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Charles Tournemire ressuscité à Sainte-Clotilde

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César Franck (1822-1890) : L’Organiste (deux extraits) ; Pastorale ; Cantabile ; Choral n°3 en la mineur. Charles Tournemire (1870-1939) : L’Orgue Mystique (deux extraits) ; Cinq Improvisations. Charles Tournemire, à l’orgue Cavaillé-Coll de Sainte-Clotilde, Paris. 1 CD Arbiter 156. Code barre : 604907015626. Enregistré d’avril 1930 à fin 1931 à Sainte-Clotilde, Paris. DDD. Notices unilingues (anglais) exceptionnelles (Dr. Ralph Kneeream). Durée : 69’06.

 

Cette publication du label américain Arbiter est d’une importance capitale non seulement du point de vue historique, mais surtout musical : elle rassemble enfin en un seul disque tout ce que a gravé pour Polydor–France en 1930 et 1931. Ses enregistrements d’œuvres pour orgue solo de Franck étaient reparu en microsillon il y a longtemps déjà chez l’éditeur anglais Pearl–OPAL, tandis qu’EMI–France, dans son superbe album consacré aux « Orgues & Organistes en 1930 », avait fait de même pour les propres œuvres de Tournemire, ses célèbres improvisations y comprises.

(1870-1939) fut l’élève de la classe d’orgue de Franck au Conservatoire de Paris durant les deux dernières années de la vie du maître liégeois, de 1888 à 1890. En plus des trois cours officiels hebdomadaires, Tournemire reçut une instruction en privé de Franck, tout en étant présent à Sainte-Clotilde lors des innombrables dimanches où Franck improvisait, et assistant son maître lors de la préparation des Trois Chorals de 1890. De 1898 à sa mort, Tournemire tint le poste d’organiste à Sainte-Clotilde en succession à Gabriel Pierné, lui-même successeur de Franck à cet instrument ; le grand orgue Cavaillé-Coll de 1859 avait grand besoin d’être restauré au moment où Tournemire réalisa ses enregistrements, ce qui fut accompli deux années plus tard. Ainsi ces rarissimes et précieux documents sont les seuls à préserver pour la postérité les sonorités que Tournemire et surtout Franck avait connues et pour lesquelles ils créèrent leur musique.

Tournemire réalisa ses enregistrements d’abord consacrés à Franck puis à ses propres œuvres et improvisations, d’avril 1930 à fin 1931, pendant la nuit, de 22 heures à 3 heures du matin, afin d’éviter le maximum de bruits extérieurs. Enregistrer un grand orgue, nouveauté absolue à cette époque, relevait de l’expédition aventureuse : en référence à « L’Intransigeant » du 28 avril 1930, Joël-Marie Fauquet précise que « l’accès à la tribune d’orgue étant particulièrement difficile en raison de l’exiguïté de l’escalier qui conduit à celle-ci, l’important matériel d’enregistrement avait dû être déballé sous le porche de la basilique et monté à bras. Activité nocturne tellement insolite à l’époque que l’équipe des techniciens fut interpellée par une patrouille de police qui pensait avoir affaire à des cambrioleurs ! »

De son maître vénéré, Tournemire a gravé les pages suivantes, présentées ici dans cet ordre : Chant de la Creuse, mélodie populaire traditionnelle de la région du Limousin, et Noël Angevin, tous deux extraits de L’Organiste (1890) ; Pastorale (1863) dédiée à Aristide Cavaillé-Coll, quatrième des Six Pièces d’orgue ; Cantabile, deuxième des Trois Pièces pour le grand orgue (1878) ; Choral n°3 en la mineur (1890) dédié à Eugène Gigout. Le 18 mai 1931, c’est la consécration : Tournemire reçoit le Grand Prix du Disque pour son interprétation du Choral n°3 de Franck. Il était effectivement un interprète particulièrement remarquable des pages de Franck : loin des visions guindées dénaturant trop souvent la pensée franckiste, il nous la livre dans toute son essence, recréant les œuvres dans l’instant, quasi improvisando, et la technique du 78 tours, sans concession aucune par son impossibilité de montage, renforce cette caractéristique.

Hormis ses huit Symphonies pour orchestre, l’œuvre la plus importante de Tournemire est L’Orgue Mystique op. 55, 56, 57, inspiré des textes liturgiques et du grégorien, comprenant 255 pièces réparties pour les offices de tous les dimanches de l’année. Tournemire nous en interprète deux : l’Andantino, pour le XIIe Dimanche après la Pentecôte, et la Paraphrase-Carillon pour l’Office de l’Assomption. Mais le plus précieux reste à venir, avec ces Cinq Improvisations, dévoilant le plus profond de l’âme du musicien, tour à tour avec ses fulgurances extraordinaires et ses rêveries aériennes et planantes qui ne le sont guère moins : Charles Tournemire se révèle ici le lien évident entre et Olivier Messiaen. L’élève de Tournemire, le merveilleux Maurice Duruflé (1902-1986) a reconstitué ces Improvisations sur papier à musique pour l’éternité à partir de ces disques, labeur extraordinaire de dévotion et de respect qui est maintenant au répertoire de tout organiste digne de ce nom. Cette production Arbiter nous présente judicieusement ces pages dans l’ordre choisi par Duruflé pour leur publication chez Durand, à savoir : Petite Rhapsodie improvisée ; Cantilène improvisée ; Improvisation sur le Te Deum ; Fantaisie-Improvisation sur l’Ave Maris Stella ; Choral-Improvisation sur le Veni Paschali Laudes.

On sort de l’audition entièrement bouleversé et admiratif envers un musicien d’une telle élévation spirituelle alliée à une technique exemplaire, modèle incontournable pour tout apprenti-organiste ou tout passionné du roi des instruments. Allan Evans a corrigé avec tact et subtilité les multiples défauts de diapason variable de ces précieux documents, rendant idéale l’audition de cet immense disque à écouter et réécouter avec le plus profond respect, et à méditer en ce qui nous révèle un art de l’improvisation à l’orgue qui n’est de nos jours enseigné que bien sommairement hélas dans nos institutions musicales et qui par conséquent se perd. Il faut bien reconnaître – et déplorer – que des Tournemire et des Duruflé, on n’en trouve plus actuellement à chaque coin de rue …

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César Franck (1822-1890) : L’Organiste (deux extraits) ; Pastorale ; Cantabile ; Choral n°3 en la mineur. Charles Tournemire (1870-1939) : L’Orgue Mystique (deux extraits) ; Cinq Improvisations. Charles Tournemire, à l’orgue Cavaillé-Coll de Sainte-Clotilde, Paris. 1 CD Arbiter 156. Code barre : 604907015626. Enregistré d’avril 1930 à fin 1931 à Sainte-Clotilde, Paris. DDD. Notices unilingues (anglais) exceptionnelles (Dr. Ralph Kneeream). Durée : 69’06.

 
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