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Masaaki Suzuki et le Bach Collegium Japan, la subtilité japonaise au service de Jean-Sébastien Bach

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 13-XI-08. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Cantates BWV 102 & BWV 140 ; Messe brève en sol mineur BWV 235. Hana Blazíková, soprano ; Robin Blaze, alto ; Jan Kobow, ténor ; Peter Kooij, basse. Bach Collegium Japan, direction : Masaaki Suzuki.

, l’un des grands spécialistes actuels de Jean-Sébastien Bach, a choisi d’ouvrir le concert avec deux cantates. L’harmonie d’ensemble, qui a culminé dans le chœur d’introduction de la Cantate BWV 140 et dans la Messe brève en sol mineur, s’est instaurée progressivement. En dépit d’une indéniable finesse d’interprétation, certaines pages de la Cantate BWV 102 manquaient de liant ou de plénitude et certaines intonations sonnaient un peu faux. L’air d’alto, interprété par le contre-ténor , s’est toutefois élevé avec une grande pureté de timbre. D’émouvantes dissonances sont apparues lors de ce dialogue avec hautbois. Le texte du choral final a été scandé par le chœur avec clarté, illustrant l’idéal d’intelligibilité baroque. Aidé par un petit effectif soigneusement choisi ainsi que par la couleur des instruments d’époque, Suzuki a pu effectuer un travail subtil sur la pureté du son.

Mais c’est avec le chœur d’introduction de la Cantate BWV 140 que Suzuki et ses musiciens nous ont livré la mesure de leur talent. Le mouvement d’entrée s’est déployé avec un accord harmonieux entre les parties. Les solos de hautbois, de violon piccolo et le timbre du cor naturel se sont fait entendre au-dessus d’un continuo de qualité. Le chef a fait preuve d’un sens très juste des couleurs harmoniques et d’une capacité à aérer ses phrasés dans les sections polyphoniques et fuguées. Le timbre clair et limpide de la soprano Hana Blazíková a donné une grande fraîcheur aux deux duetti entre l’âme (soprano) et Jésus (basse). L’interprétation du célèbre « Choral du veilleur », où le ténor concerte avec le thème rayonnant des violons et des altos, était plus neutre. Peut-être l’élan d’ensemble du premier chœur était-il moins présent dans le choral final, rejoué en bis, qui s’est déroulé sur une basse régulière de croches.

Suzuki a donné en deuxième partie une version raffinée de la Messe brève en sol mineur. Le Kyrie, qui réutilisait des fragments du premier chœur de la Cantate BWV 102, s’est déployé avec une grande plénitude sonore. Le Gloria était à la fois dramatique et jubilatoire : Suzuki a su en animer le tissu d’imitations contrapuntiques, de mélismes et de vocalises. L’interprétation de la Messe a culminé avec le brillant chœur final. Suzuki a dirigé avec beaucoup de musicalité cette délicate polyphonie : la maîtrise des plans sonores à conféré une ampleur et une clarté aérienne aux sections fuguées. Les entrées successives des basses, ténors, altos puis du timbre aigu des sopranos ont été rendues avec une précision remarquable. Suzuki a terminé le concert sur un tour de force musical. Sa maîtrise du matériau musical ainsi que la subtilité et la sobriété des effets font de ses interprétations baroques des versions de référence.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 13-XI-08. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Cantates BWV 102 & BWV 140 ; Messe brève en sol mineur BWV 235. Hana Blazíková, soprano ; Robin Blaze, alto ; Jan Kobow, ténor ; Peter Kooij, basse. Bach Collegium Japan, direction : Masaaki Suzuki.

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