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Les territoires du son de Futura

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1948-2008 : Futura fêtait cette année le soixantième anniversaire de « l’invention du son » par Pierre Schaeffer travaillant alors dans les studios de la RTF de Paris ; ce festival international d’art acousmatique implanté à Crest nous invitait, pour sa seizième édition, à poursuivre l’exploration de mondes sonores inouïs

Festival international d’art acousmatique

1948-2008 : fêtait cette année le soixantième anniversaire de « l’invention du son » par travaillant alors dans les studios de la RTF de Paris ; ce festival international d’art acousmatique implanté à Crest nous invitait, pour sa seizième édition, à poursuivre l’exploration de mondes sonores inouïs initiée par ce génial découvreur à travers une programmation qui entendait « se faire l’écho du pouvoir révélateur du son sur l’imagination » comme le précise son nouveau directeur Vincent Laubeuf bouclant cette année sa deuxième programmation.

Courant sur quatre jours, du 21 au 24 août, l’édition 2008 embrassait les horizons les plus variés de l’univers acousmatique, ce monde sonore « invisible » révélé à nos oreilles par l’Acousmonium : en l’occurrence, il s’agit des quelques cents hauts parleurs du dispositif Motus que l’équipe de avait installés dans la grande salle des Moulinages de l’espace Soubeyran à Crest pour une projection idéale de ces images acoustiques aux poétiques très diversifiées. Si l’on y réentendait certaines œuvres de référence comme le Requiem (1973) de , la programmation accordait une large part aux figures émergeantes de la création acousmatique – couplée parfois à la vidéo – et proposait un portrait en trois concerts de Lionel Marchetti (né en 1967), un compositeur partageant son activité entre le travail de studio et l’improvisation. Parmi ces œuvres, on aura apprécié Adèle et Adrien, le livre des vacances, un mélodrame de 123’ parcourant thèmes et jeux de l’enfance. On remarquait également la présence de jeunes musiciens japonais, lauréats du concours CCMC08 de Tokyo auquel Futura est associé depuis quelques années.

Parmi les temps forts du festival, la création en « long métrage » (plus de 80 minutes !) de PH 27-80 de , cet acousmate virtuose qui réalise ici, en trois mouvements, la transmutation fantasmatique du « jardin de sons » de . Rendant un hommage appuyé au plus vieux maître de la musique concrète (né en 1927) qui vient de fêter ses quatre-vingts printemps, Dufour conçoit en effet le matériau exclusif de sa pièce à partir de 80 sons empruntés à l’univers de qui, cet été encore, ouvrait au public les portes de sa maison/musée parisienne pour faire entendre dans ses murs – couverts de « peintures concrètes » et recelant la plus belle sonothèque de la musique sur support – sa nouvelle œuvre miroirs du temps.

On pouvait réentendre d’ailleurs, en ouverture de la nuit blanche clôturant le Festival par neuf heures de musique non-stop, la première des œuvres que créa « chez lui » en 1997, Intérieur/Extérieur. Avec la finesse de son « toucher » et le dosage subtil des couleurs dans son travail de spatialisation des sources sonores, nous conviait à une exploration du lointain et de l’espace, matérialisant « le couloir imaginaire tracé pour l’aventure d’une sorte de cérémonie secrète » selon la formule de Pierre Henry.

A la barre de ce « bateau ivre » (la console de projection) abordant des rivages parfois tempétueux, Guillaume Contré donnait quant à lui la deuxième création d’envergure de ce Festival, Symphonie acousmatique une pièce très impressionnante, sorte de théâtre auriculaire en six mouvements du compositeur autrichien . Sous-titrée Brücken und Brücke, 1969-2007 (Ponts et ruptures), cette biographie acousmatique à haut voltage – Guillaume Contré n’a pas lésiné sur le volume des basses souvent poussées à l’excès – retrace en six « chapitres » trente années tumultueuses de création ; émaillée de citations (Michel-Ange, Wittgenstein, Hölderlin, Musil…) donnant ça et là quelques pistes sémantiques, l’œuvre nous immerge davantage dans le phénomène acoustique pour lui-même – la présence sonore d’une voix, la valeur émotionnelle de son timbre – jouant aussi avec virtuosité sur l’ambiguïté entre sons instrumentaux enregistrés (l’orgue, le violon…) et technologie sonore déployant ses effets fantasmagoriques.

Le plus « long métrage » de cette manifestation était bien évidemment la nuit blanche durant laquelle se relayaient à la console les sept interprètes de ce Festival : Une autre situation d’écoute à vivre de préférence allongé – Vincent Laubeuf nous promet à l’avenir une amélioration sensible du confort nocturne ! – où il n’est plus question de conscience du temps mais d’un véritable trajet initiatique dont chaque auditeur est invité à faire sa propre expérience. A tenter absolument !

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1948-2008 : Futura fêtait cette année le soixantième anniversaire de « l’invention du son » par Pierre Schaeffer travaillant alors dans les studios de la RTF de Paris ; ce festival international d’art acousmatique implanté à Crest nous invitait, pour sa seizième édition, à poursuivre l’exploration de mondes sonores inouïs

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