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Franz, ton heure de gloire est enfin arrivée !

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Franz Schubert (1797-1828) : Schwanengesang D957. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Six lieder sur des textes de Heinrich Heine. Jan Kobow, ténor. Kristian Bezuidenhout, pianoforte. 1CD ATMA Classique ACD2 2339. Code barre : 2205623392. Enregistré à Berlin du 5 au 8 novembre 2005. Notice bilingue français / anglais. Durée totale : 64’38’’.

 

La ville de Nantes sera dans quelques semaines terre d’asile pour les Wanderer venus de toutes lointaines contrées, à l’occasion des schubertiades géantes organisées par René Martin dans le cadre de ses Folles Journées. Jamais Schubert n’aura été tant à la fête ! Ses trente et une courtes années d’existence ont suffi à garantir son immortalité auprès des générations postérieures ; celui qui a été élu compositeur préféré des Français en 2007 grâce à un tube vieux de 180 ans est aujourd’hui très en vogue, et voici que sort chez Atma Classique, pour le plus grand bonheur de ses fans, un nouvel album consacré à ses tout derniers lieder : Le chant du cygne… Une suite de chef-d’œuvres miniatures impérissables !

Avec déjà plus de 600 lieder à son actif, Schubert choisit pour son Chant du cygne – recueil apocryphe de pièces éparses réunies après la mort du compositeur et éditées sous ce titre – deux très grands poètes allemands que sont Ludwig Rellstab et Heinrich Heine, des textes sélectionnés comme si souvent pour leur romantisme exacerbé, où se mêlent et s’unissent les thèmes de l’amour déçu, la nostalgie, la nature, la mélancolie… Schubert vient à peine de terminer son bouleversant Voyage d’Hiver sur des poèmes de Müller, où sa détresse personnelle se cristallise en une musique lugubre et glaçante, mais ô combien émouvante. Le compositeur y atteint un seuil supérieur dans sa manière de sublimer les paroles, mais les nouveaux lieder vont plus loin encore dans la dramatisation et l’abstraction musicale. Jamais Schubert n’avait écrit des mélodies d’une telle finesse, d’une telle subtilité, avec un accompagnement de piano aussi libre et inventif. Jamais Schubert ne s’était non plus aventuré aussi loin sur les chemins les plus austères et les plus sombres de la mélancolie. Il y rapporte des paysages tantôt mornes et atemporels (Kriegers Ahnung, Am Meer, In der Ferne, Der Doppelgänger…), tantôt déchaînés et tempétueux (Aufenthalt, Der Atlas), mais ses visions ne sont pas toutes noires, et il ne perd rien de son inépuisable inspiration mélodique dans les chants les plus insoucieux (Ständchen, Abschied, Das Fischermädchen).

Une fois habitués aux sonorités métalliques et acidulées du pianoforte de Kristian Bezuidenhout, on est séduit par l’interprétation intelligente et pleine de maîtrise du ténor dans ces lieder, et la très bonne prise de son fait ressortir toutes les qualités d’une voix lisse et caverneuse. Les artistes reproduisent toute la palette émotionnelle des derniers lieder de Schubert, mais la voix parfois « trop belle » de leur ôte une part de tension dramatique.

Après cinquante minutes de bonheur qui s’achèvent avec les dernières notes du Taubenpost de Schubert, difficile de se reconcentrer sur les six lieder de Félix Mendelssohn qui clôturent l’album. Il y a pourtant de fort belles choses qui méritent toute l’attention comme Auf Flügeln des Gesanges et le surprenant Neue Liebe, mais avouons que la musique reste inférieure à celle de l’univers des Lieder ohne Worte (chansons sans paroles…), dans lequel Mendelssohn s’est davantage révélé.

Un disque au final très réussi et tout à fait recommandable aux néophytes comme aux connaisseurs.

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Franz Schubert (1797-1828) : Schwanengesang D957. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Six lieder sur des textes de Heinrich Heine. Jan Kobow, ténor. Kristian Bezuidenhout, pianoforte. 1CD ATMA Classique ACD2 2339. Code barre : 2205623392. Enregistré à Berlin du 5 au 8 novembre 2005. Notice bilingue français / anglais. Durée totale : 64’38’’.

 
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