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Sélection d’œuvres de William Byrd (1543-1623), Giles Farnaby (1566-1640), Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), John Bull (1563-1628) extraites du Fitzwilliam Virginal Book (1550-1620), recueil de 297 pièces pour clavier. Jovanka Marville, virginal et clavecin ; 1 CD æon AECD 0865. Code-barres : 3 760058 368657. Enregistré les 4, 5 et 6 juillet 2006 au Studio Tibor Varga-Grimisuat, Suisse. Texte de présentation : anglais, français, allemand. Durée : 65’16

 

L’âge d’or de la période élisabéthaine se singularise par un développement rapide et simultané du chant profane dans les délicates ayres et songs – sœurs insulaires du madrigal italien – et de la virtuosité instrumentale dans la floraison de pièces pour clavier, d’un art consommé qu’il suffira à la postérité d’évoquer par le mot «virginaliste». Depuis l’apparition de celles-ci, légitimée par leur tribut payé à la musique vocale sous forme de transcriptions et variations, jusqu’à l’affirmation définitive d’un genre autonome, dont le Praeludium Toccata de Sweelinck donne une haute idée par son invention et sa virtuosité dignes de Frescobaldi, l’histoire de cette émancipation a trouvé certainement son plus beau témoignage dans le Fitzwilliam Virginal Book, recueil de 297 pièces écrites entre 1550 et 1620.

De la sélection retenue pour cet enregistrement, la diversité des inspirations et des oppositions de caractères n’est pas l’unique agrément : l’alternance de deux instruments sur lesquels les musiciens anglais pouvaient composer avec un bonheur égal joue sur les contrastes entre un clavecin italien de 1533, tout de lumière et de vivacité, et un virginal flamand sorti de l’atelier du célèbre Ruckers en 1620, l’année qui justement marque le terme de cette collection gigantesque. Une plus grande douceur dans le registre aigu du virginal en fait le confident idéal de douloureuses digressions et de mélancoliques résonances, telle cette Pavana Lachrymae de , forme d’Offrande Musicale sur le thème de l’immortel Flow my tears de (1562-1626). Interprétées au clavecin, d’autres pièces d’une aussi grande profondeur révèlent une différence remarquable dans la nature de l’expressivité : moins d’abandon et davantage de retenue, parfois porteuse d’une tension mêlée d’austérité.

Accordant autant de faveurs à l’un et à l’autre, le jeu de se distingue par une grande clarté valorisant la richesse polyphonique (nous sommes à l’époque du ricercare, ancêtre de la fugue), une articulation maîtrisée, travaillant à ne point laisser se tarir la source vocale de certaines pièces, enfin un sens très assuré du phrasé parvenant à construire la régularité d’un discours sur le flux d’incessants et subtils changements de rythme. Le plaisir indéniable entraîné par la vivacité des accentuations, le mordant des accords, souvent écrits en arpèges, se mue, sans toujours le soupçonner, en ivresse communicative lors d’un dialogue des deux mains semblable à une joute, et dans d’autres pages où se lit et se délie l’art de la diminution.

Le climat intimiste de l’ensemble des œuvres est entretenu par une prise de son dont l’équilibre, entre la proximité allant de soi dans ce contexte et l’espace acoustique minimal, paraît nécessaire à la sensation de réalisme permettant de s’imaginer dans un petit concert privé, ou mieux encore, dans un intérieur bourgeois en Hollande, en bonne compagnie, sous l’œil complice de Vermeer.

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Sélection d’œuvres de William Byrd (1543-1623), Giles Farnaby (1566-1640), Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), John Bull (1563-1628) extraites du Fitzwilliam Virginal Book (1550-1620), recueil de 297 pièces pour clavier. Jovanka Marville, virginal et clavecin ; 1 CD æon AECD 0865. Code-barres : 3 760058 368657. Enregistré les 4, 5 et 6 juillet 2006 au Studio Tibor Varga-Grimisuat, Suisse. Texte de présentation : anglais, français, allemand. Durée : 65’16

 
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