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Rigoletto à Lille, l’humanité aux Limbes

La Scène, Opéra, Opéras

Lille. Opéra. 12-V-2008. Giuseppe Verdi (1813 -1901) : Rigoletto, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Yves Beaunesne. Décors : Damien Caille Perret. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumières : Joël Hourbeigt. Avec : Stefano Antonucci, Rigoletto  ; Stacey Tappan, Gilda ; Dimitri Pittas, le Duc de Mantoue ; Ilya Bannik, Sparafucile ; Ursula Hesse von den Steinen, Maddalena ; Isabelle Vernet, Giovanna ; Kristof Klorek, le Comte Monterone ; Jeremy Carpenter, Marullo ; Jason Bridges, Matteo Borsa ; Josep Ribot, le Comte de Ceprano ; Kim Ta, un Huissier de la Cour ; Gilles Sarafu, un page. Chœur de l’Opéra de Lille (chef de chœur : Yves Parmentier), Orchestre National de Lille, direction : Roberto Rizzi Brignoli.

Dernière production de l’Opéra de Lille, Rigoletto clôt la saison avec gravité et espoir en la qualité de la prochaine programmation de l’institution.

Comme dans toute mise en scène qui cherche avant tout à « faire autre » plutôt que de servir la partition, la direction d’acteurs et les décors n’ont pas rendu à Verdi ce qui est à Verdi. Campé dans une station balnéaire du début du XXe siècle, le décor, minimaliste, assèche tout imaginaire et balaye le tragique. Cependant, dans la rudesse de son dénuement, il correspond à l’hostilité du monde et à la désolation qui règne dans l’âme de Rigoletto. La mise en scène statique n’a pas non plus permis aux acteurs de vibrer pleinement, physiquement, avec le drame.

Ce sont des musiciens de talent qui ont fait briller cette production. Tout d’abord, un Rigoletto admirable, , entièrement habité par son personnage. Il a donné à ce rôle une véracité psychologique étonnante d’introspection, de frustration et de rage introvertie. Son articulation a modulé avec science les nuances et amplifié le tragique, dans les moments les plus violents comme les plus tendres (confession et mort de Gilda, bouleversante). a elle aussi construit un très beau portrait de Gilda, idéal de pureté, personnification de l’amour qui croit tout, pardonne tout, accepte tout et finalement donne tout. Sa voix lumineuse, délicate, incarne la candeur et dans « Caro nome », allongée par terre, elle a offert une ode à l’amour ensorcelante, où s’y côtoient innocence et volupté.

Autant Gilda est dans la demi-teinte, autant le duc de Mantoue est exubérant. Parfait dans ce rôle de séducteur impétueux, Dimitri Pitas, belle voix claire, charnue, clinquante, n’a pas joué de la finesse dans les nuances, ce qui n’a finalement pas nuit au personnage. La basse et la mezzo sont également à remarquer dans les rôles de Sparafucile et Maddalena qu’ils ont habités avec autorité et discrétion.

Dirigé par (Scala, Fenice, Deutsche Oper…) l’, que l’on aimerait voir plus souvent à l’opéra, a rempli son rôle avec enthousiasme : excellent dans les passages virtuoses et transporté par la recherche du caractère. Tout comme le chœur de l’opéra de Lille qui n’a manqué ni de mordant, ni de personnalité et qui doit son homogénéité à une rigueur inédite.

Malgré quelques irréductibles déséquilibres (citons à raison le volume de l’orchestre accompagnant le trio devenu inaudible de Gilda, Sparafucile et Maddalena dans l’Acte III), la qualité de l’expérience est incontestable. Ainsi, le rideau se baisse sur les alléchantes prémices d’une future saison aussi réussie.

Crédit photographique : Frédéric Iovino

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