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Maurice Emmanuel (1862-1938). Christophe Corbier. Bleu Nuit Editeur. 176 pages. Prix indicatif : 20 €. ISBN : 2-913575-79-X. Dépôt légal 2007.

 

Dès 1943, évoquant la personnalité et l’œuvre de , Paul Landormy l’affirmait : « une injustice à réparer ». Il était donc grand temps de rendre un juste hommage à ce compositeur, musicologue et pédagogue incontournable, et nul n’était plus qualifié pour le faire que Christophe Corbier, secrétaire général de l’association des amis d’un musicien reconnu par Messiaen et Dutilleux comme un maître véritable.

Christophe Corbier nous invite à suivre chronologiquement le parcours du musicien, de son enfance bourguignonne à sa reconnaissance tardive. Entre temps, fut affecté par trois douloureux échecs. Il y eut tout d’abord sa mise à l’écart du Conservatoire de Paris, en 1890, provoquée par l’hostilité de son professeur, Léo Delibes, qui refusait de tolérer sa singularité et ses audaces formelles. Alors qu’il semblait se détourner de la musique pour embrasser une brillante carrière universitaire, il échoua ensuite par deux fois dans sa quête d’une chaire d’histoire de la musique au Collège de France : en 1898, un obscur ministre en refusa le financement, puis, en 1904, le poste enfin créé échut à Jules Combarieu. Le troisième revers survint en 1907, lorsque fut contraint de renoncer à sa charge de maître de chapelle de Sainte Clotilde, son plan de réforme s’étant heurté à l’hostilité du clergé.

Durant son passage malheureux au Conservatoire, où veillait encore à ce que l’enseignement restât strictement figé, notre compositeur avait suivi avec assiduité la classe non-conformiste de Bourgault-Ducoudray, où s’était affirmé son goût pour la musique et les formes anciennes, ainsi que pour les traditions régionales. C’est là sans doute que nous trouvons les bases de son travail futur, tandis que sa fréquentation du Collège de France affirmait sa vocation helléniste et humaniste. Atteint par l’âge de la retraite en 1909, le même Bourgault-Ducoudray proposa Maurice Emmanuel pour sa succession à la chaire d’histoire de la musique du Conservatoire, un poste qu’il occupa jusqu’en 1936 : la spirale de l’échec était enfin brisée.

L’œuvre de Maurice Emmanuel est double : ses traités de musicologie portent la marque d’un authentique penseur et d’un véritable écrivain, tandis que ses compositions, marquées du sceau d’un modernisme tempéré et fruit d’une démarche très personnelle, lui ont valu l’admiration et l’estime de ses pairs. Les Trente Chansons bourguignonnes du pays de Beaune, créées en 1917, marquèrent un jalon important dans la production régionaliste française, mais c’est Salamine, tragédie lyrique inspirée d’Eschyle, accueillie par Jacques Rouché à l’Opéra de Paris en 1929, qui constitua l’aboutissement de sa carrière. Christophe Corbier constate : « Cette seconde tragédie lyrique réalise l’union de tous les éléments qui constituent sa pensée esthétique. En elle, se concilient et s’unissent tonalité et modalité, chromatisme et diatonisme, polyphonie et monodie, rythmique antique et rythmique moderne, rythme musical et rythme verbal, voix solistes et ensemble choral, drame antique et drame contemporain… Salamine est la synthèse par excellence, l’aboutissement d’un œuvre intellectuel et musical commencé en 1880 ».

Nous admirons la précision biographique de l’ensemble, qui s’appuie sur un travail de recherche approfondi, la fluidité du style et l’admiration sans complaisance qui transparaît au fil des pages. De judicieuses illustrations musicales ponctuent l’ouvrage qui satisfera les chercheurs tout en restant accessible aux profanes. Cet alliage d’érudition et de simplicité n’est-il pas après tout à la mesure du compositeur ? La lecture de ce livre agréablement illustré nous convainc, s’il en était besoin, de la nécessité de redécouvrir un compositeur que son indépendance et son refus d’appartenance à toute école ont trop rapidement condamné à paraître anachronique. Grâce en soit rendue à l’auteur et à son éditeur.

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Maurice Emmanuel (1862-1938). Christophe Corbier. Bleu Nuit Editeur. 176 pages. Prix indicatif : 20 €. ISBN : 2-913575-79-X. Dépôt légal 2007.

 
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