Éditos

La représentation de la culture française à l’étranger, encore du bling-bling ?

 

27 mars 2007

Paul Landowski, Jacques Ibert, Balthus, Jean Leymarie, Jean-Marie Drot, Pierre-Jean Rémy, Bruno Racine, Richard Peduzzi, Georges-Marc Bénamou. Cherchez l’erreur : un de ces directeurs de l’Académie de France à Rome, la Villa Médicis, a été nommé par le Président de la République, sans passer par la case Ministère de la Culture.

Nicolas Sarkozy avait pourtant bien déclaré que les postes importants ne reviendraient qu’aux gens compétents, que les nominations par copinage, c’était fini ! Olivier Poivre d’Arvor patron de CulturesFrance se serait bien vu Viale Trinita dei Monti, mais il a visiblement trop « copiné » avec le Président. Alors que Georges-Marc Bénamou, jamais ! Ce dernier a d’ailleurs déclaré par l’AFP le jour de sa nomination que son séjour à Rome allait rimer avec la reprise de « ses activités d’écriture et de cinéma ». Très fort Georges-Marc, mais vous êtes nommé directeur de la Villa Médicis, pas pensionnaire. L’Etat ne va pas vous payer et vous loger pour laisser libre cours à votre esprit créatif.

Cette nomination controversée, qui a suscité les ires de Clotilde Coureau dans « Le Parisien » et de Olivier Poivre d’Arvor dans « Le Nouvel Observateur », ainsi qu’un texte collectif dans « Le Monde » daté du samedi 22 mars, pose le problème de la place de la culture dans le gouvernement actuel, dans les représentations françaises à l’étranger et dans l’esprit de notre Président. La direction de la Villa Médicis à Rome est sans doute un des postes culturels les plus prestigieux, qui implique d’être tenu par une personnalité de stature internationale. Richard Peduzzi a à son actif des décors de théâtres qui ont fait partie de productions mythiques, dont le fameux Ring de Chéreau/Boulez à Bayreuth en 1976. Pierre-Jean Rémy, académicien, a été diplomate en poste en Italie avant d’arriver à la Villa Médicis. Jean-Marie Drot a consacré nombre de ses documentaires à Giacometti ou Malraux, … Avouons qu’avec ce nouveau directeur nous descendons d’un cran. Le « fait du Prince » s’accentue puisque la Ministre de la Culture a été mise devant le fait accompli. La culture serait-elle quantité négligeable au point de devenir le lot de consolation d’anciens séides du pouvoir ? Boxer un écrivain devant des caméras, lancer un ramequin de cacahuètes à la tête d’un barman, ne pas régler ses notes d’hôtel (histoire de faire faire des économies à l’Etat), recopier les notices Wikipédia de grands hommes récemment disparus suffit en Sarkozye à obtenir un des postes les plus prestigieux de la République. Alors vous, les Olivier Poivre d’Arvor, Laure Adler, Xavier Patier, Patrick Raynaud, Yves Marek et Michel Schneider, candidats malheureux, vous savez ce qu’il vous reste à faire pour avoir un haut poste culturel : faites comme le Président, le verbe cru, le geste leste, agissez en (petit) monarque absolu. Qu’importe vos écrits, ce n’est pas ça qui vous fera passer au JT de TF1. C’est l’action qui compte, la vraie. Pas la masturbation intellectuelle. Et puis, vivre à Rome, c’est sympa, la mer n’est pas loin.

***Addendum***

Au moment où était mis en ligne cet édito, l’Elysée faisait marche arrière : Georges-Marc Bénamou ne sera pas (enfin peut-être pas encore) directeur de l’Académie de France à Rome. L’obligation de se prononcer sur le Tibet ou la visite chez Elizabeth II auraient-elles donné à Sarkozy des leçons de démocratie ? Quoiqu’il en soit le nom du futur remplaçant de Richard Peduzzi sera prononcé par une commission ad hoc après l’examen de dossiers et projets, le tout étant pris en charge depuis la rue de Valois. GMB se vengera-t-il dans quelques décennies en décrivant un dernier repas du Président en train de se gaver d’un gibier rare et protégé ? En attendant le petit courtisan de l’Elysée à la résistible ascension ne sait plus dans quel placard doré de la République se réfugier.

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