Éditos

Le complexe de la Princesse de Clèves

 

Edito

«Culture» devient de plus en plus un gros mot, à croire que nombre de politiques en sortiraient leurs Taser © rien qu’en l’entendant.

L’exemple vient d’en haut : en 2006 le Ministre de l’Intérieur devenu Président de la République a voulu nettoyer certains concours de recrutement au Karcher © : «Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves» (discours devant les militants de l’UMP, 23 janvier 2006, Lyon). Depuis le Ministère de la Culture réduit les subventions, en accord avec son budget. Théâtres lyriques et scènes nationales ont eu très chaud ces derniers mois. Avignon avait cru sauver son opéra, mais c’est son orchestre qui est aujourd’hui sur la sellette. Le Théâtre Impérial de Compiègne va devenir un garage à spectacle. Qui sera le prochain sur la liste ?

Car le complexe de la Princesse de Clèves, donc d’un art exigeant, d’une culture qui s’acquiert par l’effort intellectuel, touche toute la politique, droite comme gauche. La démocratisation de la culture a toujours bon dos quand elle sert de cache-misère à la démagogie. L’exemple du Châtelet à Paris est éloquent : Monkey, journey to the west, La Generala, The fly, Le chanteur de Mexico, autant de ratages de productions onéreuses. Loin d’en prendre la leçon, Christophe Girard, adjoint aux affaires culturelles de la ville de Paris, entend persister : les suppressions sont à venir pour 2009, dont les concours internationaux (lire la réaction de Claude Samuel) mais l’article de Morgane Bertrand dans ParisObs est éloquent. On peut y lire au dernier paragraphe que l’avenir de l’Ensemble Orchestral de Paris sera incertain. Pourquoi supprimer un orchestre au moment où jamais la construction d’une grande salle de concerts n’a semblé si probable ? Voilà bien une logique qui nous échappe.

D’un autre coté l’argent coule à flot, comme l’inauguration du 104 ou la rénovation de l’Opéra-Bastille (du moins de sa couverture extérieure). Mais pour combien de projets pharaoniques et tapageurs le tissus culturel va-t-il se réduire ? Combien d’opéras de province présentent plus de six productions scéniques (contre huit il y a une dizaine d’années) ? Les coproductions fleurissent, au détriment de la diversité – et donc du renouvellement du répertoire et de l’emploi des intermittents. Ainsi le même Rigoletto a été vu en moins de deux ans à Marseille, Avignon et Toulon. Le songe d’une nuit d’été de Britten a été donné à Nancy, Caen et prochainement Toulon, dans la même mise en scène et la même distribution.

Le complexe de la Princesse de Clèves n’épargne personne… Dans les six motions des prétendants à la direction du Parti Socialiste, la culture y reste étrangement absente. L’avenir est sombre. Don Morrisson il y a un an dans le «Time magazine Europe» clamait la mort de la culture française. Nous ne serons pas autant pessimistes, d’autant que les arguments de ce journaliste américain sont largement contestables, mais la série de valses-hésitations en matière culturelle de nos politiques ne peuvent nous empêcher de citer la Marquise de la Fayette, faisant ainsi parler Mademoiselle de Chartres : «je fais aujourd’hui le contraire de ce que je résolus hier».

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