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Intégrale des Hymnes de Titelouze : une première au disque !

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Jehan Titelouze (1563-1633) : Douze hymnes de l’Eglise pour toucher l’orgue, avec les fugues et recherches sur leur plain-chant. Yves-G. Préfontaine à l’orgue Julien Tribuot (1699) de Seurre en Bourgogne. Chœur Les Chantres du Roy. 2 CDs Atma ACD2 2558, code barre 722056255820, enregistré en Mai 2007 et Juin 2008. Livret bilingue français/anglais, durée totale 115’48’’.

 

Le fait est tellement exceptionnel que cela mérite de le remarquer : pour la première fois dans l’histoire de la discographie, en tout cas en France, nous sont proposés en deux CDs, les douze hymnes écrits pour l’orgue par Jean Titelouze. On se demande bien pourquoi cette œuvre qui est un sommet absolu de l’art polyphonique au XVIIe siècle, et d’une importance capitale pour tout ce qui suivra, n’avait jusqu’ici fait l’objet que d’extraits, dont certains d’ailleurs très réussis. On pense aux versions de Xavier Darasse à Sarlat, à Sarre Union, Dom Claude Gay à Solesmes, et surtout Jean-Charles Ablitzer à Guimiliau, et Michel Chapuis à Saint-Séverin. Pour l’heure, profiter d’un seul regard de tout ce cycle donne le vertige, et permet en tout cas d’appréhender au mieux ce savant discours. Ces hymnes furent composées pour subvenir aux moyens des organistes, afin d’alimenter musicalement les grandes fêtes de l’église catholique. Né à Saint-Omer, et chanoine organiste de la cathédrale de Rouen, ce compositeur s’inscrit dans la grande tradition polyphonique du Nord, dominée par Jan Pieterzoon Sweelinck. Plus largement, tout l’art européen s’y retrouve : on songe à l’Italie, bien sûr avec Frescobaldi, et ses longues tenues de notes symbolisant quelque éternité. Titelouze ne s’en privera pas (dernier verset de Ave Maris Stella). Il y a dans cette musique quelque chose de «protestant», à la fois par sa sobriété, mais aussi son lyrisme et sa vocalité. Dans l’excellent livret d’accompagnement, Jean-Pierre Leguay nous dit ceci «Titelouze est assez grand, assez vrai, pour ne pas attendre notre approbation. Il avance, loin des artifices flatteurs, spontanément applaudis, en familier de la méditation, du vaste vol du jubilus grégorien, du fertile jeu polyphonique des lignes, volumes et tessitures…». nous offre ces fleurs musicales, entouré d’un petit groupe de trois hommes, «les chantres du roy», qui proposent harmonieusement l’alternance du plain-chant. Plusieurs approches sont proposées, dont parfois les belles polyphonies de Bournonville, qui exaltent tel ou tel verset. Le choix de l’orgue est judicieux, même s’il reste un instrument plus tardif, et de petite taille par rapport au grand 16 pieds que connut Titelouze à la cathédrale de Rouen. L’instrument est ici traité sobrement, sans artifice tapageur de registrations déplacées, ou démodées de style.

Il y a dans l’encyclopédie «l’harmonie universelle» du Père Marin Mersenne, contemporaine de ces œuvres, quelques recettes de registration du plus haut intérêt. Le jeu de l’organiste est ici fluide, toujours très lisible, ce qui dans ce contexte est indispensable, et empreint d’une belle agogique. Titelouze au travers de ces hymnes inspira de nombreux organistes dont le plus fameux reste Nicolas de Grigny. Titelouze écrivit une suite à ce livre d’hymnes, avec les Magnificat dans les huit tons de l’église. Yves Préfontaine nous as déjà gratifié d’une remarquable interprétation du Magnificat du 6° ton dans une anthologie précédente, réalisée pour Atma, sur l’orgue dont il est le titulaire au grand séminaire de Montréal (Québec). Il serait donc heureux d’envisager désormais une intégrale de ces Magnificat pour terminer l’ensemble des œuvres pour orgue de Titelouze. Une musique des plus sensuelles à ne pas manquer, pour une connaissance plus complète de l’orgue Français au XVIIe siècle.

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