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Jón Leifs (1899-1968) : Edda I : Sköpun Heimsis (Première partie : la création du monde). Gunnar Guðbjörnsson, ténor ; Bjarni Thor Kristinsson, basse-baryton. Chœur de la Schola Cantorum (chef de chœur : Hörđur Áskelsson). Orchestre Symphonique d’Islande, direction : Hermann Bäumer. 1 SACD hybride BIS Records. Code barre : 7 318599 913506. Enregistré en octobre 2006 en l’église de Hallgrím, Reykjavik, Islande. Riche notice quadrilingue (français, anglais, islandais, allemand), livret bilingue (islandais, anglais). Durée : 55:29

 

Dans la Tétralogie, Wagner s’était mépris grossièrement sur l’héritage artistique du Nord en pêchant par excès de romantisme. Avec Edda I, , le premier compositeur «authentiquement» islandais entendait réagir à ce détournement et donner à la poésie ancestrale scandinave un écrin musical respectant sa nature rude et claire, austère, archaïque.

Edda, c’est-à-dire La création du monde est la première partie d’une œuvre qui était appelée à devenir une véritable tétralogie. Leifs rédigea dès les années 1930 le livret des trois autres volets La vie des dieux, Crépuscule, et Résurrection. Freiné par des écueils matériels et la difficulté de faire reconnaître son œuvre, Leifs acheva la composition d’Edda en 1939 et celle de La vie des dieux seulement en 1966. La présente parution d’Edda I est une première discographique.

Les wagnériens auront fait d’eux-mêmes le rapprochement du titre de l’oratorio avec la déesse de la terre Erda, et ils retrouveront dans les premières notes d’Edda I et de l’Or du Rhin la même volonté des deux compositeurs d’ouvrir leur œuvre gigantesque par une peinture de la création du monde. Là où Wagner prend l’option de démarrer sur un mi bémol imperturbable, comme sortant des profondeurs, Leifs choisit une évocation astronomique proche, façon «big bang», où une note stratosphérique est interrompue par une déflagration aux percussions. L’enregistrement, fidèle aux canons esthétiques du label Bis, restitue entièrement la dynamique spectaculaire souhaitée par le compositeur. Cette approche brute se poursuit pendant une vingtaine de minutes avant de céder la place à des atmosphères plus lyriques.

Lorsque Edda I fut partiellement et tardivement créée en 1952, elle suscita les quolibets de la part des partisans du sérialisme, qui tenaient alors le haut du pavé musical. Si l’emploi répétitif des percussions pouvait légitimement leur paraître rudimentaire voire pauvre, ils méconnaissaient que cette rusticité s’inscrivait dans une recherche de fidélité aux textes anciens. Cette primauté donnée à la dimension épique et culturelle du peuple islandais était d’un maigre intérêt pour des compositeurs à la recherche de nouvelles formes d’expression, alors qu’elle est aujourd’hui l’intérêt majeur de la démarche créatrice de Leifs.

Le compositeur a utilisé les poèmes ancestraux islandais, sans les modifier. De ce fait, le livret a été assemblé plutôt que rédigé par Leifs. S’il pourra paraître hermétique en comparaison du roman de la Tétralogie wagnérienne, venant des confins de notre civilisation européenne, il est d’une densité poétique autrement fascinante. Edda I trouve une interprétation idoine grâce à l’engagement et à la conviction d’une formation islandaise, qui sait qu’elle défend une pièce fondatrice de sa jeune culture musicale.

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Jón Leifs (1899-1968) : Edda I : Sköpun Heimsis (Première partie : la création du monde). Gunnar Guðbjörnsson, ténor ; Bjarni Thor Kristinsson, basse-baryton. Chœur de la Schola Cantorum (chef de chœur : Hörđur Áskelsson). Orchestre Symphonique d’Islande, direction : Hermann Bäumer. 1 SACD hybride BIS Records. Code barre : 7 318599 913506. Enregistré en octobre 2006 en l’église de Hallgrím, Reykjavik, Islande. Riche notice quadrilingue (français, anglais, islandais, allemand), livret bilingue (islandais, anglais). Durée : 55:29

 
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