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Éclats de voix 2008, un an de plus

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Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

Le Festival Éclats de voix avait dignement fêté ses dix ans l’an passé en invitant les King’s Singers. La programmation 2008, de la Sociedad Coral de Bilbao au Jazz et la Diva du duo Casadesus/Lockwood est d’une qualité et d’une diversité comparable. Depuis peu réparti sur trois week-ends, nous avons pu nous rendre au deuxième rendez-vous d’Eclats de voix 2008.

Vendredi 13 – superstitieux s’abstenir – voyait la venue de la mythique Giovanna Marini et de son quatuor vocal (avec Patrizia Nasini, Patrizia Bovi et Francesca Breschi) pour chanter l’Italie passée, présente et future auprès d’une « chanson de geste » consacrée à un héros maudit. Chacun de ces madrigaux, a capella ou accompagné à la guitare par la maestra, bénéficiait des commentaires (en français) de Giovanna Marini, relatant histoires de sa vie, anecdotes de son groupe ou bien commentaires acerbes sur la politique italienne actuelle.

Si la voix de la maîtresse de cette cérémonie accuse ses 73 printemps, il n’en est rien de sa formidable énergie communicative ni de son charisme, multiplié par les prouesses vocales de ses trois comparses, alternant chant et ce cri guttural, cette vocifération caractéristique du sud de la botte italienne. Heureuse coïncidence, le lendemain était présenté par un de ses auteurs, Rocco Femia, le livre Cette Italie qui m’en chante (editions EdItalie) sur l’importance de la chanson populaire dans la culture et la société italienne.

Eclats de voix mélange les styles et les genres, et c’est au décapant groupe Acide lyrique que venait de débuter la journée du samedi 14 juin. Après le Récital parodique créé et présenté l’an dernier à Auch et au Festival d’Avignon, voici Opus à l’oreille, ou comment revisiter les 400 ans d’histoire de l’opéra. Une fois encore, les tics et habitudes du monde lyrique sont repris dans un spectacle joyeusement décalé, où on apprend que Richard Wagner aurait abandonné le projet d’une tétralogie Quatre Fromages (dont La vache qui rit et le Caprice des Dieux) pour le fameux – et par conséquent ennuyeux – Anneau du Nibelung. Moins de reprises décalées d’airs classiques comme l’an dernier, mais de véritables créations parodiques, une pastorale française du XVIIe, un grand opéra verdien, une version détournée de Pelléas et Mélisande, le tout agrémenté de références à la variété du plus bon goût : Itsi Bitsi petit bikini (Dalida) et Mille colombes (Mireille Matthieu). Parmi les reprises, un Casta Diva devenu Casse-toi diva et une série de chansons paillardes (le curé de Camaret, de Nantes à Montaigu, …) transformées en antiennes grégoriennes ou motets médiévaux.

Cet esprit décalé et outrancier jurait furieusement avec le spectacle de la soirée : Rajaton est un de ces nombreux groupes vocaux a capella d’Europe du nord qui se veulent les héritiers des Swingle Singers, des , de Take Six ou de Manhattan Transfert. La qualité vocale est indéniable, la justesse parfaite, la mise en place exemplaire. Pas une note ne dépasse, pas une croche n’est à coté. Mais quel manque de vie. Présenté comme exceptionnel la prestation fut terriblement ennuyeuse. Le concert était fait d’une succession d’airs et de chansons alternant harmonisations de chants folkloriques et adaptation de Abba ou Queen, entrecoupés de création originales, dont nombre sont l’œuvres de membres du groupe. Malheureusement tous ces morceaux se ressemblaient d’une manière ou d’une autre…

Point d’ennui pour la dernière prestation : l’ est venu fêter ses trente ans à Eclats de voix. Le disque nous avait fait littéralement redécouvrir ce répertoire. En concert, disposé autour d’une table – comme le titre de programme l’indiquait, ces musiciens nous conviaient à un « banquet musical franco-flamand » – les membres de cet ensemble font une véritable ripaille de mots et de musique dans un florilège mélangeant classiques et découvertes de la chanson polyphonique de la Renaissance. Gouaille, pitrerie, imitations diverses plus vraies que nature, ces quatre-vingt-dix minutes de concert n’ont jamais paru si courtes. Comment résister à ces délicieux « vous me déchirez le buisson » ou à cette poignante Déploration sur la mort d’Ockeghem le tout prononcé en français de l’époque ?

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Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

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