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Götterdämmerung, concluante conclusion à Gand

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Gand. Vlaamse opera. 6-VII-2008. Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung, troisième journée en un prologue et trois actes de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ivo van Hove. Décors et lumières : Jan Versweyveld. Costumes : An d’Huys. Avec : Lance Ryan, Siegfried ; Jayne Casselman, Brünnhilde ; Werner Van Mechelen, Alberich ; Robert Bork, Gunther ; Attila Jun, Hagen ; Christina Niessen, Gutrune ; Sara Fulgoni, Waltraute et première norne ; Corinne Romijn, Flosshilde et deuxième norne ; Christina Niessen, troisième norne ; Hendrickje Van Kerckhove, Woglinde ; Xenia Konsek, Wellgunde. Orchestre symphonique du Vlaamse Opera, direction : Ivan Törzs.

Cette fin de saison à l’Opéra des Flandres était à juste titre fort attendue par les aficionados du Ring. Les trois premiers volets de la saga wagnérienne mis en scène par le duo Van Hove-Versweyveld s’étant révélés très convaincants, nous étions fort pressés de découvrir la conclusion de ce ring «high-tech». Le lever de rideau nous livre un tableau fidèle à l’esthétique développée dès la première journée : Les Nornes s’affairent autour d’un gros serveur informatique, démêlant des câblages ne révélant via les écrans éparpillés sur le plateau que des images altérées. Le trio vocal est équilibré et maîtrisé. Ce tableau réussi mais toutefois attendu, perdra de sa valeur lors des retrouvailles avec Brünnhilde et Siegfried. Le plateau se voit alors dépouillé de ses accessoires, ne laissant à la vue des spectateurs que le seul lit des deux amants dans un espace scénique nu fermé par de tristes volets roulants.

L’acte I voit heureusement ces volets s’élever pour dévoiler le reste du plateau. On y observe un mur d’écrans composé à la manière d’une toile de Mondrian, ainsi qu’un ensemble de passerelles surplombant la scène. Le mur vidéo est ici conçu comme un miroir reflétant les ambitions des Gibichungen, Celles-ci sont révélées à travers des images extraites du jeu vidéo «second life» proposant une immersion dans un univers factice, outrancièrement «bling bling» et offrant à tout un chacun la possibilité de goûter à une douce illusion de pouvoir omnipotent. Cette idée du metteur en scène fonctionne assez bien, développant de multiples niveaux de lectures, selon que le spectateur se concentrera sur le jeu des chanteurs ou sur les écrans vidéos. L’acte II est le plus réussi du spectacle, dominé par la prestation du chœur d’hommes de la maison. Van Hove y démontre une nouvelle fois sa capacité à diriger les foules pour créer des tableaux à l’esthétique forte. Les filles du Rhin, costumées en soubrettes préparant le mariage de Siegfried et Brünnhilde laisseront davantage le spectateur perplexe au début de l’acte III… La mise en scène peine alors à restituer le contenu du livret et les vidéos apparaissent également redondantes. Le cycle se clôturera néanmoins sur une image très cohérente : le contenu technologique présenté sur l’ensemble du festival se voyant balayé par les éléments naturels. Marqué par les images de l’ouragan Katrina qui illustrent abondamment le programme du spectacle, Van Hove nous montre avant que le rideau ne se baisse une foule sinistrée mais sereine, libérée malgré elle de ses repères artificiels.

Bâtir une distribution homogène constitue un exercice périlleux pour toute maison d’opéra, quelle que soit la journée de la tétralogie abordée. Force est de constater que la maison flamande s’en sort avec les honneurs. est un Siegfried vaillant, et surtout remarquablement endurant. incarne une Brünnhilde moins enthousiasmante, la voix souffrant d’un encombrant vibrato et se laissant souvent écraser par l’orchestre. Au delà de ces rôles principaux, la soirée sera surtout dominée par la formidable prestation d’ composant un Hagen d’une noirceur inouïe. Le Gunther stylé de Robert Bork mérite également bien des éloges. Quant à , remarqué lors de sa prise de rôle d’Alberich pour le Ring produit par l’Opéra Royal de Wallonie, il se montre une nouvelle fois captivant de par ses qualités musicales mais aussi par son talent d’acteur.

Déjà soulignées lors des précédentes journées, les faiblesses de la fosse et de sa baguette demeurent. se limite à battre la mesure et n’insuffle une véritable vitalité qu’aux pages de l’acte II … Mentionnons du côté de l’orchestre l’excellente prestation du corniste sonnant les appels de cors en coulisse. Ces traits délicats ont été à chaque fois brillamment interprétés.

A l’opposé de la démarche de l’Opéra Royal de Wallonie ayant proposé une lecture plus littérale de l’œuvre de Wagner, la rendant ainsi accessible au plus grand nombre, l’Opéra Flamand a su développer de manière cohérente un produit esthétique et apte à emmener le spectateur vers un degré de lecture plus complexe. A l’intéressant outil pédagogique développé à Liège, Gand et Anvers ont donc su répondre habilement.

Le soin apporté à cette production méritera que l’on mentionne également l’attention qui a été portée sur les différents médias qui entourent le spectacle.

Crédits photographiques © Jan Versweyveld et Annemie Augustijns

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Gand. Vlaamse opera. 6-VII-2008. Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung, troisième journée en un prologue et trois actes de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ivo van Hove. Décors et lumières : Jan Versweyveld. Costumes : An d’Huys. Avec : Lance Ryan, Siegfried ; Jayne Casselman, Brünnhilde ; Werner Van Mechelen, Alberich ; Robert Bork, Gunther ; Attila Jun, Hagen ; Christina Niessen, Gutrune ; Sara Fulgoni, Waltraute et première norne ; Corinne Romijn, Flosshilde et deuxième norne ; Christina Niessen, troisième norne ; Hendrickje Van Kerckhove, Woglinde ; Xenia Konsek, Wellgunde. Orchestre symphonique du Vlaamse Opera, direction : Ivan Törzs.

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