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Mark Morris Dance Group : le retour du fils prodige à Seattle

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Seattle. The Paramount, 16-V-2008. L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato, spectacle créé en 1988. Musique : Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Chorégraphie : Mark Morris. Décors : Adrianne Lobel. Costumes : Christine Van Loon. Lumières : James Ingalls. Mark Morris Dance Group. Christine Brandes, Lisa Saffer, sopranos ; John McVeigh, ténor ; James Maddalena, baryton. Seattle Symphony Orchestra, direction : Gerard Schwartz

En 1988, à peine installé à Bruxelles comme Directeur de la Danse au Théâtre Royal de la Monnaie, le jeune et sa troupe créent l’événement avec L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato, sur la musique de l’oratorio pastoral de Haendel. Né à Seattle en 1956, le chorégraphe est venu fêter dans sa ville originelle les vingt ans de la création de cette œuvre clé.

Pour recevoir le fils prodige, l’Orchestre Symphonique de Seattle est dans la fosse du cinéma Paramount. Les luxueuses ornementations du foyer, de cette salle construite en 1928, auraient été inspirées par le château de Versailles. Elles sont d’un style dont on peut dire qu’il se situe probablement quelque part entre le post-Louis XIV et le néo-Louis II de Bavière. Quoi qu’il en soit, et même si l’acoustique du Paramount est imparfaite pour le concert, il incarne merveilleusement l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Menacé successivement par la crise de 1929, la deuxième guerre mondiale puis la télévision, il a pu être sauvé après des décennies de décrépitude grâce à la persévérance d’une mécène privée qui y injecta rien moins que 30 millions de dollars. Dans ce lieu qui incarne l’Amérique dans sa gloire, ses vicissitudes et le dynamisme de son action privée, le jeu d’influences entre le Vieux et le Nouveau Monde qui se joue dans L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato se révèle de manière particulièrement sensible.

Ce qui caractérise en premier lieu cette chorégraphie c’est son caractère naturel, marqué dès le premier tableau par les danseurs qui traversent rapidement la scène derrière des voiles de gaze. On voudrait presque croire qu’aussi patauds que nous soyons, il nous soit possible de nous joindre à eux et les suivre dans leur course légère. Quand la musique se fait descriptive ou pastorale, n’hésite pas à illustrer son propos. Des danseurs forment des vols d’oiseaux, composent arbres et bosquets entre lesquels s’organise une chasse à courre avec danseurs imitant les chiens de chasse. Tout cela avec beaucoup de poésie, mais aussi avec humour et ironie. Au premier tableau à briser le tabou de la musique sérieuse, lorsque la troupe reproduit une danse à la rythmique d’aérobic (seul moment où l’œuvre porte ses vingt ans), les exclamations fusent au sein du public, « great !», « that was fun ! ». n’a pas peur du naturalisme, ainsi quand un danseur-chien fait mine de faire une pisse sur un danseur-bosquet, ou qu’il renifle le derrière d’un de ses congénères. La salle rit, elle apprécie les scènes qui s’attachent au quotidien le plus familier, telle celle où la troupe se donne des gifles, se serre la main, se fait la bise et se distribue des fessées. Il y a aussi des histoires d’amour, de couples qui se séparent, d’un homme en couple hétérosexuel attiré par un autre homme, un détail qui devait probablement paraître moins banal il y a vingt ans qu’aujourd’hui. La convention ne fait pas peur à , la première partie se terminant par une farandole villageoise et la seconde par un défilé qui anticipe la présentation de la troupe sous les applaudissements. En juste contrepoint à l’attention donnée à la légèreté et la facilité du geste, les costumes adoptent des couleurs fraîches, des tissus qui soulignent la grande fluidité des mouvements. Vingt ans après sa création, on mesure déjà que L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato était bien une œuvre de son temps, et qu’elle est toujours belle, drôle et, en un mot, actuelle.

Crédit photographique : Mark Morris © Mark Morris Dance Group / Amber Darragh. L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato © Mark Morris Dance Group / Ken Friedman

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Seattle. The Paramount, 16-V-2008. L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato, spectacle créé en 1988. Musique : Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Chorégraphie : Mark Morris. Décors : Adrianne Lobel. Costumes : Christine Van Loon. Lumières : James Ingalls. Mark Morris Dance Group. Christine Brandes, Lisa Saffer, sopranos ; John McVeigh, ténor ; James Maddalena, baryton. Seattle Symphony Orchestra, direction : Gerard Schwartz

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