Lawrence Brownlee, ténor rossinien de l’autre côté de l’Atlantique

header+8Jeune ténor américain, remarqué dans Tancredi à Pleyel la saison passée, revient bientôt en France, au Capitole de Toulouse, pour l’Italiana in Algieri. Et si les nouveaux ténors rossiniens continuaient de venir de l’autre coté de l’Atlantique ?

« Ma voix correspond à la musique de Rossini. J’ai l’impression qu’elle a été composée pour moi. »

ResMusica : Maintenant que les grands ténors rossiniens se sont retirés de ce répertoire, une large voie est ouverte pour un chanteur comme vous. Heureuse coïncidence ?

 : Je ne dirais pas que c’est une coïncidence, j’ai de la chance de posséder la voix d’un tel répertoire. Mon professeur avait repéré très tôt mes capacités, j’ai donc travaillé très dur pour forger ma propre interprétation. Les premiers chanteurs du renouveau rossinien (Luigi Alva, Marilyn Horne…) ont d’emblée mis la barre très haut, c’est un point de repère inévitable pour les jeunes qui font leurs premiers pas.

RM : Comment devient-on un ténor rossinien ? Un choix de répertoire ou une spécificité vocale ?

LB : Je pense que personne ne peut présager s’il deviendra ténor, vous l’êtes, ou vous ne l’êtes pas. Et il y a bien des sortes de ténor. Ma voix correspond à la musique de Rossini. J’ai l’impression qu’elle a été composée pour moi, je comprends les spécificités vocales de cette écriture. Ma définition du ténor rossinien est un ténor léger, à la voix flexible, capable de soutenir une haute tessiture.

RM : En dehors des grands opéras de Rossini (Il Barbiere di Siviglia, La Cenerentola, l’Italiana in Algeri, …), vous avez chanté d’autres œuvres plutôt rares : le comte Ory, Il Viaggio a Reims, Tancredi, Otello, … Comment vous a-t-on proposé ces rôles ?

LB : Les opéras les moins connus de Rossini ne font pas partie du « grand répertoire » mais sont toujours bien reçus par le public. Celui-ci a compris que j’ai à mon répertoire les grands rôles (Almaviva, Don Ramiro, …) que je chante régulièrement et est intéressé de m’entendre dans ces autres rôles.

RM : Et à propos des opéras très rares, comme Ermione ou Zelmira ?

LB : Pour l’instant ces opéras ne m’ont pas été proposés, mais je ne désespère pas, en prenant pour modèle Rockwell Blake ou Bruce Ford qui ont tant chanté de rôles rossiniens.

RM : Pour l’instant vous vous limitez aux rôles brillants et légers, ceux surtout écrits par Rossini pour le ténor Giovanni David et ressuscités par Rockwell Blake. Pensez-vous que votre voix est proche de celle de cet aîné ?

LB : C’est un honneur que d’être comparé à Rockwell Blake. C’est pour moi un des chanteurs qui a le plus œuvré pour le « Rossini Revival » et qui a démontré au mieux ce qu’était un ténor rossinien. J’écoute souvent ses enregistrements, et chaque fois je m’émerveille de ses prouesses techniques, de sa musicalité et du contrôle de sa respiration. Il y a certaines choses que lui seul pouvait faire. C’est le point de repère de tout ténor rossinien. Ceci dit, nos voix sont similaires, et effectivement je me sens plus à l’aise dans les rôles écrits pour Giovanni David par Rossini que dans ceux écrits pour d’autres chanteurs.

RM : Néanmoins votre timbre est sombre, avec un médium large. Ne pensez-vous pas qu’à terme vous pourrez chanter les rôles écrits pour Andrea Nozzari, c’est-à-dire pour « baryténor », avec une voix riche et une large tessiture, ces mêmes rôles que défendait Chris Merritt dans les années 80 ?

LB : Mon professeur, mes chefs de chant et tous ceux qui m’entourent me déconseillent d’aborder les rôles trop lourds. J’ai ce timbre sombre et une largeur inhabituelle pour un ténor léger, mais je sens que ma voix est au mieux dans des parties aiguës et légères. J’ai déjà été abordé pour quelques rôles écrits pour Nozzari. J’en ai accepté quelques uns. Mais je pense que beaucoup d’autres ne sont pas pour moi à l’heure actuelle. Mais je ne désespère pas aborder des personnages plus héroïques ou dramatiques plus tard, si ma voix le veut bien.

RM : Comment un afro-américain du XXIe siècle se sent sous les jabots et la perruque du Comte Almaviva, un noble espagnol du XVIIIe ?

LB : J’ai toujours aimé les films historiques, j’ai toujours voulu me mettre dans la peau de personnages du passé. J’essaie de comprendre l’esprit de ce qu’était un aristocrate. Certes, je suis afro-américain, mais cela n’entre pas en considération. Les interprètes de Madame Butterfly ne sont pas des jeunes geishas de 15 ans. Il est de notre responsabilité de rendre nos personnages scéniquement crédibles. J’aime ce genre de challenge.

RM : Se produire en Europe est important pour vous ?

LB : Oui, très important. Ma carrière a réellement débuté en Italie, j’essaie de chanter en Europe autant que possible. Les européens ont une approche artistique très variée. Alors que les américains aiment tous les opéras au même niveau, en Europe, puisque c’est dans l’histoire et la tradition, la réception est plus changeante.

RM : Heureusement vous ne vous êtes pas limité à Rossini, avec Bellini, Donizetti, Mozart… Comment percevez-vous l’évolution de votre voix ? Que rêveriez-vous de chanter ?

LB : J’espère que ma voix suivra son développement naturel. Je n’aborderai des rôles plus lourds que quand ça en sera le moment. Rockwell Blake n’a chanté presque que du Rossini pendant toute sa carrière. Si cela devait m’arriver, j’en serai très heureux. Mais nous avons tous nos rêves, j’adorerais aborder un jour, peut être dans 25 ans, Rodolfo (La Bohème), Edgardo (Lucia di Lammermoor) ou Idoménée.

Traduit de l’anglais par Maxime Kaprielian

Crédits photographiques : © Shervin Lainez

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