Artistes, Entretiens

Cantillon à la recherche de Guillaume

Plus de détails

Après avoir connu le succès avec son groupe Kaolin, Guillaume Cantillon s’est lancé dans l’aventure d’un premier album solo (lire notre chronique). ResMusica est allé à sa rencontre afin de mieux cerner la personnalité de cet artiste complet et d’en savoir plus sur ses motivations et l’avenir qu’il compte donner à sa carrière.

 

Les entretiens Jazz/Pop/Rock

ResMusica : Pouvez-vous nous parler un peu de vos origines et de votre première expérience de mélomane ?
Guillaume Cantillon : Je suis né à Dunkerque, je passais mes week-end et mes vacances aussi à Berck, Dunkerque, sur les plages du Nord. Ensuite vers 12-13 ans j’ai été obligé d’émigrer sur Montluçon, au centre de la France. J’en parle un peu dans mes chansons car ça a été un moment difficile car à cet âge on a déjà des potes, l’école etc. D’être déraciné comme ça, c’est un peu compliqué. Pendant tout ce temps là j’ai eu un père très mélomane, qui m’a beaucoup initié à la musique, aux 33 tours vinyle, au son mais pas aux instruments. Je n’ai jamais touché d’instruments avant l’âge de 16-17 ans, à l’époque où tu passes ton Bac et je l’ai bien loupé à cause …. Ou grâce à la guitare, je ne sais pas (sourire). Pendant tout ce temps là j’ai énormément écouté de la zic, je suis beaucoup allé avec mon père au concert. Au Cirque d’Amiens j’ai vu des trucs hallucinants, Donovan, … Toutes les veines finalement mais mon père était plutôt branché pop anglo-saxonne. Il n’y avait pas de Brassens, il n’y avait pas de Piaf, pas de chanson française à la maison, pas du tout ! C’était plutôt «Stones» et pas «Beatles». Les Beatles, c’est plutôt moi qui suis allé creuser et chercher ça après mais pas mon père. Ce n’est pas qu’il n’aimait pas mais il n’était pas très fan, cela ne le touchait pas forcément. Je sais que là il s’est racheté des albums justement en se disant «j’ai du louper un truc !».

RM : La musique c’est donc plus votre père qui vous l’a inculquée …
GC : Oui carrément mais il y avait aussi ma mère, on l’oublie assez souvent là-dessus. Avec elle, par contre, on était vraiment dans Claude François, Dalida … J’ai donc tout ça, la musique populaire française, yé-yé et compagnie, je l’ai bien ancrée dans ma culture.

RM : Donc vous apprenez la guitare et vos références sont Neil Young, Dylan …
GC : Dylan oui, je me rappelle que tout petit je l’écoutais en boucle, mon père n’en pouvait plus, c’était I want you en 45 tours. Le pauvre vinyle était creusé, même fan de Dylan mon père craquait. Quand tu es môme, le disque je le passais en boucle, en boucle, en boucle … Toute la journée, tout le temps, mes parents étaient exténués. Blonde on Blonde est mon album préféré de Dylan.

RM : Comment avez-vous choisi le titre de votre album «Des ballons rouges» ?
GC : Nous sommes dans la poétique du «Lâcher de ballon» liée à l’enfance, tout simplement, lâcher de ballon, lâcher les brides, etc. Les ballons c’est hyper ludique, c’est la couleur, les odeurs de notre enfance, le côté ensoleillé, tout est mélangé.

RM : La présentation presse parle de vignoble, pourquoi ?
GC : Parce qu’avec Edith, on a eu la chance de pouvoir fignoler cet album. J’ai gardé beaucoup de mes maquettes, environ 80%. Nous sommes allés dans un ancien chais à Saint-Emilion, fin août début septembre. On a eu trois semaines avec un temps magnifique et tout ce qu’on a enregistré ou ré enregistré on l’a fait en plein air ou dans une grange ouverte, sans portes, on a profité de la bonne bouffe et du bon vin. C’était les vacances ! Le clip a par contre été tourné à Rennes, c’est bucolique, il y a mes enfants dedans. J’étais un peu sceptique au niveau du temps mais il a fait beau (sourire).

RM : A l’écoute de «Hôtel Mirador», on pense à un auteur comme Yves Simon, d’un point de vue poésie et musique, qu’en pensez-vous ?
GC : C’est un très grand compliment. Je respecte énormément Yves Simon, c’est une belle plume déjà. Là encore il y a une façon de décrire assez simplement les choses, musicalement, il est très musique anglo-saxonne, il arrive à mettre ça en français alors «chapeau bas». Son dernier album est juste sublime, on touche un truc très classe pour moi, c’est la grande classe comme les Bashung, Manset, c’est cette même famille. Daho est un artiste que j’écoute toujours, je trouve son dernier album fabuleux et j’ai baigné dedans aussi. Je suis plus dans la folk, Daho est dans la pop même si à un moment il faut que je choisisse, entre pop et folk, je vais directement aller sur la folk et je trouve qu’avec Yves Simon on est plus sur un côté folk, c’est presque le Leonard Cohen français ! Je n’aime pas non plus avoir à choisir, tout ça c’est mon background, que des musiques que j’écoute encore et qui me font vraiment kifer.

RM : J’adore la chanson «la, la, la» avec les paroles «je n’ai pas su t’aimer», c’est pour vous une expérience personnelle ?
GC : Merci. Ce n’est pas un exemple si autobiographique que ça, je n’ai pas vécu ce que j’écris. Par contre, je suis allé puiser un peu à droite, à gauche, chez les potes, chez des gens que je connais. C’est aussi me dire que finalement, je suis aussi quelqu’un d’un peu rustre. Comme plein de gens, j’ai du mal à dire les choses, ce qui est essentiel. Je suis un mec, quoi, et des fois j’ai du mal à être tendre, à dire «je t’aime», des choses toutes simples mais le mettre en chanson ça fait du bien finalement. Tu vas puiser ta part féminine, celle que tu essaies de cacher le plus possible.

RM : Avec «C’était vachement bien» c’est le retour à la petite enfance, les Pif gadget, les malabars roses etc. Vous vous adressez plus particulièrement aux gens de votre génération ?
GC : Non, je ne m’adresse pas forcément aux gens de ma génération j’ai l’impression car je vois des gens plus jeunes qui ont dix ans de moins que moi, ça leur parle quand même donc … Les Pifs Gadget c’est revenu, les malabars ça existe toujours, les GS y en a toujours (sourire). Et la GS, c’est sublime comme voiture finalement. Pour Hôtel Mirador c’est un peu plus du vécu, le truc de zicos, de tournée, d’avoir des chambres d’hôtel sans arrêt (rire) et puis il se passe des trucs !

RM : Par rapport au groupe Kaolin, votre album apparaît comme une entreprise personnelle ?
GC : Oui complètement, j’ai fait une échappée, c’est vraiment ça, mais ce n’est pas la fin du groupe. Je vois ça un peu comme un tout, pas uniquement comme une carrière solo. Je sais que ça rend les gens un peu sceptiques, évidemment, car on dit toujours que c’est la fin d’un groupe, pourquoi, quel est l’intérêt finalement ? L’intérêt, moi je le vois mais grave, c’est juste dans les tripes, il fallait que je le fasse, j’en avais besoin. Je l’ai dit à mes potes de Kaolin, je n’aurais pas pu faire un autre album avec le groupe sans ça. C’est juste impossible.

RM : On a l’impression quand on écoute le disque que c’est comme un exorcisme, comme s’il fallait dire les choses, aller jusqu’au bout, ce qui était en vous depuis des années ?
GC : Oui, tout à fait, c’est clair, je crois qu’il n’y a pas de tabou là-dessus c’est aussi désacraliser la musique, ne pas jouer uniquement sur un ton mélancolique. C’est : Partir des textes et la musique vient après, ça c’était vachement important, il fallait que je le fasse. Il y a beaucoup de textes qui ont été écrits avant, même pendant que je travaillais avec le groupe, on va dire … Après, je ne savais pas non plus consciemment que c’était des chansons que j’allais faire, que j’allais avoir sur un album solo. Il y a des gens, comme Edith Fambuena, qui m’ont bien dirigé, bien fait comprendre que là, on avait autre chose, on était dans un autre truc et ça a été un peu le déclic ! De moi-même, je ne suis pas certain que j’aurais fait cet album solo, je n’ai pas pris tout de suite conscience de ça.

RM : Pourtant quand on écoute l’album on a vraiment cette impression qu’il fallait écrire … Presque comme une psychanalyse ?
GC : A un moment, tu te dis avec l’âge, qu’il faut écrire les choses plus simplement et donc écrire en disant les choses vraiment. Après c’est difficile de le faire, je m’en suis rendu compte. Ce n’est pas péjoratif ce que je dis, par rapport à Kaolin car en plus tout ça nous sert aujourd’hui, on a fait une belle avancée avec mon groupe.

RM : Vous travaillez déjà sur votre prochain album avec Kaolin ?
GC : Nous sommes effectivement en préparation sur le nouveau Kaolin. Humilité quand tu nous tiens (sourire), si j’ai pu apporter un petit truc sur le prochain album du groupe c’est aussi de me dire «bon, je leur ai mis un petit coup de pied au derrière». Ils ne s’y attendaient pas non plus, ça a été un peu difficile pour eux maintenant mais voilà. A la suite de ça je me suis rendu compte qu’on écrit les choses plus simplement, on est plus spontané, on se prend moins avec le côté «Attention, la musique, Oh là là…». On touche à un truc, là, l’idolâtrie, personnellement je n’en pouvais plus. L’album solo m’a donc permis de lâcher, de me lâcher … Un lâcher de ballons rouges, voilà !

RM : Vous avez une idée du titre du prochain album ?
GC : On ne sait pas encore, nous prenons notre temps en plus, on a six ou sept chansons déjà réalisées. Si on arrive à en faire sept ou huit autres on aura déjà une belle idée de ce que peut donner l’album et là déjà, ça se profile, c’est chouette et c’est vraiment excitant.

RM : Le style sera similaire aux précédentes réalisations ?
GC : Ça change mais je trouve qu’on n’a jamais fait d’albums identiques donc là aussi c’est un grand plaisir même si je ne réécoute pas les anciens albums du groupe. Mais je sais qu’on a fait à chaque fois quelque chose de différent. Là, encore une fois, on va choper des trucs un peu plus soul alors que jamais j’aurais pu me dire qu’on allait faire des cocottes sur des guitares, sur des morceaux de Kaolin. A la limite presque, pas funky parce qu’il ne faut pas exagérer non plus, mais voilà, on est dans ces couleurs là, moi j’adore. Il y a une vraie évolution. Des chansons comme Hello, hello hello de mon album, qui touchent un peu ce petit côté «en anglais» et puis un peu soul, un peu pop. Ce sont des choses qui vont aller directement du côté de chez Kaolin.

RM : Pour l’album solo, la tournée a commencé ?
GC : Oui, d’ailleurs, dès demain je joue chez moi à Montluçon. Jouer chez soi c’est terrible. On a plusieurs formules, on peut faire ça tout seul. J’ai fait quelques concerts comme ça, guitare sèche / voix. Avec un pote aussi, où on essaie de travailler sur l’harmonie vocale que j’adore. On ne travaille que là-dessus, je joue de la guitare, il est aux percussions et on chante à deux. Sur la plus grande tournée, on sera cinq, où là il faut que ce soit festif. Il n’y a que des potes, des gens que je connais bien, pas des zicos qui ont déjà fait des tournées, ils n’ont presque jamais joué devant un public. Il y a une espèce de fraîcheur fabuleuse, c’est leur rêve, ils n’ont jamais fait ça et ils m’apportent beaucoup. Si je leur dis «ce soir, je n’ai pas envie de monter sur scène», ils me giflent ! Il n’y a que mon frère qui fait aussi partie de Kaolin car j’avais vraiment envie qu’on partage ce projet ensemble, ça me paraissait logique. La tournée va durer jusqu’à fin 2009, j’espère. Pendant ce temps, l’album de Kaolin se fait tranquillement et devrait sortir vers 2010, je pense. Ça dépend aussi de comment marche l’album solo, j’ai aussi en projet un album pour enfant, je ne sais pas encore comme ça va se goupiller.

RM : Un album pour enfant ?
GC : Oui, il est quasiment fini. L’idée est là depuis longtemps, il y a des artistes comme Donovan qui ont fait ça. For little ones est un album avec des berceuses, des chansons pour les mômes mais ce n’est pas «gnian-gnian», ce n’est pas Frère Jacques, ça n’a rien à voir. On n’est pas obligé de faire du Henri Dès, par contre c’est bien je trouve. Je ne sais pas encore quand l’album sort. Le déclic est aussi venu d’un travail que j’ai réalisé par l’Education Nationale, avec des classes de CE1 et de CE2. On a écrit un spectacle pendant toute une année, ça a été aussi très important pour mon album solo car ils m’ont libéré de plein de clichés qui viennent du milieu de la musique, du milieu «indé». Il y a certaines règles à respecter, ils m’ont fait voler ça direct en éclat. Être un héros par exemple qui est sur l’album, est une chanson qu’on a faite avec ces enfants. Les paroles «Je voudrais être un héros comme Superman ou Zorro», c’est normalement impossible de faire une chanson comme ça dans le milieu mais là je me suis éclaté. Cette chanson est vraiment importante dans cet album car elle est liée à l’histoire. Dans cette année de composition avec les enfants, j’ai écrit plein de choses après et ça a débordé sur l’album aussi où je me suis dit «mais écris les choses plus simplement, pas de métaphores». Les mômes partent direct dans l’imaginaire avec cette chanson ! Ils sont comme des dingues et moi aussi (rire).

RM : Et les autres membres de Kaolin ?
GC : Et bien, ils ont pris de bonnes vacances ! (rire) Ils ont bien voyagé, en plus ils n’ont pas composé des masses, finalement. Du coup, ils vont retrouver la niaque et là ils me tirent un peu pour répéter alors que des fois, j’ai juste envie de me reposer aussi. Mais ce n’est pas grave, j’aime bien être dans ce rythme là. Donc on est dedans et tout le monde repense à ce qu’on va pouvoir faire, comment on voit les choses.

RM : Donc, c’est juste une transition, il n’y aura plus d’autres albums solo de Guillaume Cantillon ?
GC : Ah si ! C’est impossible ça. Pour moi ça s’imbrique, il n’y a pas de problèmes. Si jamais ça casse, ça ne s’appellera plus Kaolin. On en a parlé, on est passé un peu par-là, c’était un peu difficile parce que mon album solo, ça a été un peu compliqué pour eux, aussi. On a réussi à s’en sortir et je suis très fier de ça d’ailleurs, qu’on ait pu s’entendre là-dessus, ce n’était pas facile pour tout le monde. Ils ont aussi des projets personnels, musique de film pour certains, des choses comme ça … Moi aussi d’ailleurs. Ils se sont dit «pourquoi pas nous aussi» et ça a ouvert des portes et tant mieux … Je suis très content. Kaolin c’est une famille, ce n’est pas un couple, on ne pense pas en terme d’infidélité etc. Il n’y a pas d’interdits même s’il y a eu des tiraillements car nous avons tous des ego très forts.

Propos recueillis le 20 novembre 2008

(Visited 226 times, 1 visits today)

Plus de détails

Après avoir connu le succès avec son groupe Kaolin, Guillaume Cantillon s’est lancé dans l’aventure d’un premier album solo (lire notre chronique). ResMusica est allé à sa rencontre afin de mieux cerner la personnalité de cet artiste complet et d’en savoir plus sur ses motivations et l’avenir qu’il compte donner à sa carrière.

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.