Le poignard de l’innocence

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Luçon. Cathédrale. 21-XI-2008. Musique au temps de Richelieu. Musiques sacrées au temps de Richelieu : Œuvres de Guillaume Bouzignac (vers 1587–vers 1643) ; Nicolas Formé (1567-1638) ; Annibal Gantez (vers 1600-vers 1668) ; Antoine Bœsset (1587 – 1643) et anonyme. Petit chœur du Marais : Catherine Padaut et Hélène Richer, dessus ; Stéphane Lévy, haute-contre, Benoît Porcherot : taille. Thomas van Essen, basse-taille ; Sydney Fierro, Basse. Choeur de jeunes de l’Institut Musical de Vendée, Odile Amossé : directrice artistique. Grand chœur du Marais. Le Chœur du Marais. La Simphonie du Marais, récitant et direction : Hugo Reyne

Simphonie du Marais

Début septembre, nous avions évoqué le double CD sorti par et à la demande du Conseil Général Vendée qui souhaitait évoquer la personnalité musicale méconnue du Cardinal de Richelieu nommé évêque de Luçon il y a 400 ans. Et en ce soir du 21 novembre en la cathédrale de Luçon, c’est la musique sacrée enregistrée sur ce CD qu’il nous a été offert d’entendre.

Programme bouleversant, que la théâtralité du concert évoque avec encore plus de force et de lumière en un feu violent aux ombres rougeoyantes. Cette évocation du siège de La Rochelle et de cette victoire du Cardinal de Richelieu et de Louis XIII qui coûta si cher en vies humaines (comme toutes les victoires fruit de guerres fratricides et si vaines) est un programme qui mérite vraiment d’être découvert et dont on peu regretter qu’il n’ait pas encore été programmé sur Paris.

Travail fabuleux des chœurs et en particulier celui des enfants, rendant si déchirant ce massacre des innocents (Ex Ore Infantium), dans la pureté de leur ligne de chant que déchire la mort (« les innocents…ils donnèrent leur vie/La cruauté/elle donnera la mort ») et leur louange à ceux qui les assassinent (« tu as tiré la plus parfaite louange de la bouche des Innocents »).

L’émotion est si intense que lorsque , merveilleux conteur, dont nous connaissons la jubilation à dire, prend la parole pour la première fois, les larmes sont perceptibles et nous atteignent (« Fallait-il applaudir ? »). Et tout du long du concert, malgré ce Te Deum qui se veut lumière, toujours musiciens et interprètes font surgir des ombres… Et les voix qui se veulent célestes du Petit chœur, n’évoquent que peur, angoisse, sentiment de déroute et d’amertume. La mère qui caresse la chevelure de son enfant blond n’est plus que fantôme. Ainsi soudain grâce à la sensibilité d’Hugo Reyne et de l’ensemble des interprètes et à leur talent dans la Musica Simplex de Nicolas Formé (s’inspirant des techniques de faux bourdon) et le De Profundis, ce cardinal gagne en humanité. Lui qui fut avant tout un grand homme d’état, dur par nécessité politique, redevient ombre parmi les ombres, atteint par le poignard de l’innocence, cette flamme qui dévore cet homme torturé, conscient de ses choix et sachant qu’il se perd pour la grandeur d’un état et l’avenir de tous.

« O Mort ! Je serai ta mort ; Enfer, je serai ta morsure ».

Le silence devrait parfois être le plus beau compliment qu’on puisse faire à des artistes. Mais ce silence puisa son énergie dans le bis que les artistes nous offrir en nous proposant de partager leur fête, à travers l’interprétation d’extraits des Odes à Sainte Cécile de Purcell, donnant à la lumière émanant de ces œuvres l’émotion du partage.

 

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