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Le Conservatoire de Saint Cloud essaime à tous vents

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Saint-Cloud. Centre culturel Les Trois Pierrots. 08-II-2009. Igor Stravinsky (1882-1971) : Suite italienne ; Symphonies d’instruments à vent ; Trois pièces pour clarinette seule ; Concerto pour piano et orchestre d’harmonie. Véronique Briel, piano ; Jean-Philippe Kuzma, violon ; Véronique Fèvre, clarinette ; les professeurs du conservatoire de Saint-Cloud, Solistes de l’ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier.

Jouxtant le CRR de Boulogne qui lui prêtait main-forte ce dimanche 8 février, le Conservatoire de Saint-Cloud, sous la houlette de son directeur, rayonnant autant que volontaire, Laurent Martin, mettait à l’honneur lors d’un concert des plus réjouissants. Donné dans le petit théâtre du centre culturel Les Trois Pierrots, il mettait en vedette l’ensemble des vents pour résonner «en sympathie» avec la somptueuse exposition d’instruments à vent – de la flûte/fémur des premiers âges aux saxhorns les plus extravagants – une collection privée de toute beauté qui habille les murs du conservatoire jusqu’au 1er avril.

C’est la Suite italienne pour violon et piano d’après Pulcinella – l’œuvre inaugurale de la nouvelle orientation dite «néo-classique» de Stravinsky – qui débutait cette soirée. Pulcinella est à l’origine un ballet commandé par Diaghilev pour sa compagnie des Ballets russes qui le créeront en 1920 ; il est conçu d’après un manuscrit napolitain attribué à Pergolèse dont Stravinsky s’empare pour le réinterpréter à l’aune décapante de sa verve harmonique. Dans cette transcription pour violon et piano de la main du maître (1934), Véronique Briel et Jean-Philippe Kuzma en livraient toute la saveur et l’élégance stylisée encadrés par les solistes de 2e2m et les professeurs du conservatoire de Saint-Cloud.

Stravinsky avait une prédilection pour les vents : «moins riches d’expressions faciles et par cela même plus émouvants à mon gré» précisait-t-il. Pour le «tombeau» de Debussy qui vient de mourir (1918), il compose ses Symphonies d’instruments à vent, une page saisissante par la gravité et le radicalisme de son écriture. Privée de toute affectation sentimentale, l’œuvre oscille entre les sonorités pleines du Choral et la parodie du melos populaire. Les étudiants du pôle supérieur du conservatoire de Boulogne, encadrés par les solistes de l’ et placés sous la ferme direction de , nous communiquaient avec beaucoup de ferveur et de concentration la richesse austère de cette partition aux allures de rituel.

Avant l’installation du piano sur la scène, Véronique Fèvre quittait son rang d’orchestre pour interpréter en soliste les Trois pièces pour clarinette seule du maître russe, trois miniatures (à peine 4’) savoureuses autant que redoutables vu la concentration qu’elles requièrent : elles mobilisent deux clarinettes (en la et en sib) pour leur qualité de timbre respective – sombre pour l’une, un rien «canaille» pour l’autre – et relèvent d’une extraordinaire complexité rythmique qui met l’instrumentiste au défi. Véronique Fèvre captivait notre écoute en se jouant de cette trajectoire virtuose et presque théâtrale.

Les 23 vents des Symphonies restaient sur le plateau, contrebasse et timbales en sus, pour terminer la soirée avec le Concerto pour piano et orchestre d’harmonie. Stravinsky y opère, en trois mouvements, un retour à Bach mais sans les cordes ! Le compositeur en assura la partie soliste lors de ses nombreuses tournées de concert très lucratives (il s’était réservé un droit d’exclusivité de cinq ans !). Pour l’heure et sous la conduite précise de , c’est Véronique Briel qui faisait scintiller le clavier de son toucher solaire. L’écriture très concertante et non moins malicieuse qui colore l’espace d’une multitude d’interventions solistes exposait tout particulièrement les trompettes et cors très investis. Si l’on piétinait un peu dans un mouvement lent moins inspiré, l’orchestre retrouvait son élan dans le final gorgé de trouvailles rythmiques et sonores y compris l’inévitable «fugato» plus parodique que rigoureux.

Crédit photographique : Pierre Roullier © Elie Kongs

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Saint-Cloud. Centre culturel Les Trois Pierrots. 08-II-2009. Igor Stravinsky (1882-1971) : Suite italienne ; Symphonies d’instruments à vent ; Trois pièces pour clarinette seule ; Concerto pour piano et orchestre d’harmonie. Véronique Briel, piano ; Jean-Philippe Kuzma, violon ; Véronique Fèvre, clarinette ; les professeurs du conservatoire de Saint-Cloud, Solistes de l’ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier.

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