Artistes, Entretiens

Kamas, la femme poisson

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A l’occasion de la parution de son disque auto produit «Linda», ResMusica est allé à la rencontre d’Anne Cammas alias Kamas. Artiste accomplie, bercée par le théâtre et la musique dès l’adolescence, elle nous parle de son itinéraire d’artiste intermittent avec tout ce que cela comporte de joies et de difficultés. Femme de projets, en perpétuelle quête du progrès personnel et du bonheur à partager avec le public, Anne nous dévoile les différentes facettes de la femme d’aujourd’hui, pleinement investie dans sa vie personnelle et sa carrière professionnelle.

 

Les entretiens Jazz/Pop/Rock

ResMusica : Pouvez-vous nous parler un peu de vos origines et de vos liens avec la musique ?
Kamas : Je suis née à Cahors dans le Lot. Mes parents n’étaient pas particulièrement attirés par la musique ni par les arts en particulier mais ont toujours manifesté une certaine curiosité. Plus tard, mon père s’est occupé d’un festival de musique classique à Gourdon «Les Rencontres Estivales». Il y avait des concerts, dont toute une série dans les petits villages environnants où les paysans venaient découvrir la «grande musique». Il y avait une grande curiosité partagée et généralement les concerts se terminaient autour d’un verre de vin et d’une tartine de pâté. J’ai vu quelques concerts magnifiques à cette époque. Mais à la maison on était plutôt chanson française. Il n’y avait pas de disque, on écoutait surtout la radio, dès qu’il y avait du Jazz, c’était tout de suite «ça c’est super !». J’ai une culture «chanson française», issue de la radio et de la télévision et mes parents ne m’ont jamais poussé à faire des études de musique en particulier. ( Il faut dire que j’habitais un petit village, et qu’il n’y avait guère la possibilité de faire de la musique).

RM : Quand est alors apparu ce goût pour la musique ?
K : J’ai découvert le théâtre et la musique en même temps. Au lycée de Cahors. Il y avait un surveillant, Claude Martinez un peu fou qui adorait Ariane Mnouchkine. Il est toujours metteur en scène et continue son travail dans le sud de la France. Avec lui, je découvrais les improvisations, les échauffements physiques, les créations collectives. Pendant cette période j’ai aussi chanté mes premiers textes avec un autre pion, qui lui composait ses chansons. C’était en 83-84.

RM : Suite à cela, vous allez à l’Université et vous rencontrez un groupe de Jazz…
K : Oui, j’ai commencé mes études de Lettres. Le théâtre restait une porte ouverte sur l’expression jusqu’au moment où la musique à pris une plus grande place. J’ai rencontré un tromboniste qui avait un groupe de Jazz Nouvelle Orleans «l’Aristofan New Sextet» et avec lequel j’ai commencé à chanter. On était tout de suite payés pour jouer, je trouvais ça génial, et comme le groupe existait depuis quelques années on avait pas mal de concerts dans la région autour de Midi Pyrénées. Ce groupe m’a tout de suite amenée à avoir une formation sous mon nom en quartet où je chantais des standards de Jazz. J’étais à l’Université, je faisais des études de Lettres et en même temps, je jouais… C’était une activité parallèle qui prenait beaucoup de ma personne. Mais c’était merveilleux car je faisais mes études et j’étais payée pour chanter. J’étais super heureuse !

RM : Et tout cela, sans jamais prendre de cours de musique ?
K : J’étais très sensible à cette musique sans la connaître véritablement. Les choses se sont faites comme ça. Il y avait quelque chose d’assez naturel. J’ai grandi et appris les choses en les faisant, en écoutant de la musique, en rencontrant des musiciens, de façon très intuitive. En autodidacte. Avec l’envie d’y aller sans tabou avec l’innocence de la jeunesse, le plaisir de faire, de chanter. Puis petit à petit j’ai entrevu les difficultés de cette musique, je trouvais formidable d’improviser, je le faisais à ma manière et j’étais indéboulonnable d’assurance !

RM : Puis vous avez eu envie de réaliser vos propres textes en français … Et au début des années 90 vous gagnez le prix de Radio France à Périgueux.
K : Cela a été très rapide. Les choses s’enchaînaient et chanter en anglais m’a très vite lassé. J’ai eu envie de faire mes textes en français sur des standards de Jazz, toujours pareil. J’avais le souci de m’adresser aux gens réellement par des textes assez simples dans la mesure où dans le Jazz les phrasés sont de telle sorte qu’il est difficile de développer une idée comme on l’entend avec la chanson. Là, l’objectif était de jouer davantage sur les mots, sur les syllabes, s’amuser avec la langue. J’ai monté un quintette «Anne Cammas Quintet» avec un chanteur- guitariste Philippe Rigal, qui écrivait aussi les textes.. Nous avions crée un projet, «Duo choc pour chansons chics». Et c’est là qu’on a gagné le prix de Radio France dans les années 90-91 avec un concours à Périgueux qui s’appelle «la Truffe de Périgueux». Il y avait notamment dans cette «promotion» Linda Lemay ainsi que Peio Serbielle qui concouraient. On a gagné ce concours avec un thème traditionnel Shivers une histoire de poule dans un poulailler, c’était assez drôle je crois, on avait fait une mise en scène et voilà … ça a été un moment chouette !

RM : Puis vous arrêtez les études pour vous retrouver à Paris et là, c’est la rencontre avec Nino ferrer…
K : J’ai été présentée par une amie chanteuse Magali Piétri qui travaillait avec lui depuis déjà de longues années. Il cherchait des choristes et voulait remplacer certains instruments par les voix. Nino voulait faire une série de concerts il avait rappelé les Leggs, son groupe anglais des années 70. Pour la tournée on a fait une trentaine de concerts. C’était dans les années 94-95 environ 10 ans après les débuts au lycée. C’était une bonne école, et cela demandait un travail vocal assez inédit pour moi. Ça a été assez difficile parce qu’on était trois chanteuses lead, et le travail était extrêmement précis. C’était complexe, on a beaucoup travaillé pour trouver un son. Ma tessiture était toujours la voix intermédiaire, la voix qui ne ressemble à rien, bizarroïde, si elle est seule mais qui est réellement importante pour faire le lien entre la voix aiguë et la voix basse, entre la mezzo et la soprano. L’album s’appelait «Concert chez Harry» extrait des concerts juin 95. C’était son dernier album, live en studio

RM : Après cette tournée, vous vous remettez au théâtre en créant un spectacle pour enfant…
K : J’ai travaillé en 1995 dans une compagnie de théâtre à Villiers le Bel. J’ai surtout travaillé pour le jeune public, la petite enfance. Dans la compagnie ACTA sous la direction Agnès Desfosses. On a été précurseur avec un projet qui s’appelait «Sous la table» pour les petits de 18 mois à 3 ans. Les gens étaient toujours très étonnés que l’on puisse créer pour des tout petits.
Ce fut une grande et belle aventure, on a beaucoup tourné, à l’étranger (Lisbonne, Porto, Berlin, Hambourg, Madrid …) et en France. C’est un spectacle (car il tourne toujours, avec une autre équipe) autour de la marche, les enfants avaient deux choses «en plus» que le sirein et la sirène n’avaient pas… Des pieds ! C’était déjà une histoire de sirène (sourire), conçu avec des petites phrases poétiques dans l’évocation, la suggestion, bien plus que dans une narration typique. Le tout reposait surtout sur le jeu d’acteur avec une grande proximité avec notre public. On jouait comme de vous à moi, les yeux dans les yeux et pour le coup les émotions étaient souvent fortes.
C’était une grande expérience et j’ai beaucoup appris. Dés 9h du matin on jouait pour 40 enfants qui vous regardaient comme un ovni. Pour la plupart c’était leur premier spectacle et j’ai toujours eu avec mon partenaire Thierry Gary le désir de donner plus qu’une représentation… On avait comme une «responsabilité», qui se terminait à l’issue de la séance sous les baisers de nos spectateurs, ce que je déplore d’ailleurs à la fin de mes concerts !! Puis j’ai participé à d’autres projets avec la Cie Acta, de théâtre mais aussi des actions tournées vers les jeunes, les femmes à VlB. J’ai fait d’autres projets plus contemporains, notamment autour de la danse… Puis aussi des voix, un peu de doublage. Il faut savoir se diversifier pour vivre dans notre métier !!

RM : En 1999, vous avez l’idée d’un projet musical
K : Effectivement, j’ai écrit un projet, qui s’appelait – Ô le pied – avec deux musiciens du CNSM de Paris, et Samuel Sighicelli. On a essayé de monter un projet autour de mes textes. L’univers sentait le cirque, la fête foraine. Une bateleuse, qui invitait le public à entrer dans son univers, elle promettait monts et merveilles et quand finalement les gens étaient prêts à entrer le spectacle était terminé. Le public entrait alors»dans ces promesses prometteuses !!» et vlan ! il se retrouvait dans la vraie vie, puisque à partir de ce moment là, notre spectacle était terminé. C’était un peu l’idée de ce spectacle. J’ai joué «Ô le pied» assez peu, mais suffisamment pour avoir le sentiment d’avoir accouché d’un projet personnel.

RM : Après ce projet, vous faites quelques stages de musique improvisée où vous croisez notamment Meredith Monk…
K : Oui j’ai fait des stages avec Meredith Monk, Phil Minton, Lydia Lunch…C’était une découverte. Je découvrais une voix inconnue, où tous les sons devenaient intéressants, la matière. Jouer avec la matière sonore. J’ai adoré faire ça, c’était formidable car j’ai eu vraiment le sentiment de découvrir une autre façon de faire de la musique. Un peu plus tard j’ai rencontré Olivier Lagodski, tromboniste avec qui j’ai fait un jour une séance d’improvisation. Cela nous a plus et je lui ai proposé de faire des chansons, sur un mode un aléatoire, ludique… «Allez, on invente des chansons ? !» Nous nous sommes pris au jeu, puis réunis Flavien Godon à la batterie, Philippe Thibaut à la contrebasse, et Sophie Leroy à l’accordéon. Nous avons joué au Cirque Electrique, Divan du Monde, Studio de l’Ermitage…Et nous avons sorti un e. p. en 2004 La femme qui pleure.

RM : Puis c’est la rencontre avec le guitariste Nicolas Puaux
K : Je désirais travailler depuis longtemps avec un guitariste. Bizarrement je ne trouvais pas de guitariste alors qu’il y en a beaucoup (sourire). Loris Bernot, qui plus tard a réalisé notre album Linda, nous a mis en contact.. J’ai été très emballée par les propositions de Nicolas, ses qualités de mélodistes et d’arrangeur, ainsi que le son et l’énergie qu’il déploie. Avec Olivier Lagodski, j la rencontre a été aussi réussie. Olivier est sur d’autres modes, il apporte plus de fantaisie et nous surprend par ses solos, ses choix harmoniques. A nous trois il y a une forme de complémentarité indéniable, nous venons d’univers musicaux différents, et j’ai la chance de pouvoir m’exprimer pleinement grâce aux Corbeaux. Je tiens beaucoup à ce format, guitare, trombone, voix. On a fait ce projet Linda qui est sortie de manière confidentielle au mois de mai 2008 parce que c’est un projet auto produit réalisé suite à la création qui a eu lieu à Cahors.

RM : Parlez-nous de ce retour à Cahors
K : Une de mes amies, qui habite Cahors a crée un «Festival des jardins». La spécificité de son projet est d’ouvrir au public les jardins privés. Elle m’a invitée lors du premier festival et j’ai chanté quelques reprises, pieds nus dans un jardin, des chansons de jardins !. Au deuxième festival, elle m’a demandée si je pouvais faire une création autour du thème de l’eau. J’ai réuni des Haïkus et des quelques chansons à moi qui existaient déjà. Les Haïkus sont des petits poèmes japonais, très courts. Ce sont en général des tercets de 17 syllabes, qui évoquent la nature. «Au printemps qui s’en va» de Matsuo Basho, grand poète du 17e siècle. Ou bien «Le souffle de l’automne» de Ryokan. J’ai assemblé le tout, et puis une sirène est apparue.

RM : La sirène est un thème qui vient aussi de votre premier spectacle ?
K : Sincèrement je n’y ai pas pensé. J’ai plutôt organisé les choses pour qu’elles racontent une histoire. Au début il s’agissait d’une performance, dans un jardin. Il me fallait donc une matière souple, assez organique et techniquement facile à réaliser. C’est ainsi que sont apparus les ballons à eau pour faire des percussions, des cailloux et tout l’inventivité des musiciens pour faire sonner leurs instruments en ferraille déglinguée, en souffle sauvage… Suggérer et surprendre ! C’était aussi l’occasion de faire une reprise parce que je suis toujours contente de chanter des chansons du répertoire français, Quand on se promène au bord de l’eau, par exemple ça fait partie de ma culture et puis c’est un petit clin d’œil, j’aime bien le faire à ma façon, comme je l’entends.

RM : Toutes ces chansons ont été créées pour le festival ?
K : Oui à Cahors, tout ce qui est dans l’album «Linda» a été chanté lors de ce festival. Le studio nous a permis de retravailler en profondeur la matière sonore, d’arranger différemment certaines chansons comme Eaux, sur l’album il y a Julien Pouletaud qui fait du Beat box et qui n’était pas là pendant la création. Ni le batteur, Antoine Puaux. Mais la sirène, elle était bien là. Déjà à Cahors elle parlait allemand ! Pour la chanson «Eau», j’ai joué sur le son, et j’ai fait une liste de mots aussi éloignée que O-bépine, O-delà, O-lit et tout de suite… c’était parler de l’eau sur chaque mot, sur chaque première syllabe du mot. Les gens me disent que «Eau» pourrait faire un tube mais je n’ai pas encore eu de retour satisfaisant des médias que j’ai contactés. De toute façon, je pense que c’est un projet un peu singulier. Un premier projet assez conceptuel au fond.

RM : Il est aussi beaucoup question d’alcool, whisky, bitter campari, champagne, etc.
K : Il n’y a pas de champagne, mais du rhum ! Du bitter Campari, du whisky, que des trucs qui nous font oublier ce monde cruel ! A vrai dire je n’avais pas pensé à ça J’aime beaucoup le cinéma, la brume au-dessus de l’eau, le côté un peu sombre, la face cachée où les gens boivent un coup et tentent de rester dignes parce que … Qu’est ce que vous voulez faire dans ce monde de brutes ? L’atmosphère n’est pas franchement gaie, elle est sombre. Mais pour moi, c’est plus inspirant que des endroits jolis et nickels.

RM : Définiriez-vous votre album comme un album de Jazz ? 
K : Mon album n’est pas un album jazz. Nous avons travaillé avec une grande liberté, essayant de trouver un ton juste pour les parties narratives. Que ça reste musical, et que l’on ressente l’espace de cette sirène. Je suis très fan de Tom Waits, que j’aime énormément et qui m’inspire beaucoup. J’ai parfois pensé à lui, surtout avec les guitares noisy qui ont été une sorte d’écrin pour notre sirène. Nicolas Puaux avait des idées précises sur comment il comptait procéder mais je dois dire que I am big in Japan m’a pas mal inspiré pour les parties narratives. Je voulais que l’on soit atteint par la nostalgie de cette femme. Par sa solitude aussi. C’est plus amusant que parler du bonheur. «Les gens sont heureux, c’est formidable», et il n’y a plus rien à dire. Qu’est ce que vous voulez dire après ? C’est fichu, il n’y a plus rien à dire….

RM : Une chanson gaie ça peut être sympa aussi non ? La thématique de l’album c’est quand même l’amour, l’amertume, jamais l’amour ne rayonne vraiment …
K : Oui absolument, mais en fait, je ne résonne pas tellement en terme de «gai ou de triste», je pensais plutôt raconter une histoire. Mais vous m’avez dit vous-même que vous aviez ri sur le passage en allemand, donc vous voyez, tout n’est pas perdu (sourire). En fait je cherche davantage à transmettre une émotion. C’est mon projet. Et pour la gaieté, j’ai l’impression que Charles Trenet est le poète qui réussit le mieux cet exercice !

RM : Vous avez parlé de l’imagerie du cinéma, qu’est ce qu’elle vous apporte ?
K : Beaucoup. On parlait alcool tout à l’heure, Peut être que le ciné a contribué à cette imagerie. Des bars enfumés, des verres de gin, des cigarettes blondes… Des femmes sublimes, fatales, des hommes en imper…. Des bastons, des coups de pétards. Le cinéma ne se résume pas à ça, heureusement d’ailleurs, mais là je pensais surtout aux films des années 40. Casablanca, les Enchaînés… Avec des créatures ! Et puis quand j’écris une chanson, j’essaie d’assembler des images, comme pour un petit film. Pour «L’inconnu vînt à la ferme» les gens écoutent avec beaucoup d’attention, et suivent le déroulé de l’histoire, j’aime bien.

RM : Pourquoi cette tête de poisson sur la couverture du disque ? Ça fait un peu étalage de poissonnerie quand même … Un peu vente à la criée !
K : Mais oui ! Vendons cet album à la criée ! J’adorerai ! Trouvons de nouvelles méthodes pour nous rendre intéressants !! Ben ça moi ça m’a plu, l’image est forte, la preuve vous me posez la question. C’est ce que je trouvais intéressant parce que nous sommes dans un monde entouré d’images et je me suis dit au moins «on va le voir !» Au fond ce n’est qu’un poisson ! Une tête de poisson ! Il y a des gens qui ont trouvé ça formidable, d’autres ont trouvé cela terrible parce qu’ils ne savaient pas trop comment le regarder. Après avoir présenté plusieurs projets de maquettes aux musiciens tout le monde a trouvé que d’un point de vue visuel, la tête de poisson c’était clair, c’était fort … Des gens qui y ont vu des espèces d’animaux un peu étranges comme un dinosaure, ça a été une grande source de discussion mais il faut faire des choix … Avec Damien Morel D’Arleux, le graphiste nous avons aussi travaillé aussi sur une image de sous-marin échoué au fond de l’eau avec des algues, comme une sorte de maison de sirène mais finalement ça racontait trop de choses. Finalement nous sommes arrivés assez vite à ce petit poisson. C’est un parti pris, je peux entendre qu’il soit discutable.. Mais il nous à plu à tous ! C’est quand même le contenu du disque qui est le plus important, nous sommes bien d’accord, maintenant si notre pochette est un hameçon qui attire les curieux….

RM : Et pourquoi «les corbeaux» pour le nom du groupe de musiciens qui vous accompagne ?
K : Je les ai appelés les corbeaux, car ce sont des oiseaux très malins, qui ont très mauvaise réputation ce qui ne me déplait pas. Les corbeaux sont fins, subtils, intelligents et habiles! Comme mes oiseaux ! Et puis parler des corbeaux et voir un poisson, ça nous a beaucoup amusé !

RM : Vous faites des concerts actuellement ?
K : Nous avons fait un concert au Studio de l’Ermitage pour la sortie de l’album. Nous allons jouer à Toulouse et nous cherchons des concerts à Paris, toujours. Nous avons joué tous les jeudis du mois d’octobre, au Living b’Art dans le 18ème, à Paris. C’est comme une boutique. Quand vous jouez, les gens dans la rue vous regardent, un endroit pas mal pour découvrir des chanteurs. Caroline Guaine, m’invite régulièrement, et je dois dire que j’aime beaucoup jouer là-bas. Puis nous irons jouer en mars prochain à Toulouse, au théâtre du Grand Rond. Nous avons déjà été invités l’année dernière pour une série de concerts. C’est un théâtre mais qui à la particularité de présenter des concerts avant les spectacles. Nous proposons en général, un format assez court, mais l’intérêt est de rencontrer un public différent de celui des cafés concerts. Nous présentons notre disque, et nous jouons une semaine entière. Actuellement je suis en train de préparer un deuxième album, qui cette fois sera composé uniquement de chansons. Une façon de jalonner le travail et de mettre en valeur l’expérience acquise, de progresser, même si cela reste un défi de produire des disques aujourd’hui. Je peux me permettre d’auto produire mes projets donc je le fais. Les gens achètent le disque dans les concerts, par l’intermédiaire de notre MySpace et aussi par mon site. J’ai tenté de contacter des distributeurs mais ils ne répondent guère …

RM : Nous allons terminer cet entretien par un petit questionnaire de Proust qui aidera nos lecteurs à mieux cerner votre personnalité, si vous étiez ? 

1. Un peintre
K : Kees van Dongen parce que j’aime bien ces femmes, grandes bouches, les yeux toujours très noirs, qui symbolisent la femme, vraiment La Femme. Entre prostituées, femmes du monde. Entre les deux. Alors on peut se laisser aller et l’imagination fait le reste.

2. Un écrivain
K : Céline, j’aime beaucoup Céline, c’est beau ce qu’il écrit, et très inspirant, l’univers qu’il décrit, la nature humaine. Je parle de Céline l’écrivain, je ne parle pas de l’homme … J’aime beaucoup la littérature et la poésie, c’est très inspirant.

3. Un héros ou une héroïne
K : Zorro, sans hésiter, j’adore Zorro, beau garçon, pas Banderas, non, moi c’est surtout le vieux Zorro, la cape, il défend le faible et l’opprimé, il est formidable, il a une double vie, je trouve ça pas mal …

4. Un livre ?
K : Le dictionnaire, je trouve cela magnifique, n’importe lequel, parce que quand vous compulsez le dictionnaire, il y a des mots qui résonnent comme une langue étrangère. Ce qui me fascine dans la langue c’est que toute chose a un nom. Ca existe, c’est nommé. La précision ouvre l’imaginaire, tout d’un coup et c’est sans fin et c’est à chaque page. Il y a forcément un mot que vous n’avez jamais lu de votre vie. Les définitions, je trouve ça toujours incroyable.

5. Un réalisateur de cinéma ?
K : J’en ai plusieurs, j’aime bien Robert Bresson. Je vais choisir Bresson pour cette fois. Il y a un côté très radical dans son cinéma que j’aime. Il a une langue, il donne à voir une vérité sans être réaliste. Et pour moi c’est ce qui me touche le plus. «Une femme douce», «Mouchette», «L’argent»… Il nous emporte, loin. Loin du quotidien et près de l’humanité.

6. Un acteur (ou actrice) ?
K : Je pense à James Cagney, un acteur fort et racé pour la puissance du jeu. Dans L’enfer est à lui il joue un gangster fou, cruel et sans pitié qui a des maux de tête violents. Il fait des crises énormes revient se faire bercer par sa mère, elle-même sorte de Ma Dalton. Le contraste est juste saisissant, Cagney passe d’un registre à l’autre avec une grande élégance. Comme actrice, Ingrid Bergman, je l’ai vue récemment dans «Les amants du capricorne» d’Hitchcock elle est magnifique. Vous la regardez et vous êtes juste transporté par sa beauté par son jeu subtil.

7. Un poète?
K : J’aime bien Henri Michaud. Mais récemment, je suis retombée sur les «Contemplations» de Victor Hugo et ce que je trouvais indigeste à une époque est devenu tout d’un coup plus lumineux, plus lisible. J’ai toujours beaucoup d’intérêt pour la poésie car elle suggère toujours des images, et nous rappelle la beauté de la langue… Après il faut essayer d’écrire des chansons !

Pour en savoir plus sur Kamas :

http : //www. kamas. fr

http : //myspace. com/kamasetlescorbeaux

Propos recueillis le 12 novembre 2008

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