Récital de Sofya Gulyak

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Sceaux, Orangerie. 10-VIII-2008. Muzio Clementi (1752-1832) : Sonate en ut majeur « Quasi concerto » op. 33 n°3. Sergey Rachmaninov (1873-1943) : Élégie en mi bémol mineur, extraite des Morceaux de fantaisie op. 3 ; Variations sur un thème de Corelli opus 42. Franz Liszt (1811-1886) : Étude d’exécution transcendante n° 12 « Chasse-neige » S. 139 ; Étude d’après Paganini n° 3 « La campanella » S. 140. Johannes Brahms (1833-1897) : Intermezzo en la mineur op. 116 n°2 ; Capriccio en sol mineur op. 116 n°3. Maurice Ravel (1875-1937) : La valse. Sofya Gulyak, piano.

Festival de l’Orangerie de Sceaux

Lauréate du concours Long-Thibaut en 2007, Sofia Gulyak s’est vu engager pour plusieurs concerts au sein de festivals français parmi lesquels celui de l’Orangerie de Sceaux. Souvenons-nous également qu’ayant remporté le prix de l’Orchestre National de France, la pianiste doit être programmée en compagnie de celui-ci lors d’une prochaine saison.

Le programme de son récital du 10 août dernier était hétéroclite, et défendu de façon inégale. Œuvre décousue, la Sonate de Clementi n’était sans doute pas adaptée à la sonorité de la pianiste, trop dense pour en souligner la gracile virtuosité. Ce ne fût pas le cas des études de Liszt, qui prenaient sous ses doigts une dimension orchestrale : beaucoup auront perçu en Chasse-Neige une fresque verdienne. C’est que la puissance de n’a d’égale que la concentration de sa pâte sonore ; aussi excelle-t-elle dans les répertoires romantiques et post-romantiques.

Ses Brahms, denses, préludaient idéalement aux Variations Corelli de Rachmaninov, pièce majeure du programme. Parce qu’elle prend des risques – notamment par le choix des tempi – la pianiste ne laisse à l’auditeur aucun moment de répit. Jouées sans aucun maniérisme, ses variations se déroulaient à la façon d’un drame, où accalmies et précipitations sont sous-tendues par une même énergie. La Valse de Ravel est une œuvre de tous les défis. Défi technique – l’œuvre étant une des plus chargées du répertoire – mais aussi et avant tout défi architectural : la difficulté est grande de conduire la progression abyssale de l’œuvre. Aucune césure n’aide l’interprète à dégager une structure, pas un changement de mesure ne soutient la perception formelle de l’œuvre. n’a pas triché. Elle n’a pas cherché à assouplir la pulsation comme d’autres ont pu le faire – avec succès parfois. L’implacable balancement de la valse, de plus en plus scandé, était le moteur de son interprétation. Elle a réussi à tisser une grande valse faite de plusieurs autres, à laquelle la grâce initiale laissait subrepticement place à l’âpreté et à la dissonance finale, sans que la rythmique en pâtisse.

Remercions-là de son engagement artistique. ResMusica continuera de soutenir cette artiste que l’on espère entendre plus souvent.

Crédit photographique : DR

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