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Annie Couture, chef de chœur des Deux Vallées

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est professeur et directrice pédagogique du Conservatoire Intercommunal de musique des Deux Vallées à Milly-la-Forêt, en Essonne. Elle y dirige le Chœur des Deux Vallées, un chœur formé de jeunes élèves de l’Ecole qui se retrouvent pour chanter depuis plus de 10 ans.

Cette formation défie les idées reçues des mélomanes à l’égard du monde amateur rural. Grâce à leur passion, leur travail et les liens qui les unissent, interprètes d’un répertoire original, ils ont su atteindre un niveau exceptionnel, digne des plus grands chœurs professionnels, ce qui leur vaut d’être reconnus dans toute l’Île de France. Rencontre avec celle qui a permis ce petit tour de force, une femme déterminée et énergique que nous avons découvert à l’occasion d’un concert organisé dans le cadre de la Semaine du Son.

« Quand le projet a un sens et est ancré dans leur vie quotidienne, il n’est pas nécessaire de convaincre les jeunes de participer. »

ResMusica : Comment est né le Chœur des Deux Vallées?

: Tous les élèves de l’Ecole reçoivent une formation vocale intégrée dans le cursus de formation musicale. La transversalité formation musicale/formation instrumentale est un axe majeur de l’établissement ainsi que la pratique collective. Pour les volontaires, j’organise un stage d’été délocalisé pour leur faire découvrir des aspects de la vie musicale non abordés au conservatoire (théâtre, danse, percussions brésiliennes, lutherie…) en plus bien sûr de la pratique vocale et/ou instrumentale. Ces stages très riches humainement et musicalement passionnent les jeunes adolescents et les aident à se construire. De ce travail régulier (année) et ponctuel (stages) naît un groupe. Ce n’est ni le premier, ni le dernier.

RM : A-t-il été difficile de convaincre des jeunes « du milieu rural » comme vous aimez le souligner, pour la plupart de sexe masculin, de participer à cet ensemble ?

AC : Quand le projet a un sens et est ancré dans leur vie quotidienne, il n’est pas nécessaire de les convaincre, qu’ils soient garçons ou filles. Cette démarche de chanter ensemble leur est devenue naturelle. Le groupe formé les accompagne lors de leur adolescence et se continue lors de leur vie d’adulte mais sans se refermer sur lui-même car pour moi un groupe fermé est un groupe « mort ». Ce qui a pour résultat que j’ai toujours des garçons qui chantent, en nombre parfois supérieur aux filles, ce qui ne manque pas de laisser perplexe. Et ils ne s’arrêtent pas à la mue…

RM : A quelle fréquence travaillez-vous, et de quelle manière ?

AC : Trois heures tous les quinze jours le dimanche ou le samedi et des temps forts ponctuels.

RM : Quel est votre répertoire ? Qui décide quoi travailler et interpréter ? Arrive-t-il que les choristes vous demandent de travailler tel ou tel style ?

AC : Le répertoire est le plus large possible, du Moyen-Âge au Contemporain sans oublier les musiques du monde. Acquérir des repères (par le répertoire de chœur) et une culture musicale ouverte est essentiel dans mon enseignement. Puis il y a interaction : ils sont à mon écoute et moi à la leur.

RM : Vous avez beaucoup voyagé pour apprendre des autochtones l’essence même des chants traditionnels que vous interprétez, ce qui est rare chez les amateurs. Pourquoi ?

AC : Dans ma vie professionnelle, j’ai toujours allié interprétation et recherche musicologique. Il m’a donc été tout à fait naturel d’aller à la source pour le répertoire traditionnel. Donner aux jeunes la démarche « d’aller, plutôt que de la subir, vers une culture » en découvrant, écoutant, comprenant l’autre, partager et créer ensemble et ainsi leur transmettre le virus de la « curiosité » est un objectif sans relâche. Ces échanges ont toujours été très intenses. A chaque fois, ils en reviennent marqués et « grandis ».

RM : Quel retour avez-vous en général sur vos prestations ?

AC : Emotion, étonnement, perplexité, questionnement, enthousiasme, reconnaissance…

RM : Quelle satisfaction retirez-vous de cette expérience ?

AC : Que l’enseignement peut être une belle histoire… et que les jeunes méritent que nous leur fassions confiance.

RM : Compte tenu du niveau de vos élèves, quel regard portez-vous sur la pratique amateur en général ? Pensez-vous que la frontière entre professionnel et amateur n’a plus lieu d’être d’un point de vue purement technique et artistique ?

AC : Pour moi, il y a des bons et des mauvais musiciens. Les bons, étant ceux qui dans le respect de leur art en transmettent l’essence dans la simplicité et l’émotion en respectant tous les publics.

RM : Sur ResMusica, nous nous sommes beaucoup inquiétés dernièrement de la diminution des subventions accordées par l’Etat à certaines scènes lyriques. Etes-vous touchés ? Comment voyez-vous l’avenir ?

AC : Sans confirmation officielle, il nous a été annoncé par téléphone que la totalité de la subvention de la Drac Île-De-France serait tout simplement supprimée pour l’année en cours suite aux restrictions budgétaires du Ministère. Il est évident que les communes et parents ne pourront pas compenser. Nous sommes très pessimistes et craignons que notre établissement n’y survive pas, malgré sa reconnaissance pédagogique.

Crédits photographiques : © Damien Deshayes

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