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Les Modigliani et Rigutto revisitent le quintette de Schumann avec art

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Lagraulet-du-Gers. Eglise. 19-VII-2008. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes en si bémol majeur « Lever de soleil » op. 76 n°4 ; Claude Debussy : Quatuor en sol mineur ; Robert Schumann (1810-1856) : Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 44 ; Quatuor Modigliani ; Bruno Rigutto, piano.

Les journées Lagraulet 2008

Ils sont beaux, jeunes, talentueux et généreux. Comment leur résister ? Les membres du sont venus à Lagraulet dans l’après-midi, primesautiers, taquins et gourmands et se sont transformés le soir en splendides interprètes prouvant que le plus grand sérieux et la fantaisie ne s’excluent pas, bien au contraire. Ce concert restera dans les annales des journées de Lagraulet comme l’un des plus beaux car l’un des plus enthousiasmants. Pour débuter, le père fondateur du genre du quatuor (il en a composé plus de 80 !) a été honoré avec son quatuor «Lever de soleil». La vivacité, l’intelligence et la virtuosité de cette interprétation crée une évidence. Haydn n’est absolument pas le compositeur un peu ennuyeux que certains décrivent comme «Papa Haydn». Avec de tels interprètes, ne négligeant aucuns efforts, toujours inventifs, musicalement délicats, ce quatuor devient une pure merveille. Bien évidemment le premier violon a les honneurs, mais ici, Philippe Bernhard n’en abuse pas et sollicite constamment ses partenaires sans les écraser. Après un début calme et lent, le déroulement en quatre mouvement semble limpide et le final, avec des accélérations progressives savamment conduites jusqu’aux dernières mesures, est un enchantement de l’esprit et des sens produisant une impression d’ivresse jubilatoire grâce à l’engagement de nos quatre virtuoses plein d’humour. Du quatuor de Debussy ils comprennent toutes les subtilités. Les archaïsmes, les audaces et les exotismes de l’œuvre sont mis en lumière simplement, sans prétention et tout un jeu de très belles colorations magnifie constamment le propos, tout particulièrement avec les sourdines dans le superbe andantino. Les sonorités magnifiques de l’alto que Debussy met bien en valeur dans ce mouvement sont un vrai régal sous les doigts de Laurent Marfaing. Les nuances sont magnifiques et les phrasés délicats l’aisance technique admirable. Et toujours cette inimitable complicité des musiciens n’excluant pas l’humour ! Le final enthousiasmant fait exulter le public. Enfin pour terminer le concert le quintette avec piano de Schumann atteint des sommets. L’arrivée de est en soi une garantie de parfaite connaissance de la musique de Schumann dont il est un grand interprète comme soliste, concertiste ou chambriste. Installé derrière le quatuor, il semble du haut de son expérience les soutenir en leur trépidante jeunesse. Cette communion très étroite entre les générations conduit à une interprétation de ce quintette hors des sentiers battus.

La place du piano y est très importante, il joue quasiment tout le temps. Écrit par Schumann dans un élan d’amour pour Clara, l’enthousiasme de cette œuvre est constant. C’est même cette partition que Clara jouera à son père pour se réconcilier avec lui et lui prouver le génie de son mari épousé contre son avis. Wagner ne tarissait pas d’éloges voyant dans cette œuvre la même quête de beauté que lui-même conduisait. L’énergie insufflée à la fois par le piano de Rigutto et par les jeunes prodiges est très complémentaire. Comme un félin, joue sa partie avec une extraordinaire souplesse et sans aucune dureté. La force qui l’habite est celle de la sûreté du propos alliée au plaisir de jouer en écoutant ses complices. L’énergie qui habite le quatuor semble inépuisable et constamment renouvelée mais sans acidité ni dureté. La sonorité ferme des cordes semblant bénéficier de l’appui du piano léonin de Rigutto. Car, dès les premières mesures, on sent qu’il existe une connivence totale entre eux. Toutes les nuances, tous les phrasés et les variations de tempo proposées sont acceptés et les réponses relancent l’alchimie. Dans le deuxième mouvement «In modo d’una Marcia» le thème sonne admirable et profond au violoncelle ainsi joué par François Kieffer tandis que le deuxième thème fantasque à souhait permet aux deux violonistes d’oser des sonorités complémentaires comme désincarnées. La sensation d’une musique vivante semblant être composée devant nous est un bonheur rare. Il faut dire que l’énergie de ce quintette est irrésistible. Schumann qui l’a écrit pour Clara et le lui a dédié est alors un amoureux comblé et sa musique irradie de cette félicité. Le bonheur de jouer ensemble pour un public enthousiaste décuple ce soir la joie contenue dans cette partition. Le triomphe obtenu par les interprètes leur fait bisser le dernier mouvement. La joie de ce magnifique concert s’est prolongée sous les platanes dans la douceur de l’air de la nuit, à déguster le gigot à la ficelle et autres délices, artistes et publics confondus. Crédit photographique : photo © DR

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Lagraulet-du-Gers. Eglise. 19-VII-2008. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes en si bémol majeur « Lever de soleil » op. 76 n°4 ; Claude Debussy : Quatuor en sol mineur ; Robert Schumann (1810-1856) : Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 44 ; Quatuor Modigliani ; Bruno Rigutto, piano.

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