Le marché de l’Opéra

La Scène, Spectacles divers

Toulouse. Théatre Jules Julien. 22-12-2007. Marché Opus, récital parodique. Mise en scène : Christophe Mirambeau ; Arrangements musicaux : Stéphane Delincak ; Compagnie Acide lyrique : Stéphanie Barreau, mezzo ; Omar Benallal, ténor ; Benoît Duc, baryton ; Stéphane Delincak, piano.

Acide lyrique

Après des débuts très prometteurs et une tournée dans toute la France, (dont au Festival off d’Avignon) ces impayables chanteurs et leur pianiste hors normes, nous présentent leur second spectacle. Marché Opus, est une expérience lyrico-chimique, permettant de parcourir presque toute la musique vocale du chant grégorien à Abba…

Le grand changement consiste à l’adjonction à cette équipe de passionnés revendiquant leur folie, de Christophe Mirambeau, metteur en scène bien connu pour sa brillance et sa culture. Le résultat mérite toute notre attention. Comme il se doit, et en parfaite adéquation avec l’ambiance lors de la création d’un ouvrage lyrique à la grande époque, les spectateurs de cette salle comble, pourront dire « j’y étais ». La veille avait eu lieu la toute première du spectacle dans la même salle, également comble !

L’autre différence par rapport au premier récital concerne la qualité des arrangements musicaux. L’habileté de Stéphane Delincak est devenue diabolique. Les références sont si nombreuses et si subtiles qu’il est impossible en une première écoute de reconnaître tous les emprunts, les arrangements, les suggestions, les réécritures dans le style de… Chapeau bas !

L’humour partout règne en maître, dans la partition, l’interprétation, la mise en scène et les costumes tout à fait remarquables. Il faut signaler que la beauté des costumes étonne car les matériaux utilisés sont… inattendus et… écologiquement correctes !

Les voix de ces jeunes artistes ont progressé en ampleur et en justesse, mais surtout le pianiste fou se découvre une improbable voix de soprano ! Il est irrésistible dans la musique française du grand siècle. Pauvre Lully, pauvre Rameau….

La seule ombre au tableau, et il en a été ainsi même pour les grands opéras du répertoire, concerne le maintien de l’attention durant les textes parlés liant les scènes. Car ce n’est qu’après la première série de représentation que le rythme se trouvera. Quelques coupures dans le texte parlé seront certainement réalisées pour une amélioration du rythme. Car il faudrait penser à un besoin de respiration dans cette folle aventure. De respirations et de repos pour le public afin que le spectateur puisse décontracter ses zygomatiques, mais aussi pour les musiciens afin qu’ils relancent l’action avec d’avantage d’aisance. Le silence fait aussi partie de la musique…

Vous l’aurez compris, il est impossible de détailler un tel spectacle, si riche et si finement réalisé. Quelques moments resteront pourtant : l’audace d’une réécriture en accéléré de Pelléas et Mélisande, un « Casses toi diva » qui ne vous fera plus jamais entendre la sublime mélodie de Bellini de la même façon, un prélude de la Traviata à pleurer de rire et aussi d’émotion, avec pourtant des instruments improbables dont un ukulélé, la synthèse et « l’exécution » d’un siècle la Tragédie Lyrique française, tout Verdi en un mini opéra … La séquence de la chorale religieuse qui avec application et fines nuances chante de la musique sacrée sur un texte scabreux a été très appréciée du public hilare…

Il est certain que Marché Opus, après quelques réajustements de dosages homéopathiques, connaîtra un succès national et pourquoi pas planétaire.

Qu’il est bon de rire des choses que l’on aime le plus quand c’est fait avec ce tact et cette élégance ! Félicitations à nos artistes chercheurs chimistes, le nouveau dosage est réussi et l’alchimie déjà presque parfaite. Mais quand tout sera au point, gare à la toxicomanie pour les spectateurs !

Crédit photographique : © Acide lyriques

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