Resmusica Rouge

Un miracle de théâtralité

Festivals, La Scène, Opéra

Pontoise, Cathédrale Saint Maclou. 19-X-2008. Marco da Gagliano (1582-1643) : La Dafne, fable en musique en un prologue et un acte sur un livret d’Ottavio Rinuccini. Avec : Anne Magoüet, Dafne ; Mathieu Abelli, Apollo ; Guillemette Laurens, Venere ; Daphné Touchais, Amore ; Benoit Porcherot, Tirsi ; Marc Manodritta & Philippe Roche, Pastori. Ensemble Fuoco e Cenere ; viole de gambe et direction  : Jay Bernfeld.

Festival baroque de Pontoise

La rédaction avait déjà été enthousiasmée par la découverte de cette Dafne dans une interprétation de toute beauté et la recommandait chaudement. Retrouver en concert la fine équipe de ce superbe CD, presque à l’identique, a été un émerveillement de chaque instant. Le dernier concert du XXIIIe festival de Pontoise consacré aux métamorphoses ne pouvait être mieux choisi car le mythe de Daphné qui fût changée à sa demande en laurier pour échapper à la fougue amoureuse d’Apollon est peut être la plus connue des métamorphoses d’Ovide. C’est en tout cas dans une forme particulièrement théâtralisée qu’elle est proposée dans cette admirable partition de Gagliano. L’interprétation était déjà proche de l’idéale dans l’enregistrement. La familiarité des artistes avec cette œuvre à travers une série de concerts leur a permis ce soir une sorte d’incorporation naturelle du style, et une théâtralisation de la partition qui révélait son dramatisme délicat. Quel confort d’écoute dès les premières notes jouées, flûte et violon rivalisant de grâce et d’élégance ! Mais également dès les premiers mots chantés aussi naturellement que s’il parlait par . L’autorité naturelle de ce jeune ténor qui possède une voix très agréable et une diction idéale lui vaudra ensuite d’être un Apollon qui n’a pas besoin de chercher à s’imposer car il domine. Le couple Venus-Amour avec de simples gestes et des échanges de regards aura tout du long une présence théâtrale gracieuse et pleine d’humour. est idéale d’opulence et d’onctuosité vocale en Venus et son petit Amour a par la voie fraîche et la jolie présence de toute la finesse et toute la rouerie attendue de la part de cet enfant aveugle et nu qui va donner une bonne leçon à Apollon dans sa suffisance. Daphné a le timbre radieux et le charme de Anne Magoüet on ne peut regretter qu’une chose, c’est que son rôle soit si court. Mais on retrouve sa voix et sa musicalité dans les ensembles madrigalesques qui sont disséminés dans la partition. La théâtralité de tous les instants est aussi l’œuvre des autres chanteurs admirables en tous points, surtout qui évoque avec sa belle et large voix toutes les basses à venir de l’opéra. La virtuosité de tous les chanteurs à passer du recitar cantando, aux arias, aux duos et aux madrigaux est un régal rare. Même les enchaînements ont trouvés leur évidence et leur naturel au point que la pièce semble n’être qu’une partition continue respirant de temps en temps. La direction de Jay Bernfeld et le soutien de son jeu à la viole de gambe est d’une autorité amicale semblant toujours relancer le mouvement. Tous ses complices répondent à la moindre de ses sollicitations et parfois anticipent. La souplesse du jeu et du geste est une des caractéristiques de ce chef musicien. Bien qu’aucun instrument ne soit doublé le volume sonore est confortable et surtout la précision instrumentale est absolument fascinante. Les timbres se marient ou s’opposent avec un jeu de couleurs particulièrement riche.

La souplesse du tempo a un charme exceptionnel permettant à la parole de s’écouler avec un grand naturel, fidèle au projet de la composition selon les canons de l’Accademia degli Elevati.

Une émotion musicale et théâtrale intense a été diffusée par ces artistes complices à un public conquis. En somme il y avait d’avantage de dramaturgie naturelle et de théâtralité dans ce concert que dans toute la représentation scénique d’une tragédie lyrique vue la veille !

Crédit photographique : Jay Bernfeld © Guy Vivien

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