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Hugo Reyne ou 20 ans de bonheur avec La Simphonie du Marais

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600x337_guy_vivien_4Nous avons rencontré , alors que s’achevait pour lui trois journées d’audition en vue d’un tout nouveau programme. Ce musicien, flûtiste et chef d’orchestre, qui depuis 20 ans avec son ensemble s’est plu à nous faire découvrir Lully et Rameau ses deux grands modèles dans des enregistrements devenus des références, mais également tout le grand répertoire baroque (Haendel et d’autres), s’apprête à emprunter de nouveaux chemins, source chez ce grand enthousiaste d’inquiétudes mais également de bonheurs à découvrir de nouvelles voies.

« Le projet important de cette année, c’était surtout l’Ulysse de Rebel. »

ResMusica : Vous avez fêté vos 20 ans (en même temps que le Cmbv) en sortant un disque sur la musique du Mariage de Louis XIV, parlez – nous de Lully, votre compagnon de 20 ans ?

 : Le projet important de cette année, c’était surtout l’Ulysse de Rebel, qui vient de sortir. La musique du mariage de Louis XIV, c’est plutôt un vieux projet. C’est la poésie de cette musique qui m’intéressait. Lully est là depuis le début de l’ensemble et j’ai donc l’impression que c’est plutôt moi qui l’accompagne.

Cela va au-delà de la simple fascination, et parfois c’est dans des moments comme les auditions, alors qu’on entend un beau morceau de Lully, qu’on s’aperçoit que cela ne vieilli pas. C’est toujours aussi beau, c’est toujours aussi fort. Ce qui me touche surtout, c’est la langue française, le texte, l’adéquation de sa musique avec le texte. Mais aussi en dehors de cela sa musique instrumentale. Quinault et Lully ont fait un travail important pour mettre en valeur la langue et toucher les gens.

C’est vrai que souvent on a une image un peu sclérosé de cette musique, un peu trop « carrée », alors qu’elle possède de grands élans de liberté, de poésie et pas uniquement de la trompette et de la timbale, bien qu’il y en ait aussi. Il y a vraiment des aspects très différents chez Lully, et ce dans chacune de ses œuvres.

RM : Vous expliquez au public de vos concerts ce qu’il va entendre, que recherchez – vous par cette démarche ?

HR  : J’aime bien présenter mes concerts, raconter une histoire.

RM : Que retenez – vous de vos 20 ans ?

HR : Les choses ont bien évolué en 20 ans. Beaucoup de travail, avec des choses qu’on oublie, des musiciens qui changent. Il y a désormais beaucoup d’ensembles qui sont nés. Il y a aujourd’hui beaucoup de tendances, des écoles très différentes. Tant mieux. Le problème dans ce travail, c’est qu’on n’a plus toujours beaucoup de temps pour travailler. Une des autres grandes évolutions, c’est la normalisation de notre travail. Et puis, on assiste à des « extrêmes ». Je ne suis pas partisan d’un « soi-disant » français restitué. On a aussi des tendances en baroque sur le latin « à la versaillaise ». Ce qui m’importe c’est la musique et qu’on puisse comprendre le texte. Certaines de ces tendances m’interpellent, me semblant parfois un peu caricaturales. Pour moi, ce qui compte c’est le côté naturel, la sincérité et pas les choses que l’on veut plaquer sur la musique, car c’est elle qui compte.
Je constate après trois jours d’auditions que ce qui me semble beau, c’est quand un musicien est simple et expressif en même temps. Il n’a pas besoin d’en rajouter. C’est rare en musique baroque de rencontrer des gens comme cela. On rencontre dans cette musique des gens qui veulent toujours rajouter d’eux-mêmes sous prétexte que ce n’est pas marqué. Le public accepte beaucoup de chose. Moi aussi je suis passé par des excès. On a tous des périodes dans l’interprétation de la musique que l’on regrette, ou des choses que l’on a fait trop vite et donc pas aussi bien qu’on aurait voulu.

RM : Comment choisissez-vous une œuvre ?

HR : Parfois par hasard et puis il y a des commandes. Là par exemple, je vais travailler sur Richelieu. Cela m’angoisse un peu, car il n’y pas grand-chose. Mais j’ai ressenti la même inquiétude pour Rebel. Qu’allais-je faire avec cet Ulysse ? Et puis cela c’est révélé une belle musique, qui tenait le coup, intéressante à faire. Ce n’est pas un compositeur très connu et c’est donc « plus porteur » comme l’on dit de nos jours, que de s’attaquer à Haendel. Je suis dans une période au bout de 20 ans, où j’ai envie de faire des choses un peu plus connues, qui vont être, malgré tout, une découverte pour moi, changer un peu de répertoire également. Tout en conservant ma fidélité à Lully et à Rameau, car j’aimerai faire plus de Rameau et d’un autre côté me dire tient pourquoi pas Mozart. Mais cela serait-il intéressant ? Tout le monde fait du Mozart. Beaucoup de questionnement donc. Le programme Richelieu est une découverte pour moi. Je vais travailler sur beaucoup de compositeurs peu connus, François de Chancy, Annibal Gantez (il ne nous reste qu’une messe de lui et ce serait elle qu’on ferait). Je fais peu de musique religieuse, mais j’y crois. Voilà des choses qui m’angoissent, qui m’inquiètent, mais qui vont me permettre de découvrir de nouveaux aspects dans la connaissance de la musique en générale et de la musique française en particulier. Montrez ce qui s’est passé avant Lully.

On retrouvera aussi dans ce programme, Antoine Bœsset, Nicolas Formé, … J’essaie de rassembler toutes les œuvres qui ont un rapport avec Richelieu ou qui ont pu lui être dédiées. Tout ceci est en rapport avec la Vendée, car il ne faut pas oublier qu’il a été évêque de Luçon. Je m’éloigne un peu de mon premier centre d’intérêt, mais c’était un peu la même chose avec Ulysse. Je pars en voyage sur d’autres compositeurs Je veux faire les choses bien. J’essaie d’être au plus près du personnage. Je n’ai pas envie de faire du faux, « musique au temps de Richelieu » et de faire n’importe quoi. Ce qui m’intéresse, c’est de revisiter l’histoire grâce à la musique, de réaliser un portrait de cet homme et d’arriver à cerner psychologiquement ce personnage qui est assez compliqué. Un être à la fois autoritaire et maladif. Les musiques de cette époque sont parfois très nostalgiques, très désespérées. Et puis, il y a Louis XIII qui est un compositeur, un musicien, alors que Richelieu fait pâle figure, même si d’après Tallemant de Réaux, il apprit le luth. Il existe une pièce de Luth qui s’appelle la Richelieu et qu’il faut que je trouve. Une des difficultés est d’ailleurs de trouver la musique.

RM : Ne vous faudra-t-il pas « reconstituer » cette musique ?

HR : Il existe une messe de Nicolas Formé, d’une grande austérité, en « faux-bourdon » comme on dit avec des rythmes parallèles, tout le monde fait la même rythmique…Comment vais-je faire cela ? Là, au jour d’aujourd’hui, je ne sais pas encore. Je n’ai pas encore travaillé là-dessus. En ce moment, je rassemble les œuvres, puis il faudra trouver une architecture à ce programme. *

Par ailleurs, nous allons faire le Ballet des Arts de Lully. Là, je suis plus dans mon domaine et c’est assez simple. Il y a des danses et il faut travailler sur les caractères de ces danses (menuet, gavotte…). A cette époque là, on a des entrées dansées mais ce n’est pas normalisé. Pour ce programme, je travaille avec Marie-Geneviève Massé qui est chorégraphe et qui dirige la compagnie de danse baroque l’Eventail.

RM : Après Ulysse de Rebel, vous avez deux disques avec la flûte qui vont sortir, la flûte à bec qui est votre instrument ?

HR : Il y a de belles choses pour cet instrument dans le répertoire baroque. J’ai fait un disque Haendel qui sortira normalement en février. Il s’agit des concertos pour flûte. Je me suis dit que plutôt que de donner au public les habituels Vivaldi et Telemann, pourquoi ne pas s’intéresser à Haendel qui a composé certaines œuvres pour flûte comme les sonates (que bien sûr j’avais déjà jouées et enregistrées) et que tout le monde connaît. J’ai bâti mon programme en constatant que parmi les sonates pour flûte l’une était devenue un concerto pour orgue, ou bien que l’on trouvait parmi les concertos de jeunesse de Haendel une partie de flûte comme dans le concerto grosso opus 3. J’en suis donc venu à me demander si je ne pouvais pas construire une sorte de corpus, même s’il n’existait pas à l’époque. Et puis si certains mouvements de sonates pour flûte se retrouvent en concertos pour orgue, ne pouvait – on pas faire l’inverse ?

Je retombe avec Haendel dans des choses que j’ai déjà joué par le passé et ayant entre temps acheté une flûte ancienne, j’ai pu l’utiliser dans un des concertos.

Je sors, également prochainement, des sonates de Bach avec Pierre Hantaï. C’est aussi des choses que l’on a pas mal joué avec Pierre. Au disque, c’est Emmanuelle Guigues qui nous accompagne à la viole. C’est une musique difficile, mais Bach nous procure tant de plaisir. Je ne sais pas ce que cela va donner au disque, mais avec Pierre j’ai confiance car c’est lui qui va faire le montage et qui va tout vérifier. C’est vrai que cela faisait longtemps que je n’avais pas sorti de disque de flûte et je suis content de cela. Et puis ce qui me fait particulièrement plaisir, c’est d’avoir pu garder avec Pierre une activité de concert. Cela devrait sortir courant 2008.

Il y aura enfin un troisième disque de flûte, mais qui sortira plus tard, à Noël 2008, mais sur des musiques plus tardives. Autre répertoire justement, viennois, début XIXe siècle, avec des musiques qui m’ont intéressé. Des musiques de l’époque de Beethoven.

RM : Avec des instruments baroques ?

HR : Pas baroque, mais des instruments qui existaient à Vienne à l’époque. A partir de 1806, il y avait une flûte à bec, une flûte canne, en la bémol, appelé Csakan qui était un instrument très prisé qui a donné naissance à un répertoire. Elle était sous forme de canne à l’origine, c’est-à-dire un mélange entre la flûte et le bâton du berger et c’est un hongrois qui s’appelait Anton Heberle qui l’a apporté dans la capitale Austro-hongroise et grâce à cela s’est créé tout un répertoire. On vient de terminer ce disque, que nous avons fait avec quatuor à cordes et piano forte. Nous espérons qu’il sortira à Noël 2008, car comme ce sont des musiques viennoises on avait mis cela en rapport avec le chocolat, une sorte de viennoiseries musicales.

RM : Est-ce que c’est le début de nouvelles expériences ?

HR : Tout est nouvelle expérience. Nous allons enregistrer les Pièces de Clavecin en concerts de Rameau, programme que nous avons donné à Versailles pour les 20 ans du Cmbv. J’ai fait un arrangement qui est différent de celui fait à la mort de Rameau qui de toute manière n’était pas conforme à la volonté du compositeur.

Rameau n’a pas laissé de symphonies, mais on a de belles pièces dans ses opéras. Ces 5 concerts pour clavecin sont organisés en mouvements, il ne les a d’ailleurs pas appelés sonates ou suites, mais concerts (ce n’est pas pièces de clavecin en concert, mais concerts avec un S, on l’oublie souvent ce S, alors qu’il y a 5 concerts, qui sont des formes musicales pour Rameau en trois ou cinq mouvements, cela dépends).

Il leur donne des titres, des portraits de personnages ou des noms de lieux. Il explique dans sa préface que c’est écrit en quatuor. Ce sont des pièces pour un clavecin soliste avec un violon et une viole de gambe qui l’accompagne, mais c’est écrit en quatuor et donc si l’on prend la main droite on peut en faire un violon 1, le violon qui joue l’accompagnement devient un violon 2. Pour l’alto, on trouve des choses à faire entre la partie de viole de gambe et la partie intermédiaire du clavier, et la basse est bien sur la main gauche. Et après vous parvenez donc à faire un arrangement en petite symphonie de ces pièces là. Elles ont d’ailleurs du connaître cette forme, je pense. Pour Mondonville, par exemple, il existe certaines pièces qui ont ces différentes formes : version clavecin concertant/violon et puis la version orchestre. J’ai donc décidé de faire la même chose pour Rameau. On le fera à 12 (dont trois violons 1, deux violons 2, l’alto, deux violoncelles, une flûte, le hautbois, le basson). Ainsi on obtient les couleurs de l’orchestre de Rameau. L’enregistrement est prévu en juin.

RM : Donc les vingt prochaines années promettent d’être riches ?

HR : Oui, je l’espère. Mais cela demande d’anticiper sur les projets. Je rêve de faire des opéras de Rameau. L’un des côtés intéressants des auditions c’est aussi de pouvoir suivre l’actualité des spectacles, des enregistrements en cours, qui n’est pas forcément facile de suivre lorsqu’on est plongé dans notre travail. Par exemple, en lisant les notes de présentation et curriculum vitae des musiciens on voit qu’il va y avoir deux Lully prochainement, Thésée et Cadmus et Hermione. Ce sont deux ouvrages que j’aurais rêvé de faire. J’ai parfois fait des versions concerts mais pour l’instant, je n’ai pas vraiment donné dans une maison d’opéra. Lully… cela m’intéresserait vraiment de le faire. J’ai beaucoup donné à cette musique mais surtout j’aime cette musique.

RM : La musique de Lully n’appelle-t-elle pas une mise en scène ?

HR : Oui et la mise en scène doit être simple et efficace. Dans les livrets de l’époque tout est écrit. On a des didascalis qui nous indiquent les entrées et sorties des chanteurs ou leurs états d’âmes.

RM : Vous bénéficiez en Vendée du public d’un festival qui est vôtre ?

HR : Oui, La Chabotterie. C’est une chance énorme que d’avoir ce festival pour faire connaître notre travail ainsi que le label « musique à la Chabotterie » qui est l’ambassadeur du festival et qui sortira le prochain Haendel.

Crédits photographiques : © Guy Vivien

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