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Angela Gheorghiu est une vraie Diva : la preuve est là !

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Airs et mélodies de Jean-Paul Martini (1741-1816)  ; Alessandro Scarlatti (1660-1725)  ; Alessandro Parisotti (1815-1913)  ; Christophe-Willibald von Glück (1714- 1787)  ; Vincenzo Bellini (1801-1835)  ; Gaetano Donizetti (1797-1848)  ; Giuseppe Verdi (1813-1901)  ; Charles Gounod (1818-1893)  ; Georges Bizet (1838-1875)  ; Jules Massenet (1842-1912)  ; Alfred Alessandrescu (1893-1959)  ; Diamanti Gheciu (1892-1980)  ; Tiberiu Brediceanu (1877-1968)  ; Gherase Dendrino (1901-1973)  ; Francesco Paolo Tosti (1846-1916)  ; Alan Jay Lerner (1918-1986) & Frederick Lœwe (1901-1988)  ; Giacomo Puccini (1858-1924)  ; Angela Gheorghiu, soprano  ; Jeff Cohen, piano  ; 1 CD EMI ; Code barre : O 94639 44202 7. Enregistrement Live à la Scala du 3-4-2006 ; Texte de présentation et texte des airs traduits en français, Durée totale : 65’33’’.

 

Voilà un CD qui va remettre certaines choses à leur place et clouer le bec à plus d’un. On ne pourra pas accuser la prise de son de fabriquer une voix, mettre en cause l’adéquation de la voix aux rôles, ni parler d’annulation, de caprices ou autres vétilles montées en épingles par les pingres. Voilà un magnifique récital où tout, absolument tout est parfait. La voix est dans une plénitude astrale.

Dès le fameux plaisir d’amour de Martini, avec des graves veloutés, une ligne de chant infiniment élégante le ton est donné. Et s’il faut émettre une réserve faisons le d’emblée, la prononciation est un peu floue et il faut quelques secondes pour comprendre que la cantatrice a choisi la version italienne et non française de cette mélodie. Mais, sur l’ensemble du récital, les efforts de prononciations sont méritoires car après une première partie italienne nous avons droit à quelques mélodies françaises, puis un groupe de mélodies roumaines, avant de l’entendre en anglais dans un bis. Vraiment il faudrait être ingrat pour trouver que sa prononciation entache le plaisir constant d’entendre une telle leçon de musique.

Car pour ses premiers pas à la Scala, connaissant les humeurs volages de ce public, a construit un récital idéal. Les airs antiques qui ouvrent le programme font partie de ceux que tout chanteur, même amateur connaît. Avec une voix ayant de telles possibilités c’était plutôt risqué car il n’y a pas matière à tessiture brillante, et aucune virtuosité extérieure n’est requise. se présente donc en musicienne exquise, utilisant à la perfection son homogénéité de voix, ses graves voluptueux, son medium ambré et surtout son souffle long, ses nuances variées et son phrasé toujours admirable. Puis le premier air d’opéra de Gluck lui offre enfin une expression plus théâtrale et plus vocale, le pianiste lui même ouvrant son jeu, jusque-là retenu, vers plus d’ampleur. Les mélodies de Bellini et Donizetti nous amènent doucement vers l’opéra romantique avec de longues phrases vaporeuses pour l’un ou des rythmes plus brillants pour le second. Mais c’est avec trois mélodies de Verdi que la cantatrice d’opéra se révèle. La caractérisation est plus théâtrale et les personnages prennent corps. L’écriture vocale est plus ample avec des notes tenues révélant l’or de l’aigu. Car ce n’est que progressivement que la cantatrice offre des aigus faciles, amples et ronds emplissant la salle. On devine là une fin de première partie qui a mis entièrement le public de la Scala dans sa poche. Les applaudissements sont si rapides après les airs qu’il a été impossible de les couper. Ce public si indiscipliné ou si passionné nous impose ainsi sa présence après chaque mélodie…

La Sérénade de Gounod est délicatement nuancée avec des vocalises légères et des aigus pianos aériens. Le chant d’amour de Bizet bien plus engagé vocalement est intelligemment construit avec de belles césures et un phrasé idéal permettant l’expression de la passion amoureuse sur le mot amour, chanté forte.

Dans l’élégie de Massenet utilise le pouvoir d’émotion triste scellé dans son timbre, qui nous rappelle son origine d’Europe Centrale. C’est donc à point nommé qu’elle aborde la partie de son récital la plus originale et certainement la plus personnelle. Ce serait réducteur de faire un ensemble « roumain » de ces cinq mélodie de compositeurs très différents et de style divers. La joie et l’humour y ont leur place, mais c’est dans Bade, pentru ochii tai de Tiberiu Bediceanu qu’il se passe un accord profond créant un moment de musique vraiment rare.

Les bis mettent en valeur les aigus lumineux ça et là mais aussi un humour et un plaisir de danser irrépressible (My fair laidy). Et bien sur, un air de Puccini (O mio babinno caro) est offert au public scaligène pour terminer en beauté.

tout du long du récital est un pianiste virtuose mais surtout un musicien complice idéal. La prise de son est réussie, très vivante, le public est peut être un peu envahissant…

Voilà un récital qui prouve combien Angela Gheorghiu est avant tout une musicienne accomplie qui ne se contente pas d’avoir une des plus belles voix du monde. Elle ensorcelle le si difficile public de la Scala comme peu y sont arrivées. N’est-ce pas cela la définition d’une Diva ?

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Airs et mélodies de Jean-Paul Martini (1741-1816)  ; Alessandro Scarlatti (1660-1725)  ; Alessandro Parisotti (1815-1913)  ; Christophe-Willibald von Glück (1714- 1787)  ; Vincenzo Bellini (1801-1835)  ; Gaetano Donizetti (1797-1848)  ; Giuseppe Verdi (1813-1901)  ; Charles Gounod (1818-1893)  ; Georges Bizet (1838-1875)  ; Jules Massenet (1842-1912)  ; Alfred Alessandrescu (1893-1959)  ; Diamanti Gheciu (1892-1980)  ; Tiberiu Brediceanu (1877-1968)  ; Gherase Dendrino (1901-1973)  ; Francesco Paolo Tosti (1846-1916)  ; Alan Jay Lerner (1918-1986) & Frederick Lœwe (1901-1988)  ; Giacomo Puccini (1858-1924)  ; Angela Gheorghiu, soprano  ; Jeff Cohen, piano  ; 1 CD EMI ; Code barre : O 94639 44202 7. Enregistrement Live à la Scala du 3-4-2006 ; Texte de présentation et texte des airs traduits en français, Durée totale : 65’33’’.

 
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