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George Szell, le refus du compromis

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George Szell. Salzburger Orchesterkonzerte 1958-1968. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie « Oxford ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°33 KV 31 ; Symphonie n°41 « Jupiter » KV 551 ; Concerto pour piano n°9 « Jeunehomme » KV 271 ; Concerto pour piano n°27 KV 595. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont, ouverture op. 84 ; Symphonie n°3 « Héroïque » op. 55 ; Concertos pour piano n°3 op. 37, n°4 op. 58 et n°5 op. 73. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 (version originale). Richard Strauss (1864-1949) : Sinfonia Domestica. Gottfried von Einem (1918-2002) : Ballade für Orchester op. 23. William Walton (1902-1983) : Partita pour orchestre. Sergei Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°5 op. 100. Sir Clifford Curzon et Rudolf Firkusny, piano ; Berliner Philharmoniker, Wiener Philharmoniker, Concertgebouw Orkest Amsrterdam, Orchestre Philharmonique tchèque, Staatskapelle Dresden, Orchestre National de la RTF, direction : George Szell. 1 coffret de 7 Cd Orfeo « Festspieldokumente » C 704 077 L. Code barre : 4 011790 704722. Enregistré en concert au festival de Salzbourg entre 1958 et 1968. Notice de présentation en anglais et allemand. Durée : 489’52 mn.

 

Szell est un enfant de l’Empire Austro-hongrois, né à Budapest, il réalise ses études à Vienne. Parmi ses professeurs, on relève les noms des compositeurs Max Reger et Eusebius Mandyczewski, un ami de Brahms et ainsi que du pianiste Richard Robert. Dans la classe de ce dernier, il rencontre Rudolf Serkin avec lequel il se lie d’une amitié qui débouche sur de nombreuses collaborations. Szell est alors un enfant prodige adulé à travers l’Europe. À l’âge de onze ans, il entreprend un tour d’Europe ; la presse anglaise le qualifie de « nouveau Mozart ». Il joue des pièces du répertoire mais aussi ses propres compositions. Pour ses quatorze ans, la prestigieuse maison d’édition Universal de Vienne lui offre un contrat d’exclusivité de 10 ans. Deux ans plus tard, il fait ses débuts de chef d’orchestre avant d’être invité, pour ses dix sept ans, à la philharmonie de Berlin. Virtuose du piano, Szell est pourtant irrémédiablement attiré par le podium de direction. En 1915, il est engagé par l’opéra impérial de Berlin où il rencontre Richard Strauss qui lui reconnaît un incontestable talent et une grande qualité d’interprète de sa musique. Szell prend d’ailleurs part au premier enregistrement du poème symphonique Don Juan.

Durant les années 1920 et 1930, il parcourt les fosses des principaux opéras du Vieux continent : Berlin, Strasbourg, Prague, Darmstadt, Glasgow avant de devenir chef principal du Staatsoper de Berlin en 1924. En 1930, il traverse l’Atlantique et effectue ses débuts avec l’orchestre symphonique de Saint Louis. Alors que la guerre menace à nouveau l’Europe, il s’installe en 1939 à New York avec sa famille. Il partage alors son temps entre l’enseignement et la direction des orchestres de la ville : le de Toscanini dès 1941, puis de la Philharmonie de New-York à partir de 1943. Le Metropolitan Opera le convie alors à descendre dans sa fosse. En 1946, il est naturalisé citoyen américain alors que le lui propose le poste de directeur musical. Bien que dirigé par de grands noms comme Nikolai Sokolof (1918-1933), le fantasque mais inégal Arthur Rodzinski (1933-1943) puis Eric Leinsdorf (1943-1946), l’Orchestre de Cleveland est considéré comme une phalange de second rang derrière les orchestres de Chicago, Philadelphie, Boston et New-York. Tenant une occasion rêvée de forger un orchestre, Szell accepte la proposition et restera en poste jusqu’à son décès en 1970. Au long de ce très long règne, il transforme cette formation en l’élite des orchestres américains au prix d’une discipline de fer et d’une intransigeance de tous les instants. Formé à l’école austro-hongroise, le chef ne plaisante jamais avec le travail et ses répétitions sont connues pour l’incroyable intensité qui découle de ses hautes exigences. Un jour qu’un journaliste l’interroge sur les secrets du niveau de son orchestre, il répond, cassant, que quand ses confrères arrêtent de travailler, lui et ses musiciens commencent seulement. Hissant l’orchestre à un niveau inégalé de perfection, il signe un contrat avec Columbia qui débouche sur des intégrales Beethoven, Brahms et Schumann qui marquent leur époque et qui continuent de faire le bonheur des mélomanes alors que ses interprétations des symphonies de Mozart ou ses accompagnements de concertos restent des modèles de clarté et d’attention. Pourtant voulant tout contrôler et serrant ses musiciens d’une redoutable main de fer, le chef oublie parfois de laisser la musique s’abandonner. Virtuose, conquérant mais souple et soucieux de l’équilibre entre les lignes mélodiques et les pupitres, le style de Szell rencontre ainsi des critiques pour son absence d’émotions. Mais des tournées triomphales en Europe, Asie et même en URSS exportent sur d’autres rives le savoir-faire maison. Szell n’oublie pas de se frotter à d’autres éminents orchestres. Fréquemment invité du Concertgebouw d’Amsterdam, du Symphonique de Londres et du Philharmonie de Vienne, le chef marque de son empreinte le Festival de Salzbourg.

Son répertoire couvre essentiellement les classiques Haydn ou Mozart et le répertoire germanique de Brahms à Strauss et Bruckner avec un grand intérêt pour la musique contemporaine : c’est lui qui commande à Henri Dutilleux ses Métaboles à l’occasion des quarante ans de son orchestre. Très intéressé par les nouveaux talents, il invite Pierre Boulez dont il avait entendu parler, on connaît les suites de la relation particulière du chef français avec les musiciens américains.

Marié à deux reprises, Szell est en dehors de sa vie musicale, un fin gourmet et un conducteur émérite refusant souvent les services du chauffeur de l’orchestre pour rentrer chez lui au volant de son imposante Cadillac. Ayant abandonné une carrière de pianiste, le chef se produit occasionnellement au piano en musique de chambre.

est l’un des premiers artistes américains de stature internationale à être retourné en Europe après la seconde guerre mondiale et en particulier au festival de Salzbourg. En 1949, il fait ses débuts dans le Rosenkavalier et en concert avec la Philharmonie de Vienne. Dès 1952, il est un invité régulier de la manifestation assurant la création mondiale de trois opéras de Rolf Liebermann (Penelope et Die Schule der Frauen) et de Werner Egk (Irische Legende) tout en conduisant des productions de Die Entführung aus dem Serail et de Die Zauberflöte. Entre 1949 et 1969, il se produit à la tête de la philharmonie de Vienne, mais aussi au pupitre des nombreux orchestres invités sur les rives de la Salzach du Concertgebouw d’Amsterdam à l’orchestre de la RTF. Le présent et massif coffret nous propose donc une sélection des concerts qui vient compléter certaines bandes éditées chez Sony, Andante et Orfeo.

C’est bien évidement avec Mozart que le chef atteint une perfection hors normes. Si les deux symphonies de Mozart à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam sont des modèles, c’est l’accompagnement des deux concertos qui touche ici au sublime. Aidé par des solistes tout aussi grandioses, l’artiste fait briller cette musique avec l’éclat de la lumière d’un printemps ensoleillé. La symphonie « Oxford » de Haydn est menée par un esthète, mais le vaillant orchestre de la RTF n’a guère le soyeux des cordes de Vienne, Amsterdam ou Dresde ; rien à redire de la symphonie n°3 de Beethoven sculptée dans le granit par un chef attentif au contenu et au contenant. En terme de concertos du grand sourd et en dépit d’un Clifford Curzon hautement inspiré, on restera fidèles à deux autres associations du chef avec des solistes : Emil Gilels pour le concerto n°3 (live à Salzbourg chez Orfeo également) et concerto n°5 (concert à Vienne avec Gulda édité par Andante). Seul le concerto n°4 ciselé avec une poésie toute romantique s’impose comme une grande référence.

La symphonie n°7 de Bruckner est hyper léchée et servie par un orchestre idéal, mais il manque à cette version, tout comme aux autres témoignages brucknériens du chef, un abandon et un mysticisme qui transcendent la simple perfection orchestrale. La symphonie domestique de Strauss est elle emportée par une rage insensée tout comme le concert 100% XX siècle qui oppose Von Einem, Walton et Prokofiev. Dans ces trois partitions de parade orchestrale, le chef déchaîne un Concertgebouw incandescent.

Jallon précieux d’une discographie d’une grande richesse, ce coffret complète judicieusement les célèbres enregistrements disponibles désormais chez Sony dans des collections économiques. Les aficionados du chef trouveront sur la toile une discographie exhaustive du musicien à l’adresse www. szell. co. uk

Crédit photographique : © DR

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George Szell. Salzburger Orchesterkonzerte 1958-1968. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie « Oxford ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°33 KV 31 ; Symphonie n°41 « Jupiter » KV 551 ; Concerto pour piano n°9 « Jeunehomme » KV 271 ; Concerto pour piano n°27 KV 595. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont, ouverture op. 84 ; Symphonie n°3 « Héroïque » op. 55 ; Concertos pour piano n°3 op. 37, n°4 op. 58 et n°5 op. 73. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 (version originale). Richard Strauss (1864-1949) : Sinfonia Domestica. Gottfried von Einem (1918-2002) : Ballade für Orchester op. 23. William Walton (1902-1983) : Partita pour orchestre. Sergei Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°5 op. 100. Sir Clifford Curzon et Rudolf Firkusny, piano ; Berliner Philharmoniker, Wiener Philharmoniker, Concertgebouw Orkest Amsrterdam, Orchestre Philharmonique tchèque, Staatskapelle Dresden, Orchestre National de la RTF, direction : George Szell. 1 coffret de 7 Cd Orfeo « Festspieldokumente » C 704 077 L. Code barre : 4 011790 704722. Enregistré en concert au festival de Salzbourg entre 1958 et 1968. Notice de présentation en anglais et allemand. Durée : 489’52 mn.

 
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