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Les Lamentations de Jérémie de Costanzo Festa

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Costanzo Festa (ca. 1490-1545) : Lamentatio. Ensemble Scandicus : Frédéric Betous, Jean-Louis Comoretto, Marc Pontus, altos ; Olivier Boulicot, Guillaume Delpech, Dominique Rols, tenors ; Jérémie Couleau, Frédéric Cottereau, Alain Dupont, barytons ; François Velter, Jean-Manuel Candenot, basses. 1 CD Pierre Vérany PV707101. Code barre : 3 32547 07 1013. Enregistrement réalisé en l’église d’Esplas-de-Serou (Arriège), en septembre 2006. Notice en français et en anglais par Jérôme Couleau. Durée : 62’47’’.

 

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De la main d’un des premiers compositeurs italiens de musique polyphonique, cette œuvre compte parmi les plus belles pages de la musique religieuse de la première partie du XVIe siècle. Nombre de musiques furent composées à cette époque sur le texte de Jérémie, aux accents dramatiques, qui fut intégré dans la liturgie de l’Office des Ténèbres de la Semaine Sainte : neuf leçons s’achevant chacune sur la même clausule adaptée d’Osée, Jerusalem, Jerusalem, convertere ad Dominum tuum (tourne toi vers le Seigneur ton Dieu), chantées la nuit du Jeudi Saint, du Vendredi Saint et du Samedi Saint. L’œuvre de fut publiée dès 1557, par Leroy et Ballard, à côté de celles d’Arcadelt et de Carpentras, puis par Gardane qui l’attribua à Morales, pour la faire vendre – procédé dont les imprimeurs étaient coutumiers- ce qui montre qu’elle suscitait l’admiration des connaisseurs, tout comme le fait que Festa figure parmi les rares italiens membres de la Chapelle du pape Léon X peuplée de polyphonistes flamands.

Nourri lui-même du contrepoint flamand, Festa introduit dans son écriture des traits italiens, ouvrant la voie à Palestrina. Mais surtout, ici, il se détourne des raffinements complexes des compositeurs flamands. Les entrées en imitation sont légères et servent à donner une ferveur plus dense aux mélodies comme une doublure dans le tissu vocal, avec une coupure nette entre les versets qui se succèdent comme des mélopées égales dans leur sobriété et souvent harmoniques à la fin des phrases. L’art dépouillé de Festa traduit l’humilité dans la prière et inspire la paix intérieure. Aucun effet, aucune fioriture. Il est en cela unique et même s’il répondait ainsi aux vœux de Léon X, il s’agit d’une appréhension personnelle du texte. A côté, les pages pourtant si émouvantes de Jachet de Mantoue, voire, et nous prenons des risques, celles d’Orland de Lassus, dans leur somptuosité, paraissent plus théâtrales.

L’ épouse cette intériorité dans une fusion admirable des voix, avec une douceur recueillie qui relève de beaucoup de réflexion. Un détail : dommage qu’une des traductions du XVIe siècle, si fortes, n’ait pas été retenue. Très bonne prise de son, avec ce qu’il faut de résonance. A avoir absolument dans sa discothèque.

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