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Le Révérend Père Eduard Perrone ressuscite le compositeur Paul Paray

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Paul Paray (1886-1979) – Volume 7 – Cantates. Yanitza, scène lyrique d’après une légende albanaise ; Acis et Galatée, scène lyrique. En Rêvant (orchestration d’Eduard Perrone). Trois Pièces pour violon et piano. Elena Repnikova-Beck, soprano ; Curtis Peters, ténor ; Allen Schrott, baryton-basse ; Marian Tănău, violon ; Eduard Perrone, piano. The Assumption Grotto Orchestra, direction : Eduard Perrone. 1 CD Grotto Productions GP-0010. Code barre : 826227001022. Enregistré le 19 mars 2006 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec de multiples photos, analyse accompagnée d’exemples musicaux et textes français-anglais des cantates. Durée : 66’17.

 

Il existe à Detroit, Michigan, une église catholique nommée Assumption Grotto Church dont l’âme est le Révérend Père . Ceci n’aurait rien de particulier si n’était pianiste, organiste et n’avait étudié l’harmonie, le contrepoint, et surtout la direction d’orchestre avec Jorge Mester, le célèbre chef de l’Orchestre de Louisville.

Si on sait de plus que le Père Perrone s’est passionné pour la musique française depuis sa rencontre avec et que depuis 1998 il s’est patiemment employé à rechercher, transcrire et faire publier toutes les œuvres inédites du grand chef français aux Éditions Jobert, avec l’aide de Jean-Philippe Mousnier, on va d’étonnement en étonnement admiratif. Si enfin on s’aperçoit que le Père Perrone a entrepris d’enregistrer ces œuvres, entouré d’admirables musiciens et d’un ensemble digne des meilleures phalanges, l’Orchestre de l’Assumption Grotto qu’il dirige lui-même de main de maître, alors on est stupéfait ! Et l’on se prend à rêver à l’enrichissement de notre culture musicale si chaque église européenne possédait son propre orchestre symphonique !…

Car effectivement, Paul Paray (1886-1979) était compositeur, et cela bien avant de devenir le chef célébré que l’on sait : on ne peut donc pas l’accuser d’écrire de la « musique de chef d’orchestre », pour autant que cette expression ait un sens… Nanti d’un Premier Prix d’harmonie et d’un Second Prix de contrepoint, il se présente au Prix de Rome dont il remporte en 1910 le Second Grand Prix et en 1911 le Premier Grand Prix, respectivement avec les Cantates Acis et Galatée et Yanitza. Peu à peu Paray va édifier son œuvre, modeste par son ampleur, mais d’une très grande qualité, abordant avec bonheur symphonie, pages concertantes et pour piano solo, ballet, musique de chambre, oratorio, messe, mélodie, et cela avec le lyrisme tout personnel d’un créateur qui se plaisait à dire que « toute musique digne de ce nom doit pouvoir être chantée ».

À la Libération, sa carrière de chef d’orchestre va l’emporter sur son activité créatrice à laquelle il aura mis un point final avant son séjour glorieux à Detroit. Le Révérend Père a publié en 2007 le septième CD consacré à l’œuvre de , ce qui nous donne l’occasion de passer en revue toute la série ; il convient de souligner d’emblée l’exceptionnelle qualité, tant artistique que technique, de l’ensemble de cette réalisation, d’autant que ces enregistrements sont des premières mondiales pour la plupart. Tous sont disponibles sur le site Internet Assumption Grotto.

Quel que soit l’aspect conventionnel et même artificiel du Prix de Rome, il est toujours intéressant d’entendre, quand cela est bien sûr possible, ces premiers jets juvéniles et enthousiastes de compositeurs qui accéderont ou non plus tard à la célébrité. Certaines circonstances malheureuses, comme celles de Ravel, n’ont pas empêché une gloire exceptionnelle. D’autres compositeurs, qui ont réussi brillamment le Prix de Rome, on n’a plus jamais entendu parler… Le cas de Paul Paray est toutefois particulier, car sa glorieuse carrière de chef d’orchestre a pratiquement occulté son travail de créateur qui aurait pu sans doute s’imposer au répertoire si ce musicien modeste n’avait rechigné à programmer ses propres œuvres.

La Cantate Acis et Galatée (1910) concerne l’amour tragique de la nymphe Galatée pour le berger Acis qu’elle préféra au Cyclope Polyphème ; celui-ci se vengea en écrasant son rival sous un rocher. Bien que le jury comprenant Saint-Saëns, Widor et Fauré était favorable à la partition de Paray, celui-ci n’eut que le Second Grand Prix, à l’avantage de Noël Gallon (1891-1966) qui obtint le Premier. Conscient de la qualité de son œuvre, Paray l’utilisa par après dans d’autres partitions, notamment dans l’oratorio Jeanne d’Arc (1913, GP-0005) et le ballet Artémis troublée (1922, GP-0006).

Nullement découragé, Paul Paray se représenta et obtint finalement le Premier Grand Prix de Rome en 1911 avec la Cantate Yanitza basée sur une légende albanaise médiévale racontant un plan séditieux pour forcer l’Albanie à la règle turque. L’œuvre fut donnée en première publique avec orchestre le 11 novembre 1911 à l’Institut de France, avec la participation de l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris sous la direction de Henri Büsser. Les deux cantates, pour trois voix solo et orchestre, sont enregistrées ici pour la première fois.

Paul Paray (1886-1979) – Volume 6 – Symphonies. Symphonie n°1 en ut ; Symphonie n°2 en la « Le Tréport ». Berceuse (orchestration d’Eduard Perrone). The Assumption Grotto Orchestra, direction : Eduard Perrone. 1 CD Grotto Productions GP-0009. Code barre : 826227000926. Enregistré le 7 mars 2004 et le 14 mars 2005 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec de multiples photos et analyse accompagnée d’exemples musicaux. Durée : 78’58.

Les deux Symphonies de Paul Paray mériteraient assurément d’être plus souvent jouées en concert, car elles sont de la plus rare qualité. On peut les considérer comme deux œuvres – sœurs, malgré leur caractère différent, par leur spiritualité, la maturité de leur expression musicale et leur structure traditionnelle en quatre mouvements. La Symphonie n°1 en ut (1935) déploie l’optimisme serein d’un musicien ayant atteint l’apogée de son art en l’expression supérieure de bonté, d’humour, de poésie et de raffinement. L’œuvre, dont les premier et deuxième mouvements sont joués sans interruption, fut créée le 31 mars 1935 à Paris par le compositeur et l’Association des Concerts Colonne à la tête de laquelle il avait tout récemment succédé à Gabriel Pierné.

Plus sombre, la Symphonie n°2 en la « Le Tréport » (1939) est marquée par le décès d’Auguste Paray, le père du compositeur, et surtout par la menace latente de la guerre en Europe. Paul Paray se réfugie alors dans ses souvenirs de jeunesse relatifs à sa ville natale, Le Tréport, et à ses paysages maritimes pour créer cette œuvre de tradition symphonique française post-romantique, tour à tour méditative, nostalgique, tumultueuse et sereine. Elle fut donnée en première audition par le compositeur, le 28 avril 1940 au Théâtre du Châtelet à Paris. À cette occasion, Paul Paray fut le premier à recevoir le Prix Charles-Martin Lœffler de l’Institut de France.

Paul Paray (1886-1979) – Volume 5. Œuvre intégral pour piano solo ; Fantaisie pour piano et orchestre. Flavio Varani, piano ; Eduard Perrone, piano (4 mains). The Assumption Grotto Orchestra, direction : Eduard Perrone. 2 CD Grotto Productions GP-0008. Code barre : 826227000827. Enregistré le 26 janvier 2004 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec analyse accompagnée d’exemples musicaux. Durée : 71’44, 74’10.

À l’audition de cette intégrale pour piano solo de Paul Paray, on peut déduire que le chef d’orchestre – compositeur devait posséder une solide technique pianistique. Son œuvre pour piano, depuis le Scherzetto de 1903 au Prélude de 1930 en passant par la Fantaisie pour piano et orchestre (1909), une Pièce pour piano à quatre mains (1916) et plusieurs pages dans le style populaire, est le témoin direct de son époque, avec les influences non dénuées d’humour de Schumann, Chabrier, Fauré que Paray admirait, et l’impressionnisme. La Fantaisie pour piano et orchestre déploie une énergie juvénile d’une grande fraîcheur et richesse de couleurs qui la rend apparemment plus apte au concert que celle de Claude Debussy.

Le pianiste brésilien Flavio Varani joue tout ce programme imposant avec ferveur et maîtrise absolue, superbement accompagné lorsque nécessaire par le Père Perrone à la direction d’orchestre ou au piano.

Paul Paray (1886-1979) – Volume 4 – Musique de Chambre. Sonate pour violon et piano ; Sonate pour violoncelle et piano ; Quatuor à cordes. Varty Manouelian, violon (Quatuor) ; Marian Tănău, violon ; James Van Valkenburg, alto ; Robert deMaine, violoncelle (Quatuor) ; Nadine Deleury, violoncelle ; Eduard Perrone, piano. 1 CD Grotto Productions GP-0007. Code barre : 826227000728. Enregistré en 2003 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec analyse accompagnée d’exemples musicaux. Durée : 77’16.

Si elle est modeste en quantité, la musique de chambre de Paul Paray est remarquable en qualité. Ce CD nous la propose intégralement, hormis les Trois Pièces pour violon et piano que l’on trouvera sur le CD GP-0010.

La Sonate pour violon et piano, d’une structure classique en trois mouvements, fut écrite en 1908 et éditée par Jean Jobert. Elle est dédicacée à la célèbre violoniste du moment, Hélène Jourdan-Morhange (1888-1961), à qui Maurice Ravel a également dédié sa Sonate pour violon et piano.

La Sonate pour violoncelle et piano fut composée en 1921, lorsque Paul Paray était chef assistant principal de Camille Chevillard pour l’ à Paris. Cette Sonate est dédiée à l’ami intime de Paray, le violoncelliste Gérard Hekking (1879-1942) qui l’a créée en 1920 avec le compositeur au piano.

Le Quatuor à cordes fut composé durant l’emprisonnement de Paul Paray à Darmstadt lors de la Première Guerre Mondiale. Ce Quatuor dédié à Lucien Capet (1873-1928) fut présenté en première audition en 1920 (Gérard Hekking était aussi l’un des exécutants), et le compositeur en réalisa une amplification en 1944 sous le nom de Symphonie d’archets (GP-0006).

Les superbes interprètes de ce CD sont membres de l’Orchestre Symphonique de Detroit, mis à part Nadine Deleury, violoncelle principal de l’Orchestre du Michigan Opera Theatre, et Eduard Perrone qui tient ici les parties de piano.

Paul Paray (1886-1979) – Volume 3 : Artémis troublée, ballet en cinq mouvements ; Symphonie d’archets. The Assumption Grotto Orchestra, direction : Eduard Perrone. 1 CD Grotto Productions GP-0006. Code barre : 826227000629. Enregistré le 16 février (Artémis) et le 2 mars (Symphonie) 2003 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec analyse accompagnée d’exemples musicaux. Durée : 64’15.

La Suite symphonique en cinq parties Adonis troublé, créée par le compositeur le 26 décembre 1920, fut adaptée en ballet par Léon Bakst sous le titre Artémis troublée, à l’intention d’Ida Rubinstein qui le donna en première représentation à l’Opéra de Paris le 24 avril 1922. L’argument est basé sur le conte mythologique grec dans lequel le chasseur Actéon surprend la déesse Artémis au bain, ce qui, après l’avoir charmée, lui vaudra une fin tragique.

En 1944, l’impossibilité de diriger pendant la guerre donna à Paul Paray l’opportunité et le temps d’orchestrer la partie piano de quelques Mélodies, et de convertir son Quatuor à cordes de Darmstadt (GP-0007) en une partition pour cordes dénommée Symphonie d’archets : transposer cette œuvre de la Première Guerre Mondial en son équivalent dans la Seconde fut son ultime acte de création, où la musique reflète par son intensité l’angoisse et l’agitation spirituelle éprouvées en ces temps troublés.

Paul Paray (1886-1979) – Volume 2 – Oratorios. Pastorale de Noël, oratorio de Noël ; Jeanne d’Arc, oratorio en trois parties et un prologue. Leisa Marie Carzon, soprano ; Gina D’Alessio, soprano ; Ruth Lapeyre, soprano ; Catherine McKeever, mezzo-soprano ; David Troiano, ténor ; Domenico Bertucci, ténor ; Steven Henrikson, basse. The Assumption Grotto Choir and Orchestra, direction : Eduard Perrone. 1 CD Grotto Productions GP-0005. Code barre : 826227000520. Enregistré en 2002 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec analyse accompagnée d’exemples musicaux et textes français-anglais des oratorios. Durée : 74’14.

Ce disque présente les deux oratorios de Paul Paray en première mondiale. La genèse de la Pastorale de Noël traitant de la rédemption de l’Humanité par la venue des Rois Mages semble remonter aux années d’études de Paul Paray, vers 1904 ; la partition, écrite pour voix soli, chœur à deux voix et piano, dont l’édition originale porte la date de 1908, fut publiée aux Éditions Jobert dans une version amplifiée d’Eduard Perrone sous l’aspect de petit oratorio pour solistes, chœur mixte, orgue et orchestre, qui fut créé le 24 décembre 2000 par les interprètes de cet enregistrement. D’une fraîcheur mélodique charmante, l’œuvre composée en un seul jour par un étudiant extrêmement doué paraît de fait couler de source dans sa continuité et sa cohésion.

L’Oratorio Jeanne d’Arc (1913) a bénéficié de l’expérience du Prix de Rome et fut créé à la Cathédrale de Rouen le 30 mai 1913, jour de la fête solennelle de Jeanne d’Arc : l’œuvre relate les événements historiques de sa vie et sa mort, soulignant son patriotisme et ses profondes convictions religieuses. Le personnage historique a du stimuler l’imagination de Paul Paray, car en 1931, pour le cinquième centenaire de la mort de l’héroïne, il composa une Messe qu’il devait tenir en haute estime, puisqu’il la grava lui-même chez Mercury en octobre 1956, avant que le Père Perrone ne l’enregistre à son tour en 1998 (Grotto Productions N36D8).

Paul Paray (1886-1979) – Volume 1 – Intégrale des Mélodies : Mélodies avec orchestre ; Mélodies avec piano ; Poèmes pour chœur et orchestre ; Chants sacrés avec orgue ; Nocturne pour violon et orchestre. Ruth Lapeyre, soprano ; Eric Everett, baryton ; Adam Stepniewski, violon ; Nadine Deleury, violoncelle ; Eduard Perrone, piano. The Assumption Grotto Choir and Orchestra, direction : Eduard Perrone. 2 CD Grotto Productions GP-0004. Code barre : 826227000421. Enregistré en 2002 en l’église catholique de l’Assumption Grotto, Detroit, Michigan. Notices unilingues (anglais) excellentes (Eduard Perrone), avec textes français-anglais des mélodies. Durée : 48’31, 62’57.

Ce double CD nous offre le premier enregistrement intégral des Mélodies de Paul Paray : treize avec accompagnement d’orchestre, quinze avec piano, trois Poèmes pour chœur et orchestre et deux Chants sacrés avec orgue. Tous ces chants se caractérisent par des harmonies cristallines ou d’une douceur diaphane, plus raffinées les unes que les autres, à mi-chemin entre Debussy, Ravel et Duparc, et se distinguent par une grande sobriété et un lyrisme à fleur de peau, idéalement traduits par Ruth Lapeyre, soprano à la voix pure et naturelle, admirable d’intimité et de simplicité. Les accompagnements sont d’une richesse de nuances et d’une subtilité qui démontrent la complète osmose du Père Perrone avec ces joyaux qui constituent un apport indéniable et substantiel à la mélodie française.

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