Musique au temps de Richelieu : l’ombre de la mort !

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Musique au temps de Richelieu. Musiques sacrées au temps de Richelieu : Œuvres de Guillaume Bouzignac (vers 1587–vers 1643) ; Nicolas Formé (1567-1638) ; Annibal Gantez (vers 1600-vers 1668) ; Antoine Bœsset (1587 – 1643) et anonyme). Musiques profanes au temps de Richelieu : Ballet de la Prospérité des armes de France (Récits et entrées dansées de Chancy, La Barre, …). Catherine Padaut, dessus ; Stéphane Lévy, haute-contre, Thomas van Essen, basse-taille ; Sydney Fierro, Basse. Petit et Grand chœurs de la Maîtrise de l’Institut Musical de Vendée. Le Chœur du Marais. La Simphonie du Marais, récitant et direction : Hugo Reyne. 2 CD Musiques à la Chabotterie. 605005. Code barre 3 760156 050058. Enregistré à Paris, salle Alustika du 24 avril au 3 mai 2008. Notice Français/anglais. Durée CD1 : 55’12’’CD2 : 52’12’’

 

La Vendée a proposé à et à à l’occasion de l’année Richelieu (fêtant le 400e anniversaire de la prise de possession par le Cardinal de Richelieu de l’évêché de Luçon), d’explorer la vie musicale que connu ce personnage qui fut au service du Roi musicien, Louis XIII.

Une souffrance et une émotion infinie émanent des œuvres de et de Nicolas Formé, qui forment l’essentiel des musiques sacrées évoquant ici, le siège de La Rochelle.

Six motets nous dépeignent la victoire des troupes royales. Cette dernière semble toutefois bien amère, tant la douleur, si intense générée par l’orgueil démesurée des certitudes, tue, anéantie, brise jusqu’au murmure que la mort emporte. Les œuvres composant cette évocation sont donc attribués à plusieurs compositeurs encore assez méconnus : les motets seraient de , le De Profondis d’Antoine Bœsset, le Te Deum étant anonyme ; Nicolas Formé, nous offrant dans sa Musica simplex, et un Domine salvum fac Regem, une vision noble mais torturée d’une musique si proche des tableaux du Caravage. Toutes ces œuvres forment un programme cohérent, évoquant tour à tour la vision des assaillants (les armées catholiques royales) et des assiégés (les armées protestantes), dans une messe conclusive à une guerre dont personne, sauf la mort, ne sort vraiment triomphant.

Les chœurs font ici un travail remarquable, tout en nuances et en sensibilité. De l’allégresse du Cantate Domino ou du Te Deum à la douleur qu’expriment dans un déchirement absolu les dissonances d’une grande liberté de Bouzignac, dans Heu ! Suspira ou O mors. De l’innocence des voix d’enfants, émergent les ombres qui viendront hanter un roi torturé par le remord.

Le Ballet de la Prospérité des armes de France, est probablement le seul ballet du règne de Louis Le Juste, ne laissant aucune part à la bouffonnerie, témoignage d’une fin de règne où le besoin d’affirmer l’absolutisme royal se fait d’autant plus pressant que l’état maladif du roi et les contestations qui s’élèvent de toute part, contre la politique de Richelieu, menacent un équilibre bien précaire. Ce ballet ne retient donc plus sous les allégories que l’expression de ce pouvoir. Le Ballet des Fées est bien loin.

La musique des compositeurs de Louis XIII (Chancy, La Barre, Mollier, Verpré, …) d’une grande solennité, laisse pourtant percer une infinie mélancolie. A l’image du roi, le récit de l’Harmonie nous en donne une des clés (Je règne quand chacun me suit, /Qui m’abandonne me détruit/…Qui m’abandonne se détruit). La partition incomplète a fait l’objet d’une restitution soignée nous révélant une œuvre aux détails d’autant mieux caractérisés dans chacune des entrées, qu’ n’hésite pas à mêler les bandes de violons ou des guitares, aux hautbois et basson. Ainsi les couleurs n’en sont que plus sensibles, le rendu sonore plus cohérent et d’une grande noblesse.

La polyphonie des récits porte cette mélancolie des airs de cour français, que les interprètes font vibrer, donnant aux allégories une réelle expressivité.

La mort du cardinal de Richelieu, suivit de celle du Roi devait entraîner le royaume de France dans les tragédies de la Fronde. Ce très bel enregistrement, évoque avec acuité et sensibilité, la fragilité de l’homme (fussent-t-ils Cardinal ou Roi) face au destin. Une belle réussite pour Hugo Reyne et qui remontant le temps, trouve dans un phrasé solennel, les couleurs et les lumières d’un monde en proie aux doutes et où les interprètes qui les accompagnent savent se montrer convaincant.

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