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Le pianiste Solomon, une redécouverte de la plus haute importance

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Ludwig van Beethoven (1770­1827) : Concertos pour piano n°3 et n°5 « L’Empereur » ; Sonates pour piano n°8 « Pathétique », n°14 « Clair de Lune », n°21 « Waldstein », n°23 « Appassionata », n°26 « Les Adieux », n°27, n°29 « Hammerklavier ». Edvard Grieg (1843­1907) : Concerto pour piano op. 16. Robert Schumann (1810­1856) : Concerto pour piano op. 54. Johannes Brahms (1833­1897) : Concerto pour piano n°2 op. 83. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano n°1 op. 23. Domenico Scarlatti (1685­1757) : Sonate en fa L. 384. Johann Sebastian Bach (1685­1750) : Choral « Wachet auf » de la Cantate BWV 140 (arrangement de Busoni). Wolfgang Amadeus Mozart (1756­1791) : Sonates pour piano n°11 K. 331, n°17 K. 576 ; Concerto pour piano n°24 K. 491. Franz Liszt (1811­1886) : Fantaisie Hongroise pour piano et orchestre. Alexandre Scriabine (1872­1915) : Concerto pour piano op. 20. Sir Arthur Bliss (1891­1975) : Concerto pour piano. Solomon, piano. Philharmonia Orchestra, direction : Herbert Menges, Issay Dobrowen, Walter Süsskind. Liverpool Philharmonic Orchestra, direction : Sir Adrian Boult. 7 CD EMI Icon 2061022. Code barre : 5099920610227. Enregistré à Liverpool (Bliss) et Londres entre janvier 1943 et septembre 1956. ADD [mono]. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 73’27, 72’16, 76’13, 68’40, 78’53, 74’57, 80’15.

 

Les Clefs ResMusica

L’auteur de cette chronique avoue à sa plus grande honte ne s’être jamais intéressé auparavant à ce pianiste anglais hors pair révélé aux débuts du microsillon : c’était l’époque où florissaient de douteux pianistes utilisant leur seul patronyme, tels que Liberace (1919-1987) ou Semprini (1908-1990), showmen risibles qui se servaient plus de la musique qu’ils ne la servaient, massacrant les grands compositeurs romantiques en de sirupeux arrangements de leur cru qu’ils n’étaient même pas capables d’exécuter correctement, tant leur technique était déplorable…

Aussi ne mettez surtout pas dans le même panier de crabes ce musicien exceptionnel qu’était, de son vrai nom, Cutner (1902-1988) : élève de Mathilde Verne, elle-même de Clara Schumann, il était l’humilité et la probité mêmes vis-à-vis des partitions qu’il défendait, alliées à une technique sans faille. Il suffit d’écouter les diverses Sonates et les Concertos n°3 et n°5 de Beethoven de ce coffret pour être fixé : tout est couleurs et nuances subtiles, sans élever la voix, la musique seule primant toujours ; s’y révèle digne successeur d’Artur Schnabel, et il est vraiment regrettable que contrairement à son illustre prédécesseur, il n’ait eu le temps d’achever son intégrale des Sonates beethovéniennes, ce qu’il a par ailleurs pu accomplir pour les Concertos – partagés entre Herbert Menges et le regretté – que beaucoup considèrent comme exemplaire de musicalité.

La filiation artistique de Solomon à Schumann par l’intermédiaire de Mathilde Verne ne pouvait que nous valoir une authentique version de son Concerto pour piano, ainsi d’ailleurs que du Concerto n°2 de Brahms, une référence sûre dès sa parution, tandis que l’on admirera sans réserve ses délicieuses réussites mozartiennes. Dans toutes les pages qu’il touche, on est agréablement surpris de retrouver cette fraîcheur interprétative propre aux plus grands, qui donne aux partitions constamment rabâchées cette sensation exaltante de la découverte, du jamais entendu. La seule légère déception est le tempo pachydermique avec lequel il aborde le célèbre Choral du Veilleur de Bach dans l’arrangement de Busoni. On pourra de même déplorer l’omission de la longue reprise dans le Finale de l’« Appassionata », que Beethoven ne considérait pas comme ad libitum (Schnabel l’effectue), pour noter qu’en 1954 on était moins attentif à cette pratique.

Mais Solomon défendit également au disque des œuvres nettement moins connues : ainsi on trouvera sur le septième et dernier disque le très chopinien Concerto pour piano en fa dièse mineur du jeune Scriabine, rareté suscitée au disque par un Prince indien passionné de musique russe, le Maharadjah de Mysore, Sri Jaya Chamaraja Wadiyar Bahadur (1919-1974), fondateur de la Société Medtner et mécène du , qui incita Walter Legge à enregistrer des œuvres peu connues de Balakirev, Liapounov et Medtner. On découvrira également avec plaisir le premier enregistrement du Concerto pour piano en si bémol du compositeur anglais Sir Arthur Bliss dont Solomon était l’ami, et qu’il créa à New York dans le cadre de l’Exposition Universelle de 1939.

Et on ne boudera certainement pas le plaisir de retrouver opportunément, parmi les chefs d’orchestre, le grand Issay Dobrowen déjà évoqué en nos colonnes, qui fut notamment le célèbre accompagnateur de la merveilleuse Ginette Neveu. Ce coffret est un hommage bien mérité tout autant à la musique qu’à un tout grand pianiste, musicien avant toute chose.

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Ludwig van Beethoven (1770­1827) : Concertos pour piano n°3 et n°5 « L’Empereur » ; Sonates pour piano n°8 « Pathétique », n°14 « Clair de Lune », n°21 « Waldstein », n°23 « Appassionata », n°26 « Les Adieux », n°27, n°29 « Hammerklavier ». Edvard Grieg (1843­1907) : Concerto pour piano op. 16. Robert Schumann (1810­1856) : Concerto pour piano op. 54. Johannes Brahms (1833­1897) : Concerto pour piano n°2 op. 83. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano n°1 op. 23. Domenico Scarlatti (1685­1757) : Sonate en fa L. 384. Johann Sebastian Bach (1685­1750) : Choral « Wachet auf » de la Cantate BWV 140 (arrangement de Busoni). Wolfgang Amadeus Mozart (1756­1791) : Sonates pour piano n°11 K. 331, n°17 K. 576 ; Concerto pour piano n°24 K. 491. Franz Liszt (1811­1886) : Fantaisie Hongroise pour piano et orchestre. Alexandre Scriabine (1872­1915) : Concerto pour piano op. 20. Sir Arthur Bliss (1891­1975) : Concerto pour piano. Solomon, piano. Philharmonia Orchestra, direction : Herbert Menges, Issay Dobrowen, Walter Süsskind. Liverpool Philharmonic Orchestra, direction : Sir Adrian Boult. 7 CD EMI Icon 2061022. Code barre : 5099920610227. Enregistré à Liverpool (Bliss) et Londres entre janvier 1943 et septembre 1956. ADD [mono]. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 73’27, 72’16, 76’13, 68’40, 78’53, 74’57, 80’15.

 
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