Sibelius par Colin Davis, un de ses plus fidèles serviteurs

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Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°1 en mi mineur op. 39 ; Symphonie n°4 en la mineur op. 63. London Symphony Orchestra, direction : Colin Davis. 1 SACD hybride LSO Live LSO0601. Code barre : 822231160120. Enregistré en public, au Barbican Center, Londres, en septembre 2006 (n°1), juillet 2008 (n°4). Notice trilingue (anglais, français, allemand). Durée : 78’19’’

 

cd-lso-sibelius-1Sir apporte ici une nouvelle pierre à ce qui constituera sans doute sa troisième intégrale des symphonies de Sibelius avec deux enregistrements réalisés à la tête du au Barbican Center de Londres, à presque deux années d’écart, la n°1 en 2006 et la n°4 en 2008. Mais la cohérence de la prise de son comme de l’interprétation nous donne l’impression qu’elles ont été exécutées lors du même concert. Il s’agit toutefois d’œuvres bien différentes, la Symphonie n°1 marquée par bien des influences, n’est pas encore typique du style Sibelius, au contraire de la Symphonie n°4 qui nous plonge immédiatement dans un univers original, où traitements thématique et formel portent la marque unique de leur auteur.

La Symphonie n°1 n’est pas encore du «grand» Sibelius et l’influence et l’admiration envers Tchaïkovski s’y fait sentir plus d’une fois, en particulier dans le final. n’essaye pas de nous masquer cette ascendance, et joue le jeu assez franchement sans en rajouter. Il n’évitera toutefois pas une certaine pompe ici ou là (scherzo, final), ni une froide neutralité expressive (début des mouvements 1 et 4, accalmies après les climax des mouvements 2 et 4). A ces quelques réserves près, nous avons ici une version assez réussie de cette symphonie, aux contrastes dynamiques parfaitement creusés, avec des contrebasses et des timbales très présentes et des climax impressionnants, suffisamment animée pour retenir l’attention de l’auditeur dans une œuvre qui n’est pas le chef-d’œuvre de son auteur.

Avec la Symphonie n°4 nous retrouvons les qualités d’exécution remarquées dans la Symphonie n°1, où la clarté et la présence des différents instruments est parfois poussée un peu loin, comme pour le final qui ressemble par moment à un concerto pour glockenspiel tant cet instrument est mis en avant. Néanmoins cette œuvre est avant tout affaire de climats, très mystérieux en général, portés par des thèmes simples et courts. Le premier mouvement Tempo molto moderato quasi adagio très «brumes nordiques» est de ce point de vue assez réussi, même si en contrepartie on sent chef et orchestre «s’écouter» un peu trop et négliger légèrement l’animation et la pulsation très particulière de cette musique. Le second mouvement Allegro molto vivace a connu des vivace plus vigoureux, et de fait ne contraste pas assez avec les deux mouvements qui l’entourent. S’il reste impeccablement articulé, il est sans doute le passage le moins réussi de cette symphonie, alors qu’il en est sans doute le plus apparemment facile (à moins que ce ne soit justement à cause de cette facilité). Le long troisième mouvement est, sur le papier, bien plus difficile à tenir, et pourtant bien plus réussi, même si Davis «s’écoute» toujours un peu, mais c’est ici moins sensible, et la progression du discours est parfaitement respectée. Il en sera de même pour le final.

Familier de longue date de l’œuvre de , Colin Davis a pu approfondir sa vision qui favorise aujourd’hui une certaine objectivité du discours au travers une volonté de respecter toutes les nuances de la partition, un souci de clarté et de lisibilité de la texture sonore, et une propreté des phrasés qui, alliés à un choix de tempo relativement retenu, éclairent ces œuvres sous un angle finalement assez analytique. De ce point de vue nous avons là deux interprétations assez exemplaires, tout à fait recommandables au néophyte qui voudrait découvrir ces œuvres avec tout le confort moderne (il s’agit d’un SACD stéréo et multi-canal). D’autant que le LSO s’y montre impeccable, avec ses qualités et défauts habituels, c’est à dire une maitrise technique, une dynamique et un équilibre des pupitres sans reproche mais un son un peu neutre. Un peu plus d’engagement expressif et de tranchant dans certains phrasés auraient transformé ces déjà belles interprétations en version de premier choix.

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