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La Pasión de Sor Juana, une femme à Saint Germain des Prés

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Paris. Eglise Saint Germain des Prés. 05-II-2008. La Pasión de Sor Juan, œuvre pour chœur, chant solo et ensemble instrumental. Cantate écrite par Pierre Bluteau (né en 1955) et Mariana Montalvo (née en 1957). Poèmes de Sor Juana Inés de la Cruz (1651-1695) et livret de Mariana Montalvo, Pierre Bluteau, Desiderio Arenas. Mariana Montalvo, mezzo ; Agnès Vesterman, violoncelle ; Pierre Bluteau, guitares, tiple ; Mario Contreras, guitare, ténor ; Olivier Ombredane, flutes, percussions ; Véronique Brett, récitante ; Chœur « Eclats de Voix » ; Marie Deremble, chef de chœur et direction.

L’église de Saint Germain des Prés accueillait mardi soir dernier plusieurs centaines de mélomanes venus assister à la création parisienne de La Pasión de Sor Juana. Peu de gens en France savent qui est cette figure de la littérature ancienne mexicaine (XVIe siècle) à qui et dédient cette œuvre en forme de Cantate.

Sœur Juana Inés de la Cruz est née le 12 novembre 1651 à San Miguel Nepantla au Mexique sous le patronyme de Juana Inés María del Carmen Martínez de Zaragoza Gaxiola de Asbaje y Ramírez de Santillana Odonoju, d’un père basque espagnol – qui n’a jamais voulu la reconnaître – et d’une mère mexicaine Isabel Ramírez – riche propriétaire terrienne. Naître « Criolla » (ndlr : métisse) dans cette ère de l’inquisition qui règne sur toute l’Europe et par extension aux Amériques, n’est pas chose facile. Enfant prodige elle écrit dès l’âge de sept ans. A vingt ans elle est la plus érudite de son époque. Bien que les études soit refusées aux femmes, c’est en pure autodidacte qu’elle cultive les mathématiques, la musique, la philosophie, l’astronomie, la théologie et surtout la poésie. Sous la haute protection de la vice-reine du Mexique, la Marquise de Mancera, elle aurait pu faire un mariage pour lui laisser une place de choix au sein de la haute société. Les codes sociaux de l’époque l’aurait obligée à se soumettre au silence et à l’abandon de l’écriture. Aussi elle prendra le voile sous la pression de l’église toute présente qui déjà lui reproche sa désinvolture lorsqu’elle ose s’exprimer. Ce n’est quand 1669 qu’elle prendra définitivement le voile au couvent de Saint Jérôme où elle meurt en 1695. Elle est considérée comme la première femme poète du Nouveau Monde et ses écrits sont les témoignages d’un engagement pour la défense au droit du savoir et du plaisir des femmes.

Il n’en fallait pas moins pour que l’on s’intéresse de plus près à elle et que l’on se prenne d’envie de lui rendre hommage. L’objectif du spectacle est simple : décrire de la naissance à la mort le parcours d’une femme refusant sa condition en utilisant ses propres textes mis en musique et entrecoupés de textes narratifs permettant au spectateur de suivre le fil du discours musical. L’instrumentation est minimaliste, la chorale restreinte. L’importance est donnée au chant de et aux accompagnements du Chœur « Éclats de voix ».

L’écriture s’inscrit dans la tradition d’époque vue de notre entendement. Oracion, qui débute la Cantate, est écrit pour chœur seul et nous rappelle, par exemple, les mélodies de Canteloube dans les Chants d’Auvergne. Les parties chantées associent une guitare, une flûte et un bambo aux rythmes sud américains et européens, tantôt bailecito, valse, zama cueca ou videla. Nous accordons une mention particulière à la prestation de Mariana Montalvo qui maîtrise parfaitement son chant en plaçant bien sa voix et en donnant la sensibilité voulue sans sombrer dans un pathos exagéré où une monotonie qui aurait pu s’avérer mortifère. Elle nous rappelle par sa performance et sa voix la non moins célèbre même si dans cette cantate elle ne peut offrir tout son potentiel. Le chœur dirigé par assure bien sa partie malgré quelques flottements en fin de prestation que l’on imputera à la fatigue. D’ailleurs la Cancion Final, dédiée à la mort de la poétesse semble s’éterniser…

Il faut en effet bien préciser que les spectateurs qui avaient la malchance de se trouver derrière la première barrière amplifiée n’ont pas vécu le même spectacle que les heureux possesseurs des dix premiers rangs qui ont eux pu peut-être juger de la prestation avec pour unique rempart l’acoustique des lieux. Relief inexistant, guitare muette, flûte couvrant la voix, un chœur qui sature… De quoi en rebuter plus d’un et nous en faisons parti !

Passé le stade des scories sonores, nous avons trouvé la thématique très intéressante et la composition musicale parfaitement adaptée à l’ambiance des textes. D’ailleurs, le public ne s’y est pas trompé et a accordé une ovation toute méritée à l’ensemble des artistes.

Un disque autoproduit a été édité. Nous vous en ferons part très bientôt. L’ayant déjà écouté, c’est un tout autre univers de bienfait qui s’offre à nous !

Crédit photographique : © DR

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Paris. Eglise Saint Germain des Prés. 05-II-2008. La Pasión de Sor Juan, œuvre pour chœur, chant solo et ensemble instrumental. Cantate écrite par Pierre Bluteau (né en 1955) et Mariana Montalvo (née en 1957). Poèmes de Sor Juana Inés de la Cruz (1651-1695) et livret de Mariana Montalvo, Pierre Bluteau, Desiderio Arenas. Mariana Montalvo, mezzo ; Agnès Vesterman, violoncelle ; Pierre Bluteau, guitares, tiple ; Mario Contreras, guitare, ténor ; Olivier Ombredane, flutes, percussions ; Véronique Brett, récitante ; Chœur « Eclats de Voix » ; Marie Deremble, chef de chœur et direction.

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