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Saint-Guilhem-le-Désert. Abbaye de Gellone. 21-VIII-2008. Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) : Les sonates du Rosaire ; Alice Piérot : violon et direction ; Giuseppe Lo Sardo, violone ; Eric Bellocq, théorbe ; Elisabeth Geiger, claviorganum.

IXe rencontres musicales

Le Désert Imaginaire ouvre sa IXe saison des rencontres musicales de Saint-Guilhem-le-Désert avec un concert d’une grande et profonde beauté. Ces sonates du Rosaire de Biber n’ont pas été composées pour être jouées toutes à la suite. Opérant un choix dans les trois groupes de mystères qui composent ce Rosaire et ses complices ont entraîné le public dans un monde parallèle qui semble rendre le mot mystère compréhensible. Du premier groupe, celui des mystères heureux, ont été joués la sonate n°1 l’annonciation et la sonate n° 3 la nativité. La poésie qui se dégage d’une si belle musique donnée dans une interprétation si inspirée est simplement prodigieuse. Les images se déroulent et les visions s’imposent créant un moment très particulier mêlant une rare jouissance de l’esprit et une émotion semblant venir de très loin nous mène au bord des larmes.

Cette musique de la contre-réforme chargée de séduire les croyants afin qu’ils aient un avant-goût du paradis par la beauté et résistent à l’exigence des réflexions proposées par la réforme, déploie un charme irrésistible.

Aujourd’hui que ces querelles sont éloignées il persiste une expérience mystique à l’écoute de ces œuvres qui dépasse amplement toute question religieuse pour aborder une spiritualité intense. L’interprétation proposée ce soir par les quatre instrumentistes est emplie de profondeur et d’introspection. Très inspirée décrit avec grâce avant chaque sonate la gravure qui accompagne la partition. Le principe de la «scordatura» qui vise à changer pour chaque sonate l’accord de l’instrument provoque des sonorités nouvelles et des colorations tout à fait inhabituelles. Chaque sonate sonne ainsi neuve et exige une écoute ouverte sur des surprises. Jamais la rhétorique d’une musique devenue peinture n’a été aussi éloquente. C’est dans le deuxième groupe des mystères douloureux, la sonate n°6 le Christ au Mont des Oliviers, la sonate N°9 le portement de la croix et la sonate n°10 la crucifixion que l’émotion a été la plus prégnante. L’illustration magistrale des incertitudes des hommes et du combat intime en chaque homme entre ses aspirations les plus hautes et ses peurs terrestres primitives dépassent largement le simple catéchisme, pour parler à chacun de son intimité. Les trois mystères glorieux la sonate n°11 la Résurrection, la n°13 la Pentecôte et la n°14 l’Assomption de la Vierge tout aussi impressionnantes techniquement, n’ont pourtant pas retrouvé le niveau de spiritualité des précédents mystères. Pour le dernier morceau, une Passacaille exigeant une habilité «diabolique» Alice Piérot a su, on ne sait comment, garder une force intacte pour faire de ce moment une apothéose du violon revenu à son accord habituel et seul, sans basse continue. Ce fragile instrument a pu admirablement louer l’habileté et le génie des humains par l’intensité et la perfection du jeu d’Alice Piérot.

Il paraîtrait trivial de parler des prouesses techniques de ces superbes musiciens complices, tant toute virtuosité était oubliée au profit d’un plaisir à jouer communicatif, avec une impression de facilité déconcertante. L’entente entre les musiciens a été de tous les instants. Certes le violon est la vedette de ces sonates, car il est exigé de lui des prouesses techniques inouïes, mais la réalisation d’une riche basse continue est indispensable et en magnifie le jeu. Giuseppe Lo Sardo au violone est d’une concentration extrême et sa présence à la fois délicate et forte, en partenaire ému, est un soutien extraordinaire. Au théorbe Eric Bellocq a une sonorité rare et une précision hors du commun. Son jeu d’une grande sensibilité apporte de magnifiques couleurs. Tour à tour au clavecin ou à l’orgue Elisabeth Geiger fait preuve d’une souplesse admirable et d’une fine musicalité. Les échanges de regard entre ces musiciens étaient éloquents d’une entente magnifique à la fois musicale et probablement spirituelle.

Voici donc un très beau concert qui débute admirablement la série 2008 des rencontres de St. Guilhem. Il est possible de retrouver l’interprétation bouleversante de l’intégralité des sonates du Rosaire par Alice Piérot dans un superbe coffret Alpha.

Le cirque du

bout du monde à Saint-Guilhem-le Désert : Crédit photographique : © Hubert Stoeklin

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Saint-Guilhem-le-Désert. Abbaye de Gellone. 21-VIII-2008. Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) : Les sonates du Rosaire ; Alice Piérot : violon et direction ; Giuseppe Lo Sardo, violone ; Eric Bellocq, théorbe ; Elisabeth Geiger, claviorganum.

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