tout en haut, sinon rien ! Alors, et après plusieurs écoutes où notre cœur balançait entre une respectable admiration pour la qualité du travail, et une certaine réserve, finalement uniquement due à l’existence de versions encore plus riches et complètes, nous nous rallierons à une résolution médiane plutôt positive considérant qu’il est peu probable qu’on puisse entendre mieux par les temps qui courent.

Car ces disques ne manquent pas de qualités, à commencer par une technique défiant la critique, aussi bien l’archet sans faille de Repin que les doigts subtiles et dynamiques d’Argerich, mais aussi pour l’orchestre, où il faut bien le reconnaître, le Philharmonique de Vienne fait merveille. Quel ensemble, quel son, quelles cordes ! Et jusqu’aux contrebasses !! Le tout très bien servi par une prise de son exemplaire sans être spectaculaire pour autant. Musicalement, les deux œuvres tiennent parfaitement la route, on n’y trouve pas trace des fautes de goût ni les incongruités dont bien des interprétations modernes sont malheureusement entachées. Les interprètes ne cherchent pas à faire original, mais à faire aussi bien que possible ce qui est écrit, en y mettant tout leur savoir faire et leur intelligence musicale. Les tempi sont sans surprises, classiques, mais parfaitement bien choisis et assurés (peut être à l’exception du Larghetto du concerto, un peu lent). Le ton est noble, puissant, parfaitement « beethovénien », et les contrastes justement marqués. Bref tout se passe plutôt bien et devrait nous réjouir totalement. Toutefois il y a quand même quelques petits détails qui font que la « barre tout en haut » n’a pu être atteinte.

C’est un peu plus sensible dans le concerto où la direction de Muti ne manque ni d’ampleur ni de contraste mais d’un peu plus d’imagination et de variété pour donner à chaque phrase, chaque instrument, son entière place et surtout sa raison d’être. Ainsi les timbales sont parfois moins expressives qu’idéalement, jouant pp au lieu du p indiqué, se fondant dans le décor plus que prenant une place motrice, et chez Beethoven c’est fondamental, mais plus encore ici, et dans l’Allegro ma non troppo initial où toute la pulsation du mouvement est donnée par les timbales qui jouent, seules, la première mesure du concerto. De même les bois pourraient être parfois mieux mis en valeur comme au début du développement du premier mouvement où les deux bassons sont presque effacés derrière le violon, alors qu’ils sont seuls face à lui, les cordes ne donnant que la pulsation. Structurellement Muti jouent tous les fortissimi avec la même intensité, faisant qu’on ne sait pas vraiment où est le sommet de chaque mouvement. De son côté Repin, moins virtuose qu’un Heifetz, moins lumineux qu’un Menuhin ou un Oïstrakh, se site un peu à mi-chemin entre ces trois grands. Il apparaît parfois encore un peu appliqué, comme impressionné – et on le comprend – par le chef-d’œuvre de Beethoven, où un peu plus de fluidité et de simplicité dans ses phrasés aurait ici où là apporté un petit plus (ainsi, la si sublime « rêverie » qui suit le passage avec les deux bassons cité plus haut manque d’émotion, et à la fin de la cadence, on ne retient pas son souffle sur l’entrée en pizz des cordes). Néanmoins il réussi à habiter un Larghetto pris à la limite du Largho, orientant tout ce mouvement vers la méditation plus que vers la lumière. Et le Rondo final voit le meilleur Repin à l’œuvre et un Muti toujours attentif, mais un peu rude dans ses trop uniformes ff.

« On ne peut mettre aucun autre concerto avec celui de Beethoven, j’ai fini par me rendre compte que la Sonate « A Kreutzer » serait le contre-point idéal » déclare dans le livret. Position originale, mais avouons que finalement, elle se tient assez bien. C’est donc quelques mois après la mise en boite du concerto que rejoignait , à Lugano, pour l’enregistrement qui nous est proposé ici. Disons tout de suite que, si la prise de son reste bonne, elle est un poil moins réussie que pour le concerto, donnant en particulier au piano une couleur sans doute pas totalement fidèle, mais rien de dramatique. Les deux artistes nous offrent une version vivante, animée, énergique, de haut vol, de cette célèbre sonate, suffisamment en phase l’un avec l’autre pour réussir cette œuvre où l’équilibre piano/violon est si important. On sent bien qu’aucun des deux ne tire la couverture à lui, tout en s’engageant à fond, même si on note parfois un excès de pudeur de la pianiste qui réduit l’écart entre f et ff sans que cela saute aux oreilles quand on l’écoute sans partition. On y appréciera particulièrement un Andante con variazioni plutôt vif et dynamique, joué dans l’esprit variazioni plus que dans celui du traditionnel mouvement lent. Et un final remarquablement maitrisé.

Globalement cet album reste parfaitement recommandable, ne désonhorera aucune discothèque, même s’il existe des versions plus accomplies, notament du concerto (inaccessible leçon de direction beethovénienne chez Furtwängler accompagnant un Menuhin inspiré comme rarement, pour ne retenir qu’une version de référence). Mais la sonate fait parti des meilleures. Et ensemble, ils constituent un exemple de ce qui peut sans doute se faire de mieux aujourd’hui.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61 ; Sonate pour piano et violon n°9 en la majeur Op. 47 « A Kreutzer ». Vadim Repin, violon ; Martha Argerich, piano ; Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Riccardo Muti. 2 CD Deutsche Grammophon DG 477 6596, code barre 0 2894776596 7. Enregistré en février 2007 à Vienne (concerto) et en juin 2007 à Lugano (sonate). Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 84’07’’

 
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