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Charles-Valentin Alkan (1813-1888) Concerto pour piano solo extrait des Douze Etudes dans les tons mineurs op. 39 (8-10) ; Troisième recueil de chants op. 65. Marc-André Hamelin, piano. 1 CD Hyperion CDA67569. Code barre : 034571175690. Enregistré en février et décembre 2006. DDD. Notice très intéressante en anglais, allemand, français de Jérémy Nicholas. Durée 67’39’’

 

Les Douze Etudes dans les tons mineurs op. 39 publiées en 1857 et mises en chantier dès 1846 renferment certaines des pièces les plus connues d’Alkan. Il s’agit probablement des compositions les plus invraisemblables écrites pour le piano au XIXe siècle, tant par leur densité que par les exigences techniques et l’endurance qu’elles requièrent. Elles ont fait l’objet de nombreux enregistrements relativement anciens ; Scherzo diabolico, Comme le vent : Michael Ponti, Ronald Smith, Bernard Ringeissen ; Le Festin d’Esope : Raymond Lewenthal, Michael Ponti, Ronald Smith, Bernard Ringeissen, mais continuent à trouver leurs places dans les récentes parutions : Carl Axel Dominique, Geir Henning Braaten, Stéphanie McCallum, Igor Roma, Johan Ullén.

Le Concerto pour piano solo, qui fait partie de ces monstruosités pianistiques admirables dont seul Alkan a le secret, semble, en revanche, un peu moins présent au disque. On notera cependant les enregistrements de John Ogdon en 1969, Ronald Smith en 1968 et 1977, Stéphanie McCallum et Osamu Nakamura en 1990, Mark Latimer (live) en 1999, Stéfan Lindgren en 2000.

Déjà au répertoire d’Egon Petri, disciple de Busoni, lors d’un concert en janvier 1938 à la BBC, le flamboyant Concerto pour piano solo op. 39 trouve en un interprète de rêve. Après son enregistrement de 1991 (Music&Art, CD-724) et de nombreuses interprétations en concerts, le pianiste nous livre ici une version totalement enthousiasmante. On reproche souvent à la musique d’Alkan un certain manque de cohérence et surtout une virtuosité accumulative, démonstrative, gratuite. Cet enregistrement pourrait bien convaincre certains esprits grincheux… Sous les doigts d’Hamelin, Alkan livre toute sa poésie, et quelle poésie… (épisodes cantabile dans l’allegro initial), toute sa profondeur (andante) et tout son souffle épique.

C’est peu dire que cette œuvre demande à l’interprète une science du piano peu commune et une musicalité sans faille. La technique pure (octaves, agrégats complexes, notes alternées et répétées, sauts extravagants, déplacements, traits scintillants), omniprésente, passe presque inaperçue tant elle est dominée totalement par . Le pianiste traverse ce chevaleresque et rhapsodique Concerto avec comme unique souci la pensée musicale de l’auteur. Se construit alors, puissamment architecturée et avec tous les moyens appropriés une œuvre herculéenne et émouvante que seul l’allegretto alla barbaresca final, d’allure un peu parodique entre thème oriental et polonaise allusivement chopinienne, vient détendre.

La noble virtuosité, le son magnifique, l’intelligence et l’honnêteté de Marc-André Hamelin hissent cette immense épopée pianistique au niveau des pages les plus marquantes de l’histoire de l’instrument.

On sera séduit par le Troisième recueil de chants op. 65, suite de six pièces de modeste dimension, sortes de feuillets d’album dans l’esprit des Romances sans paroles de Mendelssohn ou des Pièces lyriques de Grieg. De petits joyaux méconnus – si ce n’est la dernière pièce, Barcarolle, rendus dans leur émouvante simplicité, voire avec introspection et qui ne demanderaient qu’à vivre dans les salles de concert.

Il se peut que, comme on ne peut plus entendre les Mazurkas de Chopin autrement que par Sofronitski, le Grand Galop chromatique de Liszt (et tant d’autres œuvres…) autrement que par György Cziffra, la musique de appartienne désormais totalement à Marc-André Hamelin.

Enregistrement transcendant où se rencontrent un interprète et un compositeur hors du commun.

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Charles-Valentin Alkan (1813-1888) Concerto pour piano solo extrait des Douze Etudes dans les tons mineurs op. 39 (8-10) ; Troisième recueil de chants op. 65. Marc-André Hamelin, piano. 1 CD Hyperion CDA67569. Code barre : 034571175690. Enregistré en février et décembre 2006. DDD. Notice très intéressante en anglais, allemand, français de Jérémy Nicholas. Durée 67’39’’

 
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