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Bravo Radu Blidar, le concert des lauréats fut une fête !

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Comédie des Champs Elysées, le 09-02-2009. Concert des lauréats du Concours International de Musique Vibrarte 2009. Violon, Piano, Chant. Président, Radu Blidar. 1er Prix : Natacha Kudritskaya, 2nd Prix ex aequo : Florian Noack & Anastasya Terenkova, Violon : 2nd Prix : Lena Semenova, 3e Prix : Sergey Malov, Prix spécial : Eugen Tichindeleanu. Chant : 1er Prix : Anna Kasyan, 2nd Prix : Omo Bello, 3e Prix : Edwin Crossley-Mercer, Prix Robert Casadesus : Natacha Kudritskaya.

Concours Vibrarte IIe édition

Un esprit nouveau s’est emparé de la traditionnelle organisation des concours internationaux. Avec Vibrarte, il ne s’agit plus de récompenser d’abord les prouesses de « concurrents », vilain mot qui dit les limites des « épreuves » vécues comme autant de supplices solitaires et narcissiques, d’applaudir la performance de petits surdoués qui semblent trop souvent oublier la musique, mais de détecter des talents. Pour cela, il faut vouloir respecter la personnalité artistique de chacun. Les organisateurs l’ont bien compris. Ils ont pensé que le meilleur moyen était d’ôter le carcan des œuvres imposées en laissant au candidat, en partie du moins, le choix de sa programmation, si possible, hors des sentiers battus et de faire alterner prestations solistes et musique de chambre, lui laisser aussi le choix de son accompagnateur.

Plus libre, l’interprète doit jouer avec et pour les autres, les pages qui lui conviennent au lieu de ne penser qu’à se faire valoir en oubliant l’œuvre ; il est amené à rechercher l’intensité dans l’interprétation, à écouter l’autre avec le désir de servir la musique. Résultat : le concert de ce soir – transmis en direct sur Mezzo – a permis d’apprécier la virtusosité de chacun certes, mais surtout nous a offert un programme en dehors du rythme ardu de la compétition, plein de trouvailles personnelles, dans les œuvres comme dans leur exécution. C’est peut-être un détail, mais il faut le reconnaître, Michèle Larivière a tenu un véritable rôle de maîtresse de cérémonie et a su créer une relation juste entre le public qui n’était pas là pour miser sur tel ou tel, et les candidats.

Le programme de la soirée avait pour thème de la mélodie. Les lauréats dans la section « violon » ont dû assumer la partie la plus délicate comme Il palpiti introduction et variations de Paganini sur l’air « Di tanti palpiti » de l’opéra de Tancredi de Rossini, interprété par Sergey Malov (troisième prix) qui a vraisemblablement été dépassé par l’appréhension et la joie d’être récompensé ; ce choix ne lui a peut-être pas permis de prendre toute la dimension de cette partition si difficile à gérer face à un public.

Le baryton Edwin Crossley-Mercer (France), troisième prix, accompagné par le pianiste Michaël Guido, après un Wanderer de Schubert encore bien raide, mais nous laissant entendre toute l’ampleur, la puissance et la qualité séduisante de sa voix, nous a envoûté avec Fauré. La pétillante (Nigeria), deuxième prix, nous a ravi, mais bien trop brièvement, avec de solides capacités vocales, dans l’air d’Edwige « Conduisez-moi vers celui que j’adore » d’Offenbach tiré de Robinson Crusoé. Heureuse, détendue, mise à l’aise par le « style » du concours, la pulpeuse soprano géorgienne , Premier prix, nous a fait frissonner dans l’air « Tranquillo ei posa… Com’é bello », de Lucrezia Borgia de Donizetti, même si sa diction de l’italien, a gardé une pointe d’accent slave après « S podrujkami po jagodu » extrait de Snegurotchka de Rimski-Korsakov. Elle fut accompagnée à la perfection par Mathieu Pordoy (France), concentré, attentif aux moindres intentions de sa partenaire, à sa respiration, servi par une belle sonorité ; bref, ce fut un grand moment.

Lena Semenova (Russie), deuxième prix, violon, nous a époustouflé avec son aisance étonnante dans la pièce diabolique de Fabien Waxman, Carmen, fantaisie sur les thème de l’opéra de G. Bizet et sa façon de glisser une tendresse sensuelle souvent absente de ces pages. Encore dans l’ambiance du concours, très concentrée, elle n’était peut être pas encore à l’heure de la fête, mais nous garderons à l’esprit cette artiste virtuose qui nous livrera un peu plus d’elle même dans d’autres conditions.

Côté piano, le deuxième prix, (Belgique), certes assez virtuose, déçoit par la dureté de son toucher et l’aspect bien académique de son jeu, tandis qu’ (Russie), manifeste des possibilités qu’elle doit encore développer. Une candidate se détache nettement et laisse, comme A. Kassyan, un grand souvenir, c’est (Ukraine, CNSM, 2ème année en classe de perfectionnement), Ier prix et prix Robert Casadesus. Elle déboule avec son allure de gavroche et nous envoie dans les étoiles dès les premières notes. Dans la transcription de Liszt du lied de Schubert « Auf dem Wasser zu singen » sur un poème de Gœthe, elle a su donner toute sa souplesse balancée au chant en variant son interprétation à chaque reprise, avec une vibration émotionnelle communicative et un jeu clair, irisé, une mobilité, une vitalité qui laissait penser à ce que faisait, jadis, Idil Biret. Habitée, brûlée par la musique, de vif argent, elle fut tout aussi fascinante dans le bouillonnant Quatuor pour piano et cordes n°1 de Fauré où elle communiquait son inspiration au Trio Oblique dans une excellente forme. Elle ira loin, la vraie-fausse gamine, si attachante.

C’est, à notre connaissance, en France, un des rares concours internationaux ne bénéficiant que d’un mécénat privé. Sans remettre, en aucun cas les autres événements, cette innovation au sein de la culture étatique française se présente comme une petite révolution, qui est le fait de son président, professeur au Royal College of Music de Londres et des organisateurs. Faire se dérouler les épreuves dans la salle Adyar, bénéficiant d’une acoustique exceptionnelle, proposer d’entendre les participants via Internet aux différentes sessions de sélection, choisir un jury actif dans la vie scénique internationale et à tout un public, tout cela sert les jeunes talents comme ils le méritent.

Jury, lauréats, amis se sont retrouvés autour d’un verre, sans façon. Une euphorie régnait dans l’assistance qui rendait secondaires à l’oreille des lauréats le fait qu’on les complimente voir qu’on leur propose des engagements. Seules comptaient, décidément, la musique, l’amitié et la joie de rire ensemble.

Crédit photographique : © DR

avec la collaboration d’Isabelle Perrin

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