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L’alizé musical souffle à nouveau sur la capitale

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 06-III-2008. Igor Stravinski (1882-1971) : Symphonie de Psaumes ; Le roi des Étoiles. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto en sol pour piano et orchestre ; Daphnis et Chloé, suite n°2. Nikolai Lugansky, piano. Chœur de Radio-France, (chef de chœur : Michael Gläser). Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

Est-ce la venue parisienne du chef italien (qui prendra les rênes de l’orchestre dès septembre), l’annonce d’un programme dont la magnificence n’aurait eu d’égale que la rareté (au moins dans les salles parisiennes), ou encore la participation du brillant soliste russe , qui expliquaient le déplacement de tant de monde ce jeudi soir, avenue Montaigne ? Toujours est-il que c’est dans une salle comble que s’élevèrent les premières notes de la Symphonie de psaumes d’, dans une interprétation dont il serait tentant d’évoquer la réussite miraculeuse si l’on ne savait, par expérience, qu’en la matière, il n’est point de miracle. Que serait le génie du compositeur, fût-il l’un des tout premiers de son siècle, si des interprètes virtuoses – instrumentistes et choristes égaux dans l’excellence – placés sous la direction d’un chef particulièrement inspiré, n’engageaient leur talent émérite et leur scrupuleuse énergie à exalter la puissante beauté de ses combinaisons instrumentales, la grandeur dramatique de ses contrastes d’intensité, l’âpre grandeur de ses figures mélodiques, la saisissante rudesse de ses formules harmoniques et contrapuntiques ? Du caractère incantatoire, rituel, magique, de cette mosaïque sonore, rien ne rendit mieux compte que le silence sacré, respecté entre les mouvements par une foule hypnotisée, conquise, fascinée… au point qu’en son sein les tousseurs d’occasion et d’habitude allèrent jusqu’à oublier de se manifester !

Le Concerto en sol de Ravel ne devait pas se situer au même niveau sommital, pour cette raison assez curieuse que les engagements esthétiques du chef et du pianiste s’y manifestèrent de façon plaisamment divergente : si le soliste s’attacha à restituer une présentation plus raffinée de cette page « légère et brillante » (selon les propres mots de Ravel), on put regretter la disparition presque complète, dans son jeu, de la dynamique percussive propre à l’instrument dans nombre d’épisodes étincelants. Reproche qui ne pouvait être adressé à l’orchestre, totalement investi dans une restitution dynamique, supérieurement adaptée à l’esthétique métissée de l’œuvre. Du Roi des étoiles et de Daphnis et Chloé qui formaient la seconde partie du programme, il est seulement à relever qu’ils provoquèrent le même enchantement, pour les mêmes raisons… des compositeurs de génie confiés à la baguette d’un chef exceptionnel, lequel, lyrique et vigoureux, sait transcender les musiciens de sa phalange (avec une mention particulière pour le pupitre des flûtes dans Daphnis). Un très grand concert donc qui laisse présager un bel avenir à un orchestre national ayant su se choisir le maestro que réclamait son idéal musical.

Crédit Photographie : © Xavier Lambours

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