Don Quichotte par le Ballet National de Cuba

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Ludwig Minkus (1826-1917)) : Don Quichotte. Chorégraphie : Alicia Alonso. Musique : Ludwig Minkus ; Lumières : Rudy Artiles. Avec Viengsay Valdès (Kitri), Romel Frometa (Basilio), Sadaise Arencibia (Mercedes), Yanela Pinera (la Reine des Dryades), Aymara Vasallo (Cupidon), et le Corps de Ballet du Ballet National de Cuba. Orchestre Symphonique du théâtre de la Havane, Direction musicale : Giovanni Duarte (musique enregistrée). Réalisation : Denis Caïozzi. Enregistré au Grand Palais à Paris (Festival des Étés de la Danse) en juillet 2007. 1 DVD Bel Air Classiques BAC036. Menu et livret en français, anglais, espagnol. Bonus : Interview de Alicia Alonso, de Viengsay Valdès, et de Romel Frometa, extraits dansés de Giselle et de Don Quichotte avec Alicia Alonso, Vladimir Vassiliev et Azari Plissetski (31 minutes). Zones : toutes zones. Durée : 127 minutes.

 

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Notre collègue Delphine Goater nous retransmettait ses impressions sur le spectacle qu’elle avait vu en live, d’où est issue cette captation. Fondamentalement, notre avis sur cette représentation est très semblable ; le DVD respecte toutes les qualités des danseurs, dont on ressent la joie et l’entrain communicatifs.

La version utilisée est en réalité une composition assez personnelle d’, et les raccords musicaux ne sont pas toujours aussi évidents que ce que la routine de versions marmoréennes nous empêche d’entendre. Il y a tout de même dans ce ballet, malgré toutes les carences de mise en scène, de décors et de costumes dues au fait que l’action prenait part dans la nef du Grand Palais à Paris, une simplicité déconcertante face aux sentiments démontrés ; ici, on ne cherche pas à faire un incontournable, mais juste à raconter une histoire sans prétention, une sorte de pochade plaisante. est ébouriffante ; en dehors même de la technique qui est invraisemblablement époustouflante (les équilibres, les tours, tout joue de la facilité), il y a une caractérisation du rôle très soignée, fine et ne versant pas dans la caricature immature que nombre de danseuses aiment à prêter à leur rôle. Son partenaire, très habile dans le spectaculaire touche beaucoup par sa drôlerie et sa malice. Le couple est soudé, et la cohésion est des plus parfaites qui soit : en cela, le pas de deux de l’acte III demeure un exemple du genre. Et c’est, de manière inexpliquée, cela qui semble étrange : alors que de lointaines racines espagnoles (élargissons, européennes) légitiment l’existence de la danse classique à Cuba (un argument dont parle dans le bonus), il y a eu une intégration de la technique classique, et qui s’offre désormais à l’établissement de son propre caractère, fondé, certes, sur les grands sauts, le balon des garçons, la souplesse (excessive), mais également sur l’évocation d’un parfum, et de quelque chose qui appartient proprement à cette école. Et il ne s’agit pas uniquement de l’espagnolade que constitue Don Quichotte, car l’on avait retrouvé cette même définition de cette manière de danser lors de la série de Giselle au même Grand Palais (également évoquée par Delphine Goater).

Le corps de ballet en est une illustration parfaire. Habituellement, nos danseurs, aujourd’hui, travaillent le cou de pied, la souplesse des jambes, du dos, et moins leur travail de pointes. La beauté du bas de jambe se perd, autant dans la vélocité que dans la précision. Ici, on est surpris de tout à fait l’inverse, surtout chez ces demoiselles dont la pointe est le prolongement naturel de la jambe (on n’en voit quasiment aucune en forme de X), et le corps de ballet, d’une fort grande symétrie, ne décline aucune zélée du grand écart inutile et permanent. Certes, la chorégraphie semble allégée quant à la difficulté de ce que doivent exécuter les danseuses. Mais enfin, il faut avouer que cela semble exotique et très rafraîchissant. A cet égard, dans Mercedes n’en est pas moins d’un lyrisme très touchant (quand bien même le rôle s’y prête peu), et a ce ressort dans les jambes qui l’élève dans les airs, sans qu’elle ait à se déhancher de manière éhontée.

Il s’agit d’autre chose pour les garçons : tous sont des solistes potentiels, et peu d’entre eux dansent ensemble, il faut l’avouer ; la disparité de taille, de carnation (que l’on ne nous taxe pas de compartimenter les différences de complexion, car cela ne dérange pas chez les femmes, mais force est d’avouer que les hommes ont des différences moins effacées), et de facilité physique favorisent cet état où chacun danse pour briller, et assez peu pour l’ensemble. En tout cas, on ne leur retirera aucunement leur facilité à tournoyer et à sauter (de même que le lever de jambe qui s’apparente à un effet recherché, et non un moyen d’exprimer ; en cela, on reste plus que circonspect face au jeune gitan de Taras Domitro).

Le seul regret (et relatif !) est la bande son enregistrée qui enlève toute spontanéité, mais dont, il faut se rassurer là-dessus, Viensay Valdès n’a cure : ses équilibres et ses fouettés se finissent quand elle le décide, et non pas quand la musique l’exige. Il manque cette symbiose avec la musique, mais qu’importe, quand on a tout le reste que l’on n’a jamais !

Les décors et les costumes sont anecdotiques, nous passerons sur ce sujet pour ne pas nous appesantir sur le fait que la recherche de la beauté esthétique pervertit le message de l’art, et que ce qu’il nous est proposé là ne rentre que dans le kitch d’une certaine culture (en l’occurrence, la nôtre), mais se légitime plus dans une culture étrangère, et dont on ne fait pas partie : seuls les cubains peuvent juger.

Dans la demi-léthargie dont on sort après un tel choc de danse et devant l’inanité de nombre de bonus dont on est fréquemment abreuvé, un petit bijou sort cinq minutes avant la fin du bonus de ce DVD. Un discours engagé à la gloire de Cuba (certes, c’est bien le régime castriste qui a approuvé la nécessité sociale de ce ballet, mais là, il s’agit d’une forme à peine masquée de propagande mêlée à la légitime fierté d’ de la pérennité et de la qualité de « son » ballet), et quelques commentaires démontrant la grande réflexion des danseurs face à leur rôle (ceci dit, on est à même de se demander si on leur pose des questions pertinentes), nous laissaient croire à l’inintérêt commun que les réalisateurs ont pour leur bonus. Surgit alors une répétition de ce Don Quichotte, les danseuses en collant de travail, tutu gris et pointes esquintées. Et la voix de la grande Alonso, qui, debout, sent, par l’oreille, la vision. L’on est resté sidéré devant la force de la femme qui avoue alors, sans crainte, que sans la danse…

Et c’est en cela que réside l’attention qu’il faut apporter aux artistes qui ont fait et font ce monde. Et que nous recommandons l’acquisition de ce bout de plastique qui, parce qu’il ne se veut pas être la référence, révèle une part d’humanité insoupçonnée.

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