Igor, la puissance des décibels au service de vos lobes

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 19-IX-2008. Maurice Ravel (1875-1937) : Alborada de Gracioso ; Magnus Lindberg (1958) : Concerto pour violon et orchestre (création française) ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka (version révisée de 1947). Tedi Papavrami, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Lionel Bringuier.

Curieuse programmation que celle de ce vendredi 19 septembre 2008, donnée salle Pleyel. Selon le livret de programme le lien unissant Ravel à Lindberg et Stravinsky serait leur rayonnement international, sous titré «De Paris à Los Angeles» le paragraphe introductif nous indique que chacun de ces compositeurs ont eu leur heure de gloire dans chacune de ces villes où la musique classique a toujours pris une part importante dans la vie culturelle. Le lien se fait encore plus fort lorsque l’on apprend que le jeune chef d’orchestre invité a été nommé chef assistant de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles par son directeur musical qui n’est autre qu’Esa-Pekka Salonen, né à Helsinki comme … Lindberg !

Une fois les liens tissés et les destins croisés, reste à parler de musique. Œuvre archi connue du répertoire, l’Alborada de Gracioso de Ravel reste un grand moment de bonheur, à l’écoute tout d’abord puis par la qualité de l’orchestration. Le jeune chef en donne une version très énergique et précise que les qualités acoustiques de la salle mettent pleinement en valeur. Très séduisante mise en bouche avant d’entendre pour la première fois en France le Concerto pour violon et orchestre de . Le compositeur né en 1958 a effectué un séjour de 12 ans en France et a étudié avec Vinko Globokar et Gérard Grisey. fait alors son entrée sous les applaudissements d’un public mis en appétit. Si le style d’écriture de Lindberg reste très conventionnel par rapport aux avancées de la musique contemporaine, son concerto réussit à convaincre par une esthétique très soignée et un sens des proportions qui évitent à l’auditeur de sombrer dans une sorte de «déjà entendu» voire dans l’ennui. L’orchestration réduite à deux hautbois, deux bassons, deux cors et un ensemble de corde parvient même à nous donner l’impression de la présence d’un grand orchestre notamment par ses envolées scandinaves qui semblent rendre hommage à la Symphonie n°2 de Sibelius, la Finlande dans toute sa splendeur. a survolé la partition en maître là où il fallait parfois aller chercher les aigus à l’extrême limite et a réussi une communion parfaite avec un orchestre qui mettait finement en valeur les résonnances du violon. Le concerto a été très applaudi par un public en invitant le compositeur, le virtuose et le chef d’orchestre à de nombreux rappels avant la pause. offrait même au public une interprétation de l’Andante de la Sonate pour violon seul n°2 de Bach qui a littéralement médusé l’auditoire.

Il nous restait après l’entracte à entendre la fameuse Petrouchka, scènes burlesques en quatre tableaux de Stravinsky. On ne pouvait d’ailleurs terminer mieux la soirée qu’avec cette œuvre remplie d’humour mélodique mais aussi tonique. L’Orchestre Philharmonique de Radio-France au grand complet – le piano en plein milieu – a eu son heure de gloire sous la baguette toujours aussi aiguisée et énergique de . Tour à tour les soli d’instruments, les fracas des cuivres et percussions, la frénésie des cordes renvoyaient leur énergie vers un auditeur forcément ivre de bonheur, proche parfois de l’hilarité mais aussi impressionné par la puissance sonore de l’orchestration. Une grande soirée donc qui s’est tout naturellement terminée par un tonnerre d’applaudissements, la salle était pleine malgré le peu de promotion faite à ce concert. Il est vrai que les œuvres données attirent le public mais lorsqu’elles sont données par de grands artistes et de grands orchestres dans une salle à l’acoustique et l’esthétique aussi aboutis que Pleyel on ne peut que dire oui encore «on en veut !»

Crédit photographique : Lionel Bringuier © AFP/Getty Images

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