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Le point final à l’œuvre symphonique de Paul Dukas

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Paul Dukas (1865-1935) : Ouvertures Gœtz de Berlichingen et Le Roi Lear ; Symphonie en ut majeur. Württembergische Philharmonie Reutlingen, direction : Fabrice Bollon. 1 CD Sterling CDS1074-2. Code barre : 7393338107422. Enregistré en collaboration avec la SWR, dates et lieu non précisés. DDD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) excellentes. Durée : 78’19.

 

On sait si intransigeant avec lui-même qu’il détruisit nombre de partitions dont il n’était pas entièrement satisfait. Dieu sait de quelles beautés musicales il nous a ainsi cruellement privés par son autocritique… Même son chef-d’œuvre orchestral, le poème dansé La Péri, faillit passer à la moulinette !

Ainsi il n’est donc pas étonnant que son héritage musical soit réduit et se résume, pour l’orchestre, en une poignée d’œuvres : l’Ouverture du Roi Lear (1883), l’Ouverture pour Gœtz de Berlichingen (1884), l’Ouverture pour Polyeucte (1891), la Symphonie en ut majeur (1896), le scherzo L’Apprenti Sorcier (1897) et le poème dansé La Péri précédé de sa Fanfare (1912). C’est peu mais c’est immense.

Le temps n’est pas si lointain où n’était que l’homme de ce seul et célèbre Apprenti Sorcier, réussite popularisée par certain dessin animé… Fort heureusement, des chefs d’orchestre de haut niveau, lucides et entreprenants, se sont attachés à propager au disque ses autres chefs-d’œuvre : en pionniers, au début des années 50, Ernest Ansermet chez Decca et Pierre Dervaux chez EMI ont enregistré La Péri, après que Paul Paray l’ait gravé brillamment en 78 tours (Cascavelle VEL3066), et le trop peu connu Georges Sebastian fit connaître la Symphonie en ut chez Urania, alors label microsillon américain ; enfin l’excellent Jean Martinon fut le premier à nous léguer sur disque stéréo une Ouverture pour Polyeucte qui est toujours la référence absolue (Warner-Erato).

Grâce à cette production suédoise Sterling, et en première mondiale, nous disposons finalement des deux œuvres de jeunesse de Paul Dukas, celles qui nous manquaient encore : l’Ouverture pour Gœtz de Berlichingen d’après Gœthe, et l’Ouverture du Roi Lear d’après Shakespeare. Elles datent de l’époque où Dukas avait 18 ans (!), après être entré en 1881 dans la classe d’harmonie de Théodore Dubois au Conservatoire de Paris, mais avant d’être admis comme élève en composition chez Ernest Guiraud en 1885, et d’obtenir les Premiers Prix de contrepoint et de fugue en 1886. C’est dire que si ces deux partitions relativement développées et de caractère plutôt dramatique sont fort attachantes – et que tout apport à la discographie de Dukas n’est jamais négligeable – elles n’affirment pas encore totalement la personnalité du musicien, qui ne se révélera vraiment qu’à partir de l’Ouverture pour Polyeucte.

Quant à la Symphonie en ut, en trois mouvements, depuis la gravure pionnière de Georges Sebastian chez Urania, elle a connu les belles versions de Jean Martinon, Yan Pascal Tortelier, Walter Weller et surtout Armin Jordan (Warner-Erato) qui a su en dégager admirablement toute la spiritualité, notamment dans le sublime mouvement lent Andante espressivo e sostenuto.

Le chef d’orchestre parisien , que l’on a pu apprécié dans un remarquable CD Joseph Ryelandt chez Cyprès (CYP1616), nous offre des exécutions nerveuses et soignées de toutes ces pages, et si son interprétation de la Symphonie n’atteint pas les hautes sphères de celle de Jordan, elle peut assurément compter parmi les plus recommandables de cette œuvre magnifique dont chaque enregistrement doit être considéré comme un événement. La conjonction d’un chef français et d’un orchestre allemand apporte une idéale synthèse entre rêverie et élégance française, et le côté quelque peu wagnérien de la partition.

Enfin signalons une petite erreur éditoriale : en couverture du CD il est renseigné Symphony in C minor, alors qu’elle est bien, de toute évidence, en ut majeur !

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Paul Dukas (1865-1935) : Ouvertures Gœtz de Berlichingen et Le Roi Lear ; Symphonie en ut majeur. Württembergische Philharmonie Reutlingen, direction : Fabrice Bollon. 1 CD Sterling CDS1074-2. Code barre : 7393338107422. Enregistré en collaboration avec la SWR, dates et lieu non précisés. DDD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) excellentes. Durée : 78’19.

 
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